DUKUDUKUDUKU… et encore du cul

Avez-vous déjà sexologisé dans une Experiment Box ? Connaisez-vous la théorie de la BDE ? Saviez-vous que les blattes néozélandaises se transforment pour faire l’amour ? Non ? Si vous voulez découvrir tout cela et bien plus encore, rendez-vous au Centre culturel des Grottes, jusqu’au 4 juin, avec la Cie Mokett et DUKUDUKUDUKU.

Le thème est cru : le cul. Et pourtant, c’est sans vulgarité que la Cie Mokett parle de sexualité, de fantasmes, d’orgasmes, et de tout ce qui entoure le sujet. On pourrait comparer le spectacle à un acte sexuel. Il y a d’abord la rencontre, où chacun des trois intervenants explique pourquoi il est là. Puis, les préliminaires, à travers histoire, religion et mythologie, servent à mettre le spectateur en appétit tout en lui fournissant un contexte. Après un moment de panne, durant lequel les comédiens en profitent pour se confier sur leurs expériences, l’acte en tant que tel a bien lieu, avec toute la folie qu’il peut apporter. On atteint alors le climax du spectacle, juste avant l’orgasme. Celui-ci révèle un plaisir inattendu, avec la participation des spectateurs et un moment d’improvisation à mourir de rire. Peut-on dire que cette pièce était un bon coup ? Assurément !

Le fond comme la forme donnent une approche assez complète de ce qu’on peut apprendre/comprendre/dire sur la sexualité : du mythe fondateur grec d’Ouranos et de Gaïa à l’histoire de Tirésias, devenu femme puis redevenue homme, en passant par des questionnements sur le plaisir : qui de l’homme ou de la femme prend le plus de plaisir ? Doit-on toujours avoir du plaisir ? Le tout est transmis de manière pédagogique, citations et mimes à l’appui, pour un spectacle rythmé dans lequel on n’a jamais le temps de s’ennuyer. Ce « spectacle-docu, spectacle de cul » ne pouvait être mieux défini : en amenant des questions actuelles, autour du genre et du plaisir féminin par exemple, la compagnie Mokett tente de comprendre, toujours avec humour, depuis quand ces questions existent et d’où elles proviennentcomment on en est arrivé là.

La forme colle parfaitement avec le fond. On retrouve un côté intime, presque comme une confession, qui est favorisée par la taille du lieu. Le jeu théâtral est bien sûr mis en avant, mais agrémenté de scènes de chant et de danse, avec des mimes visant à illustrer les récits, ou la projection d’une vidéo pour expliquer certaines théories. Si l’on pousse la métaphore de la sexualité un peu plus loin, on pourrait apparenter cela à une partouze, où tout se mélange, pour un résultat proche de l’extase. La fin du spectacle, chaque soir différente, lors de laquelle les comédiens improvisent autour d’idées écrites par les spectateurs (je ne vous dévoilerai pas les détails de contenu) termine en apothéose ce moment d’humour pédagogique autour d’un thème souvent occulté sur les planches.

On ne peut que féliciter Clea Eden, Antoine Courvoisier et Angelo Dell’Aquila, encadrés par Charlotte Filou, de proposer un spectacle aussi complet qui aborde des questions importantes, notamment autour du genre, de la vision que chaque sexe peut avoir de l’autre ou de lui-même, de l’exploration du plaisir, de son origine… et bien d’autres encore. Le mieux est encore de vous rendre au Centre culturel des Grottes pour vous faire votre propre idée, d’ici le 4 juin prochain.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

DUKUDUKUDUKU, de la Cie Mokett, du 28 mai au 4 juin 2019 au Centre Culturel des Grottes.

Mise en scène : Charlotte Filou

Avec Antoine Courvoisier, Clea Eden et Angelo Dell’Aquila

https://www.facebook.com/events/318695902145114/

Photo : ©Cie Mokett

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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