Les réverbères : arts vivants

Inversons les règles du jeu !

À quoi juge-t-on si un spectacle fonctionne, si tant est que l’on puisse oser dire cela? À une salle comble ? Aux rires qui fusent ? Aux visages ravis en sortant ? En tous cas, Pouvoir remplissait tous ces critères au TMG. Grâce à ce spectacle qui interroge nos modes de gouvernance, au travers d’une marionnette rebelle et des trois marionnettistes d’Une Tribu Collectif, on sort en se questionnant. C’était à voir du 21 au 30 mars 2025.

Cécile Maidon, Noémie Vincart et Michel Villée, parviennent à explorer dans toute son ampleur la notion de pouvoir, grâce à l’humanité plus vraie que nature de cette marionnette aux airs de Dobby dans Harry Potter. Figure blanche au milieu des marionnettistes en noir, elle est le centre de l’attention, et est dotée d’une mobilité complexe, capable de refléter une large palette d’émotions. Pouvoir est inspiré du style japonais Bunraku, une forme traditionnelle du théâtre de marionnettes très hiérarchisée, où le ou la marionnettiste plus expérimenté·e manipule la tête et le bras gauche, et la personne la plus novice manipule les pieds.

Dans les différentes notions du pouvoir abordées, on retrouve l’ambiguïté du rapport entre le  manipulé et les manipulateur·ice·s, ou comment les deux rôles sont liés l’un à l’autre. Quand la marionnette refuse de jouer le spectacle, ce sont ainsi les marionnettistes qui se retrouvent soudain privé·e·s de leur rôle. Viennent alors des stratagèmes pour récupérer l’emprise sur la marionnette, telles que la menace, la séduction, la fausse négociation, etc, qui finissent par interroger les liens entre les membres de  la troupe elle-même. Iels ne sont pas exempts de jeux de pouvoir…

La dimension sociétale du pouvoir est centrale dans le spectacle, en illustrant les répétitions de l’histoire. Les mêmes dynamiques de domination se reproduisent depuis le Moyen Âge, et vu le monde actuel, elles sont bien parties pour perdurer jusque dans un futur lointain. Le pouvoir par la représentativité, grâce à l’outil du vote, souligne les absurdités d’un système dit démocratique. Le public, en tant qu’électorat neutre, est amené à voter pour continuer le spectacle selon les termes de la marionnette ou des marionnettistes, après une campagne menée tambour battant.

Une fois l’arrivée au pouvoir atteinte, et la crise d’égotisme passée – crise qui n’est pas sans nous rappeler un personnage bien actuel de la puissance mondiale – vient le temps de se questionner : qu’est qu’on fait une fois qu’on l’a enfin, le pouvoir ? Comment inventer de nouvelles règles du jeu sans retomber dans les mêmes travers ? Sans donner de réponses toutes faites, mais plutôt en déployant un univers poétique, Pouvoir nous invite à dépasser la croyance que c’est impossible. Alors, rêvons d’un monde où les marionnettes reprennent leur pouvoir, car finalement, pourquoi ce ne serait pas possible ?

Léa Crissaud

Infos pratiques :

Pouvoir, d’Une Tribu Collectif au Théâtre des Marionnettes de Genève du 21 au 30 mars 2025.

Mise en scène : Cécile Maidon, Noémie Vincart, Michel Villée

Jeu et manipulation de la marionnette : Cécile Maidon, Noémie Vincart, Michel Villée

https://www.marionnettes.ch/spectacle/pouvoir

Photos : © Céline Chariot

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