CDD.13 – En quête d’identité
La soirée du jeudi, dans le cadre de C’est Déjà Demain, proposait un enchaînement de pas moins de quatre spectacles ! Parmi eux, on a pu rencontrer de drôles d’extraterrestres à la Maison Saint-Gervais et assister à un stand-up queer à la recherche d’un « Daddy » sur les Scènes du Grütli.
Gasoline Motel
Giulia Sorenza Crescenzi, Diane Dormet, Maxime Reichard, Nicolas Roussi
Dans Gasoline Motel, le quatuor incarne un étrange groupe d’extraterrestres, débarquant avec leurs costumes en carton ressemblant à des cowboys de bande dessinée. Alors qu’ils et elles ont décidé de se montrer pour la première fois aux humain·e·s, les voilà qui tentent de se comporter comme nous. Mais leurs modèles se limitant à des films et autres vidéos YouTube, il se pourrait bien que leur représentation du vivant soit un peu bancale.
Tout dans la scénographie est issu de récupération, nous disent les protagonistes : des cartons, dans lesquels sont découpés les costumes et décors, des papiers, des ventilateurs… Ajoutez des lumières de cinéma pour donner une dimension hollywoodienne à l’ensemble. Le choix du prisme des extraterrestres permet de voir l’être humain, et le vivant de manière générale, autrement. Le regard faussement naïf de ces drôles de personnages conduit à un décentrement qui fait du bien, avec un décalage comique, mais aussi une véritable réflexion de fond. Ainsi, en découvrant les émotions et les rapports entre êtres humains, sans en avoir les codes, ils et elles montrent comment tout cela est construit socialement. Le récit est amené avec beaucoup d’humour, notamment quand les gestes ne se lient pas à la parole. On évoquera par exemple ce moment où il est question de sexualité, où chacun·e expérimente ce que c’est, sans pour autant bouger. La notion de prénom, et à travers elle celle de l’identité, est également questionnée de manière totalement absurde, pour des interactions tout à fait hilarantes.
C’est ce qui fait la beauté de ce spectacle : retrouver la pureté et l’innocence des sentiments humains, qui nous dépassent parfois autant qu’ils nous portent.
Queer Crip Becoming – Cie Eddie Ramirez, Edwin Ramirez
La soirée s’est ensuite poursuivie aux Scènes du Grütli, où Edwin Ramirez nous attendait avec son stand-up queer plongeant dans son autobiographie. L’artiste en fauteuil, au travers d’anecdotes et récits de passages tumultueux de sa vie, emmène son public à la recherche de son nouveau « Daddy », précisant qu’il peut s’agir aussi bien d’un homme, que d’une femme, ou d’une personne non-genrée. Ce qui importe, c’est la figure que ce « Daddy » incarnera, à qui iel demande d’être fiable, bienveillante et surtout d’avoir un excellent sens de l’humour !
Avec beaucoup d’humour, donc, Edwin nous présente six potentielles figures paternelles, toutes liées à un événement marquant de sa vie : un médecin qui lui a offert l’éventuelle possibilité de remarcher un jour, une doctoresse qui l’a opéréx suite à un accident, son père biologique, ou encore un responsable de l’assurance invalidité. Par le biais de ces figures, et grâce au diaporama projeté en fond – images et sous-titres, Edwin s’exprimant en anglais – iel nous permet d’entrer dans son univers intime. On perçoit son parcours, de son handicap qu’iel a depuis la naissance, aux rapports compliqués avec certains membres de sa famille, en passant par des modèles queer qui lui ont permis de se construire.
À travers ce spectacle, sous-titré Run Daddy Run, Edwin Ramirez questionne l’identité, la recherche de celle-ci. Après avoir suivi le modèle voulu par ses parents – iel est d’ailleurs méconnaissable en costume avec les cheveux rasés – Edwin s’est construit son identité queer et est désormais heureux ainsi. Une belle leçon de vie qui a déclenché l’ovation du public.
Fabien Imhof
Infos pratiques :
Gasoline Motel – Giulia Sorenza Crescenzi, Diane Dormet, Maxime Reichard, Nicolas Roussi :
Mardi 11 et mercredi 12 mars, 20h30 / durée 50 min
Jeudi 13 mars, 18h / Vendredi 14 mars, 19h30 / Samedi 15 mars, 16h45 / Dimanche 16 mars, 16h / durée 40 min
Jeu Giulia Sorenza Crescenzi, Diane Dormet, Maxime Reichard, Nicolas Roussi ; Texte Diane Dormet, en collaboration avec les autres membres du collectif ; Musique Nicolas Roussi ; Soutiens en attente
Photo : © Nicolas Brodard
Queer Crip Becoming – Cie Eddie Ramirez, Edwin Ramirez
Jeudi 13 mars, 19h15 / Vendredi 14 mars, 21h / Samedi 15 mars, 18h / durée 1h
Spectacle en anglais, avec surtitres en français. Toutes les représentations sont des représentations RELAX.
Conception, écriture et performance Edwin Ramirez ; Accompagnement dramaturgique Eva Bracey et Nele Solf ; Diaporama Nele Solf ; Costumes Edwin Ramirez ; Soutiens en attente
Photo : ©Margot Sparkles
https://theatreduloup.ch/spectacle/cest-deja-demain-13/
https://labrigeneve.ch/programme/c-est-deja-demain-13
Affiche : © Sylvain Leguy, d’après un dessin original par © AMI