Dernière fois rime aussi avec première fois
Dans Et si c’était le dernier ?, Christian Mukuna raconte ses dernières fois, celles dont on ne se rend pas compte qu’elles le sont. Avec humour, mais aussi une jolie part d’émotion, il embarque son public avec lui dans sa nostalgie. À voir au Théâtre Les Salons encore ce soir.
L’affiche du spectacle a de quoi intriguer : Christian Mukuna se tient face à nous, une fourchette à la main. Au bout de celle-ci, un petit pois. Et en grosses lettres blanches, le titre : Et si c’était le dernier ?. L’humoriste s’expliquera sur le pourquoi de cette affiche durant le spectacle, mais chut, on ne dira rien ici. Si ce n’est, peut-être, qu’il a effectivement vendu 200 boîtes de petits pois personnalisées, pour soutenir des associations luttant contre plusieurs formes de violence. Un signe fort de son engagement. Sur la scène, l’ouverture du one-man-show surprend également. Et pour cause : Christian Mukuna n’est pas là ! C’est une vidéo, projetée dans un cadre rappelant les énormes télévisions sur roulettes que l’on nous proposait au secondaire, qui nous accueille. De fausses pubs le mettant en scène sont diffusées, pour déclarer son amour au cinéma et nous avertir que ce spectacle ne sera pas habituel. Il viendra ensuite nous parler de ses dernières fois, avec la question de l’âge au centre du propos, ce moment où on devient vieux, et comment… Il évoquera aussi ses origines congolaises, l’accueil de son canton de Neuchâtel adoptif, sa vie de couple et de futur père. Et si c’était le dernier ? est un spectacle sur la nostalgie, avec cette jolie citation de Victor Hugo en exergue : « La nostalgie, c’est le bonheur d’être triste. »
Du stand-up, mais pas que
Ce qui étonne avec Christian Mukuna, c’est d’abord la forme qu’il donne à son spectacle. Accompagné de Gaspard Boesch à la mise en scène, ainsi qu’à l’écriture – pour laquelle Sacha Judaszko a également collaboré – il propose un spectacle mêlant stand-up classique, debout derrière son micro, jeu théâtral, lorsqu’il se met en scène face à son écran, mais aussi cinéma avec ces extraits vidéo, ou ce drôle de diaporama sur sa vie. Difficile de se démarquer, à l’heure où les standuppeur/euses pullulent. Il fallait trouver un format original et inédit, et l’humoriste neuchâtelois s’en sort parfaitement de ce point de vue.

Les codes du stand-up veulent qu’on s’inspire de sa vie et d’observations du quotidien. Si Christian Mukuna ne déroge pas à cette règle, il trouve tout de même un angle d’approche pour le moins original, en évoquant les dernières fois. Ces dernières fois dont on n’a pas conscience qu’elles le sont lorsqu’elles arrivent. Mêlé à cela, il y a la question de la nostalgie, et de tous ces petits gestes qu’on commence à faire, sans s’en rendre compte, qui veulent dire qu’on est vieux. Quel choc, alors, la première fois qu’on l’appelle « Monsieur » ! L’humoriste nous fait revivre ce moment, en le rejouant, comme il le fait aussi en parlant de ses parents. Des parents pour lesquels il éprouve un amour infini, bien qu’ils aient du mal à se défaire de certaines habitudes congolaises, pas forcément bien vues en Suisse. On n’évoquera ici que le manque de ponctualité et les débarquements à l’improviste et à n’importe quelle heure…
Humour et émotion
Dans ce seul-en-scène, Christian Mukuna parvient avec brio à trouver l’équilibre entre l’humour que demande un tel spectacle, et l’émotion exigée par la dimension nostalgique qu’il aborde. Sans jamais tomber dans un pathos, il parvient toujours à rebondir avec une blague, même dans des moments plus chargés en émotion. Pour surprendre, il n’hésite par exemple pas à se servir des clichés racistes pour les retourner et en rire, comme dans cette interaction avec un jeune homme qui l’appelait « Monsieur » et auquel il n’a pas répondu, jusqu’à une remarque déplacée dudit jeune homme… et une réaction pour le moins étonnante de Christian Mukuna !

Dans Et si c’était le dernier ?, il n’oublie donc pas de jouer sur cette double identité : ses origines congolaises, d’un côté, un pays que ses parents ont quitté pour fuir la dictature de Mobutu, puis le refus de la France de les accueillir… De l’autre côté, cette Suisse qui l’a accueillie. Et même s’il a été difficile de s’acclimater au froid de La Brévine, il insiste sur la gratitude qu’il éprouve. Avec cette consécration ultime d’avoir été élu Neuchâtelois de l’année et d’avoir pu chanter l’hymne nationale. Une fierté, une première, et sans doute une dernière fois qui resteront gravées dans sa mémoire.
Fabien Imhof
Infos pratiques :
Et si c’était le dernier ?, de Christian Mukuna, Gaspard Boesch et Sacha Kudaszko, du 26 au 28 mars 2026 au Théâtre Les Salons, dans le cadre de la saison de la Cie Confiture.
Mise en scène : Gaspard Boesch
Avec Christian Mukuna
Affiche : ©Jaroslav Monchak / Agence ACP
Photos : ©Whispers of Lights
