Les réverbères : arts vivants

L’histoire du temps

Un spectacle qui ne finira jamais – Le cabaret de mes parents de Philippe Cohen et la Compagnie Confiture, à voir au Théâtre Les Salons jusqu’au 15 février 2026. 

Quelle étrange chose que la recherche du temps perdu. Elle tient moins au contenu qu’à la forme, elle vient surtout par son originalité. Une recherche qui tourne en rond depuis longtemps certes, la chose n’est pas nouvelle, mais force est de constater que le diamètre s’agrandit chaque année et que, dès lors, cela devient une recherche sans fin. 

Quoi de neuf dans ce cabaret, quoi de neuf depuis nos parents ? Philippe Cohen propose de retrouver le temps au moyen de la musique par une de ses déclinaisons : la chanson. Un spectacle d’une jolie théâtralité, avec des sourires face aux souvenirs, où le décor est à colorier avec les pinceaux de notre mémoire. Le cabaret de mes parents prend la forme d’un récit musical, d’une fête carnavalesque riche en marqueurs du temps.  

Cependant, il y a une sorte d’ambiguïté dans le titre qui porte à croire à l’époque récente de nos parents, plus qu’à d’autres très anciennes où les noms sont désormais effacés. Car si le spectacle évoque une frise chronologique, pour le style du texte, il en est tout autre. Ce dernier s’approprie le monde des cabarets hors les plumes du Moulin Rouge ou du Crazy Horse. Patachou, Le Chat qui pêche, le Bœuf sur le toit… Tout ceci sent l’absinthe et le tabac gris, les chaises de bois et le piano droit, le cabaret de nos parents, la mère en jupe droite et le père portant fine cravate… Et tout le monde fume !   

Dans cette succession de tableaux, pas de réécriture de paroles sur des musiques connues – nous ne sommes pas à l’anniversaire des ans, l’écueil de l’écriture barbante est évité et cela est pleinement réjouissant. Les chansons sont des originaux avec un doute tout de même sur le premier tableau – le spectacle débutant devant le porche d’une des cathédrales de l’art pariétal, l’imaginaire vient à la rescousse au temps de Lascaux. Quoi qu’il en soit, sont invités au bar du temps Carlos Gardel, Brassens, Bobby Lapointe, Piazzolla et d’autres marque-pages de l’histoire par leur musique. 

Deux artistes aux instruments, Gaëlle Poirier (accordéon-bandonéon) et Narciso Saùl (guitare et arrangements) enveloppent avec des pages de notes des pages d’histoires. Se présentent parmi d’autres personnages : trois Aristide Bruant – chansonnier de la Belle-Époque – pour le prix d’un ; une môme qui n’est pas elle ; mais qui nous y fait penser, Molière et Racine. Dans ce dernier tableau, Philippe Cohen nous offre un morceau de bravoure dont il possède le talent. Une improvisation chantée, en rimes sur des mots proposés par la salle. Épatant ! À remarquer aussi, mais c’est fait pour, une diva chantant comme à l’opéra : un mélange audacieux de Castafiore et de Jessica Rabbit. Il fallait oser.  

Une jolie troupe d’artistes qui parvient par cavalcades et en chansons à nous faire traverser les époques. Un peu lent au début, mais c’est sans importance, des éclairs d’humour, des moments potaches sans facilités, le public passe deux heures dans sa mémoire d’écolier pour les temps anciens, dans ses souvenirs pour les plus récents et surtout dans son plaisir immédiatement. 

Jacques Sallin 

Infos pratiques : Le cabaret de mes parents de Philippe Cohen, par la Compagnie Confiture, au Théâtre Les Salons, du 6 au 15 février 2026. 

Mise en scène : Philippe Cohen 

AvecMajbritt Byskov-Bridges, Philippe Cohen, Marie-Stéphane Fidanza, Claudia Lachat, Thomas Laubacher et Kim Selamet 

https://theatre-confiture.ch  

Photos : ©  Michel Marie 

Jacques Sallin

Formé à l'université de la ferme et à l'atelier du Victoria Hall, c'est avec cette double culture qu’il s'approprie le monde. Il tenté de conjuguer les choses en signant des textes et des mises en scènes. La main, le geste, la phrase, le mot, c'est pour lui toute l'intelligence de la scène.

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