Des drames dans le tram

Inspiré des Meurtres à Genève de Corinne Jaquet, le spectacle Tram’Drames se déroulera… dans un vieux tram genevois, aux mois de juin et septembre. Genèse d’un projet plein d’originalité.

Tout commence au café Slatkine. Alors que Jacques Salin y boit tranquillement son café, des auteurs débarquent. Il lui est gentiment demandé de laisser la place pour la présentation d’un nouveau livre. Depuis plusieurs années déjà, le metteur en scène souhaite monter un spectacle dans un vieux tram. Amateur de chroniques judiciaires, l’occasion était trop belle de rencontrer Corinne Jaquet. Il lui laisse son numéro… et voilà que tout s’enchaîne. Après quelques échanges, une rencontre, des demandes d’autorisation, il faut adapter le texte du roman pour en faire une pièce de théâtre. Voulant se démarquer du schéma classique meurtre-enquête-jugement, il a fallu réfléchir à diverses interprétations et rythmes. Au final, à travers les six histoires des Meurtres à Genève, ce sont six angles différents qui seront proposés, afin de susciter à chaque fois un intérêt nouveau. Les spectateurs assisteront ainsi tantôt au meurtre, tantôt à l’enquête de police ou encore à la vision de la justice.

Autre particularité de ce spectacle : des représentations en anglais seront proposées. L’idée est venue de Michele Rizzelo, entre autres co-directeur de la compagnie La Mouette et comédien. Une rencontre avec la troupe des Renegade Saints, une compagnie anglophone qui fait de l’improvisation, suffit à les convaincre. Les comédiens, issus pour la plupart de l’improvisation, ont pour habitude d’interpeller le public lors de leurs spectacles. Viki Lazar, l’une des responsables, explique que, bien que vivant à Genève depuis 9 ans, ce sera la première fois pour elle qu’elle collaborera avec des Suisses dans le cadre d’un spectacle, et qu’elle s’en réjouit. La difficulté pour les Renegade Saints ? Adapter une seconde fois le texte. Une traduction littérale ne pouvant suffire, de nouvelles manières de dire, ou de ne pas dire, certaines choses, ont dû être trouvées. Le challenge est particulièrement intéressant pour cette troupe représentative de la Genève internationale, avec ses comédiens venus des quatre coins du globe !

Le lieu et les nouvelles règles à concevoir, dues à la position des spectateurs dans le tram, se prêtent parfaitement à l’intervention d’une telle troupe. L’absence de fosse nécessite de créer un jeu avec le public pour trouver un équilibre. La pièce se présentera ainsi dans la disposition du cirque : les spectateurs seront partout autour des comédiens et les histoires seront racontées un peu à la manière d’un spectacle de marionnettes, avec des acteurs devenant narrateurs. De manière plus pratique, six histoires se dérouleront dans le vieux tram : trois seront jouées dans chaque wagon, le public se déplaçant à mi-parcours pour assister à la suite. Une scène de ménage millimétrée assurera la transition, portée par deux autres personnes. Un moment plein de dynamisme et de surprises, vous avez dit ?

Ce projet n’aurait pu exister sans les textes de Corinne Jaquet. Meurtres à Genève constituait sa première publication et c’est avec émotion qu’elle se remémore la genèse de cette œuvre, aujourd’hui adaptée par Tram’Drames. Il y a une trentaine d’années, elle a écrit durant l’été une série de feuilletons pour le journal La Suisse, centrée autour d’affaires judiciaires genevoises. En 1990, Edouard Slatkine souhaite l’éditer. Fière, elle l’est encore plus lorsque ce « fou » de Jacques Salin lui propose cette adaptation originale. Il y a deux ans, le livre a d’ailleurs été récrit et réédité, restant l’un des bestsellers des éditions Slatkine.

Pour clôturer la présentation de ce projet atypique, il faut encore citer l’AGMT (Association Genevoise du Musée des Tramways) qui met à disposition ce tram de 1901, restauré tel qu’il était en 1936. Pour l’AGMT, LE tram historique genevois doit être tourné vers le présent, et pas n’être qu’un souvenir du passé glorieux de la ligne 12 : « Il faut le faire vivre ! », clame le président de l’association. Le défi est donc de l’exploiter de manière moderne. Aussi, lorsque le projet est proposé aux TPG, le discours de Jacques Salin fait mouche : projet innovant, Tram’Drames paraît tout indiqué et est sur les bons rails pour débuter !

Si vous n’avez pas encore réservé vos billets, dépêchez-vous, les premières représentations sont déjà complètes !

Fabien Imhof

Infos : https://www.compagnielamouette.ch/spectacles/tramdrames

Photo : © Cie La Mouette

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

3 réflexions sur “Des drames dans le tram

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

code