La comédie des humains
Quand le théâtre se raconte – L’art de la comédie – par la Cie d’un instant au Casino Théâtre de Rolle – c’était du 15 au 18 janvier 2026.
Le temps a beau passer, les mœurs évoluer, les modes changer, le théâtre porte toujours sa voix. Dans la maison de Molière, dans une salle de quartier ou au plus près de son ADN, dans une roulotte à la rencontre du public. Du fauteuil rouge à la chaise qui craque.
Dans le spectacle L’art de la comédie, au lever de rideau, le théâtre est un vieux monsieur qui se raconte. Il évoque les virevoltes de Sganarelle, l’impertinence de Figaro et la mort d’Hamlet. C’est ce que confie Oreste Campese, directeur de théâtre, au lever de rideau après que sa roulotte soit partie en fumée. Ce n’est pas que du bois qui brûle, ce sont des mots qui flambent, des répliques qui volent en brandons, des personnages qui s’en vont.
Une ville sans théâtre est une ville sans voix. Désormais aphone, il appartient aux autorités de se pencher sur ce problème. Oreste Campese est reçu par Madame la Préfète de Caro, qu’il salue obséquieusement par un votre excellence, tout droit sorti de l’Ancien Régime.
La préfète, plus extravagante et fantasque que fonctionnaire, est plutôt encline à considérer les choses avec bienveillance et règle – avec le peu de temps qu’elle peut consacrer aux affaires – un chèque pour débloquer les choses. Une pastille pour que la ville retrouve sa voix. Quel crime vient-elle de commettre ? Oreste menace !
Ce qui touche dans ce spectacle ce n’est pas tant le banal affrontement du théâtre avec les autorités, c’est plutôt la jolie galerie de savoureux personnages qu’Oreste, par défi, va lâcher dans le bureau de la Mairie. Dès lors l’on passe de la comédie humaine à la comédie des humain-es.

Le spectacle s’envole, il séduit par des personnages tout droit sortis d’un livre de Giovanni Guarechi, le père de Don Camillo. Car cette comédie est italienne et possède sa truculence. Et l’on s’amuse à chercher, à savoir – car c’est le jeu qu’impose Oreste – si devant nous, il s’agit d’un rôle endossé ou d’un personnage de la cité. Qu’y-a-t-il de plus difficile à interpréter que le vrai ! Moments drôles, surprenants, sympathiques, accompagnés par une mise en scène (Nalini Menamkat) souriante.
C’est un défaut de ce récit que de nous offrir cette truculente galerie de personnages presque en guise de dessert. On en aurait aimé plus, plus longtemps avec çà et là, un peu plus d’indices entre le vrai et le faux pour que le public puisse vraiment participer, jouer à deviner les choses.
Il y a un bel envol d’un bout à l’autre dans ce spectacle. De jolis effets de scènes, des situations soutenues parfois par un chœur improvisé, belle idée. Des éléments surprenant et bienvenu dans l’exposition de cette pièce qui encore une fois mets du temps à placer l’élément déclencheur de l’histoire.
Quoi qu’il en soit, cette troupe offre une belle chimie où les éléments du faux et du vrai ce mélange…. comme au théâtre.
Jacques Sallin
Infos pratiques :
L’Art de la Comédie d’Edouardo de Filippo au Casino Théâtre de Rolle, du 15 au 18 janvier 2026
Mise en scène : Nalini Menamkat
Avec David Casada, Laurie Contesse, Kamim Kadjar, Michel Kullman, Sabrina Martin
https://www.theatre-rolle.ch/programme/lart-de-la-comedie/
Photo : © Carole Parodi
