Dans l’éclatement de la Fa(m)ille
Dès vendredi 4 avril, Christophe Balleys et son équipe plongeront le public dans les failles de la famille, avec un spectacle sur l’éclatement familial. Nous avons eu l’occasion, dans le cadre de notre partenariat avec les Scènes du Grütli, d’assister à deux moments de répétition et d’échanger avec l’auteur et metteur en scène de Fa(m)ille.
À notre arrivée dans la salle du deuxième étage, où l’équipe répète alors, à une dizaine de jours de la première, le moment est consacré à des réglages autour du son. Pendant qu’une partie de la troupe revoit son texte dans la salle workshop adjacente au plateau, des membres de l’équipe technique s’occupent de régler les haut-parleurs, alors que Christophe Balleys et Andrès García, responsable de la création sonore, prennent en charge les réglages des micros.
Épopée musicale
Sur la scène, on aperçoit une table et quatre chaises à l’avant du plateau, ainsi qu’une baignoire rouillée au fond. Il y a aussi un écran, le texte du spectacle, des casques VR et un carton de Dr. Martens. Des scotchs de couleur sont également disposés au sol pour marquer les différents espaces. Puisqu’on en est encore au stade des répétitions, dans une salle différente de celle où sera jouée la pièce, le décor est loin d’être complet. On s’imprègne encore du texte, de la trame de cette histoire. Il y sera question d’une famille, et de ses relations. Jusqu’au départ de l’un des membres. Que faire alors quand le foyer commence à se vider, que la famille se retrouve dépossédée de son « m » ? On y racontera les différentes étapes de la vie sans ce membre, les amours, les désamours, les rénovations, les tensions qui vont et viennent. Le tout à travers un spectacle musical, empli de chansons, avec cette volonté de s’émanciper, tout en gardant ce lien fort et inamovible avec sa famille.
Dans Fa(m)ille, il y aura bien sûr du jeu théâtral, mais aussi de la danse, de la musique, des chants, et donc une grande dimension corporelle, physique. D’où cette définition comme un « spectacle total », où le récit passera non seulement par les mots, mais aussi par les sensations. Chaque détail doit donc être parfaitement réglé en amont de la première. Ce jour-là, donc, on procède aux réglages des micros, notamment pour les chansons et les musiques : il s’agit de trouver la bonne intensité pour chaque comédien·ne, les retours dans les in-ear, qui diffèrent selon où on se trouve dans l’espace scénique. Pour ce faire, il faut se fier au ressenti de chacun·e, à ce qu’il ou elle entend et ce dont il ou elle a besoin. Chacun·e passe donc à son tour, inteprétant une scène où ces besoins sont particulièrement importants. Christophe Balleys en profite pour leur faire un retour sur les timings, le rythme, les moments de respiration entre les répliques, afin que tout se mette en place petit à petit.
Le son au centre de cette journée
De cette manière, on peut procéder à un soundscheck pour chacun·e, en travaillant par étapes. On se concentre d’abord sur le son en tant que tel, avant de voir si les réglages conviennent avec les mouvements de chacun·e. Pour Lisa Tatin, qui jouera la mère, par exemple, il faut faire en sorte qu’elle ait le meilleur retour possible, afin, notamment, d’entendre l’accompagnement lorsqu’elle se trouve en fond de plateau, où la musique résonne moins fort. Du côté de Nasma Moutaouakil, qui interprétera la fille, on cherche à trouver le bon volume pour le retour de sa propre voix, mais aussi celui des chœurs pour certaines chansons, entre les unissons, les différentes couleurs vocales… Tout doit ainsi se caler petit à petit, d’abord en se concentrant sur la dimension uniquement vocale, puis avec les mouvements et l’énergie, la scène jouée par Nasma Moutaouakil étant particulièrement intense de ce point de vue.
Du côté d’Andrès García, qui doit gérer tout cela, il lui faut entendre les niveaux réels pour pouvoir jauger les réglages de chacun·e, en fonction de ce que fait chaque comédien·ne. La position du micro-casque a une influence sur le volume : il faut donc parvenir à fixer les micros pour qu’ils ne bougent pas, au risque de tout dérégler. Le passage des moments de texte aux chansons s’avère aussi crucial, puisque les volumes diffèrent. On s’interroge alors sur le nombre de récepteur, le type de micro le plus approprié, entre micro-casque et micro sur pied par exemple.
Un travail d’équipe
Durant ce moment, on perçoit l’ambiance détendue, bien que professionnelle, de l’équipe. Une fois les réglages individuels effectués, on fait revenir tout le monde pour réfléchir aux interactions, notamment entre la fille et les parents – Loïc Valley, qui jouera le fils, n’étant pas présent ce jour-là – pour des questions de placement et, encore une fois, de volumes. On rigole, on se vanne, on digresse par moments, avant de se replonger dans le travail.
À la suite de la répétition, alors que nous nous entretenons avec Christophe Balleys, celui-ci nous explique qu’il a écrit les personnages d’une certaine manière, mais qu’il laisse ensuite le soin aux acteur·ice·s de se les approprier et de formuler des propositions. Rien n’est donc totalement figé dès le départ, et les différentes énergies permettent de modifier, d’affiner, de tenter des choses, qui seront ensuite retenues ou non. En ce sens, il y a un véritable esprit de troupe, on écoute les avis de chacun·e, dans un esprit bienveillant qui frappe lorsqu’on assiste aux répétitions.
Passage au sous-sol
Le spectacle sera joué sur la scène du sous-sol, et c’est là que nous retrouvons la troupe pour notre deuxième passage. L’après-midi est consacré au premier bout-à-bout : il ne s’agit pas encore d’un filage, mais plutôt d’une traversée de la pièce, du début à la fin, afin d’identifier les besoins pour les jours qui restent avant les représentations, tout en s’appropriant l’espace. La scénographie est cette-fois presque entièrement en place, les différents espaces étant bien délimités, les praticables installés, notamment l’espace derrière le tulle et celui de la salle de bain. L’objectif de cette répétition est donc de commencer à mettre ensemble tous les éléments techniques, qu’il s’agisse de la lumière, de la musique, des retours in-ear, en fonction du jeu, des placements de chacun·e et des possibilités techniques également.
On en profite alors pour tester des propositions discutées les jours précédents. Entre les scènes, on échange sur ce qu’il faut encore régler, à tous les points de vue. Christophe Balleys coordonne les discussions, demandant les avis de chacun·e, les retours, pour pouvoir lister ce qu’il y a à travailler, effectuer les réglages nécessaires, réfléchir à des solutions sur ce qui ne fonctionne pas encore comme escompté. Des imprévus sont également à noter, comme une image qui se dédouble au moment de la projection de celle-ci. Beaucoup de monde s’affaire, et c’est toute une machinerie qui se met en branle pour tout coordonner. Un univers dont on n’a pas forcément conscience lorsqu’on assiste au spectacle.
Quoiqu’il en soit, après avoir assisté à ces différents moments et échangé avec Christophe Balleys – que nous remercions d’ailleurs pour le temps qu’il a pris pour ce reportage – on ne peut que se réjouir et être très intrigué·e de découvrir ce que donnera le résultat final, dès le 4 avril sur la scène du bas du Grütli !
Fabien Imhof
Infos pratiques :
Fa(m)ille, de Christophe Balleys, du 4 au 16 avril 2025 aux Scènes du Grütli.
Écriture, composition, mise en scène : Christophe Balleys
Avec Lisa Tatin, Cyprien Colombo, Loïc Valley, Nasma Moutaouakil et Alexandra Tiedemann
Arrangements, création sonore : Andrès Garcìa
Scénographie : Claire Peverelli
Collaboration artistique : Charlotte Filou
Création lumière : Luc Gendroz
Costumes : Toni Teixeira
Production : Cie Jerrycan
Coproduction : Scènes du Grütli
Production exécutive : Ars Longa
https://grutli.ch/spectacle/fa-m-ille
Photo : ©Scènes du Grütli