Le banc : cinéma

Comédie facile, critique efficace

Avec La pire mère au monde, Pierre Mazingarde signe une comédie surprenante. Si de nombreux ressorts scénaristiques sont attendus, on retrouve tout de même quelques jolies trouvailles, pour un bon divertissement. 

La scène d’ouverture laisse présager une comédie très attendue : en voix-off, Louise de Pileggi (Louise Bourgoin) présente son parcours de magistrate brillante, elle qui a déjà atteint 1000 ans de réclusion cumulés au fil de ses affaires de lutte contre la drogue. À 40 ans, elle se décrit elle-même comme une personne détestable et ambitieuse. À grand renfort de surjeu, voilà qui nous fait craindre pour l’esprit du film. Heureusement, cela se tasse – du moins en partie – par la suite. Pour se faire apprécier des hautes instances et redorer son image, au-delà de ses résultats spectaculaires, elle accepte d’être mutée dans un petit tribunal de province. Seulement voilà, sa mère (Muriel Robin) y est engagée en tant que greffière, et toutes deux devront collaborer sur une affaire d’apparence simple, alors qu’elles ne s’adressent plus la parole depuis plusieurs années. Il faudra renouer les liens, et tout cela pourrait bien l’emmener plus loin que cette simple relation mère-fille, et pourquoi pas servir aussi ses intérêts carriéristes… 

Des ressorts scénaristiques bien connus 

En lisant le titre du film, puis en assistant à la scène d’ouverture, durant laquelle Louise idolâtre son père et renie sa mère, on comprend vite ce qui va se passer : les deux se déchireront, puis des secrets seront dévoilés – sur le père qui n’est pas si irréprochable qu’on ne le pensait, sur la mère qui ne déteste finalement pas sa fille et qui cache quelque chose qu’elle ne peut lui réveler, afin de la préserver. Bien sûr, la fille interprétera mal la situation. Les quiproquos s’enchaîneront, mais elles devront s’allier malgré elles, ce qui finira par les rapprocher. Spoiler alert : c’est exactement ce qui se produit ! 

Une autre critique que l’on pourrait adresser à ce film rejoint celles que l’on fait souvent aux comédies françaises : des personnages trop stéréotypés. Il y a d’abord le procureur Enguerrand de Rostein de Zboube (Johann Cuny) – on soulignera la finesse de la deuxième partie de son nom – sûr de lui, arrogant, et qui fait preuve d’une démonstration de masculinité excessive. Il finira par déchanter, bien sûr, mais aura du mal à accepter de se retrouver en défaut. Évoquons ensuite la capitaine de police Sarah Chaton (Florence Loiret Caille), timide, qui se fait marcher dessus, elle qui ne s’affirme pas, comme son nom peut le laisser entendre. Elle finira tout de même par devenir une alliée de Louise, et sortira du placard de manière plutôt grotesque. Louise Bourgoin n’échappe pas non plus à cette critique. Pourtant excellente comédienne, son jeu est inégal, et trop souvent dans l’exagération. On l’a connue meilleure. Quant à Muriel Robin, elle peine à sortir de son personnage aigri, malgré l’évolution des circonstances. Le seul à s’en sortir un tant soit peu là-dedans est Sébastien Chassagne, alias le médecin légiste Samy Gigot, dont l’évolution du personnage est plus fine que ce à quoi on pouvait s’attendre, avec des nuances dans son jeu mieux marquées que pour les autres. 

Une critique pas si fine, mais originale 

Au rayon des jolies trouvailles, on notera d’abord le travail sur les noms. On a déjà évoqué de Zboube et Chaton, mais ce qui nous intéresse le plus est la dénomination des chiens du refuge. À commencer par Castex, la victime sur laquelle Louise doit enquêter. Les autres chiens se nomment Juppé, Raffarin ou encore Cazeneuve, soit tous d’anciens premiers ministres français. Dans cette histoire, les chiens sont complices malgré eux d’une affaire de trafic de drogue, tels des marionnettes d’une organisation qui les dépasse. S’agirait-il d’un clin d’œil au gouvernement et au rôle joué par les premiers ministres, qui subissent les conséquences quand quelque chose se passe mal ? Quand on apprend que le leader du réseau se nomme Dante (Gustave Kervern), célèbre auteur de La Divine Comédie, en lien avec les Enfers et le diable devient évident… 

Au-delà de cela, on notera surtout la critique du système judiciaire français. Louise fustige le manque de moyens pour les tribunaux de province, en comparaison de ceux des grandes villes et notamment de ceux qu’elle a connu à Lyon. Impossible d’autopsier le chien, on lui rétorque qu’il n’y a que « deux policiers pour tout gérer ». On est également choqué par l’une des premières discussions entre Louise et sa mère Judith, lorsque celle-ci demande à sa fille ce qu’elle préconise en cas de « miol » – comprenez un « viol mouais », où l’on n’est sûr de rien. Alors que Louise énonce la procédure à suivre afin de corroborer le témoignage des victimes, Judith lui répond qu’il faut simplement classer, faute de moyens. Voilà qui en dit long et fait écho à différentes affaires où des non-lieux ont été prononcés. On comprend mieux pourquoi… Bien sûr, la critique est assez directe, voire grossière, comme le ton général du film, mais elle a le mérite de ne pas cantonner l’histoire à cette relation mère-fille déjà vue tant de fois. Pierre Mazingarde apporte ainsi un regard plus original en élargissant les thématiques, pour critiquer la justice et le système politique français. Un film qui ne marquera pas l’histoire, mais qui se laisse regarder sans peine. 

Fabien Imhof 

Référence : 

La pire mère au monde, réalisé par Pierre Mazingarde, France, sortie en salles le 14 janvier 2026. 

Avec Louise Bourgoin, Muriel Robin, Florence Loiret Caille, Gustave Kervern, Sébastien Chassagne, Johann Cuny… 

Photos : ©Moonlight Distribution 

Affiche : ©2025 – Balade Sauvage – 2.4.7. Films – TF1 Films Production. Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma – Panache Productions – La Compagnie Cinématographique 

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *