Notre argent, nos enfants, nos emmerdes
Avec Chers Parents, Emmanuel Patron signe une comédie bon enfant et divertissante, adaptée de la pièce de théâtre co-écrite avec Armelle Patron. Un film qui respecte les codes de la comédie à la française, sans grande surprise, mais plutôt bien exécutée, sans oublier un joli coup de théâtre final.
Pierre (Arnaud Ducret), Louise (Pauline Clément) et Jules (Thomas Solivérès) sont appelé-es en urgence par leurs parents Vincent (André Dussolier) et Jeanne (Miou-Miou) dans leur maison au Sud de la France. Les enfants craignent le pire, mais c’est finalement une bonne nouvelle qui leur est annoncée : les deux complices ont touché le jackpot au loto et prévoient d’aller ouvrir un orphelinat au Cambodge. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, si ce n’est que les parents ne veulent pas donner un centime à leurs enfants, au grand dam de ces derniers ! La tentative de les convaincre d’en verser au moins un petit peu conduira à plusieurs rebondissements et autres péripéties.
Comédie à la française
Chers Parents est un film sans surprise, si ce n’est le coup de théâtre final – et encore – mais qui fonctionne bien, grâce notamment à un joli équilibre trouvé entre les personnages. Arnaud Ducret fait du Arnaud Ducret, quoiqu’un peu moins excessif que ce à quoi il nous a habitué-es, ce qui se révèle plutôt agréable. Il incarne le grand frère, leader de la fratrie, que les autres écoutent – et n’hésitent pas à envoyer au casse-pipes – devenu sans surprise auto-entrepreneur et aux convictions de droite. C’est d’ailleurs lui qui convaincra les deux autres de réclamer de l’argent aux parents. Au milieu, Pauline Clément incarne une Louise, alias Loulou, toujours coincée dans ses études de médecine, vivant seule avec son chat Jean-Pierre, et au caractère un peu effacé. Jusqu’à, bien sûr, qu’elle ne se révèle plus vindicative qu’on ne le pensait. Enfin, Thomas Solivérès est le petit frère, chouchou des parents, devenu critique par manque de talent d’auteur – paraît-il – et qui semble être tout l’opposé de Pierre. Évidemment, ces trois caractères opposés et bien marqués donneront lieu à divers conflits et autres quiproquos qui font rire.

Le schéma de l’histoire est plutôt classique : on prend le temps de mettre en place les personnages et la situation initiale, grâce à un premier quiproquo sur le départ des parents : on imagine évidemment le pire, et une décision de quitter ce monde ensemble, avant d’être rassuré-es pour penser qu’ils organisent de longues vacances, jusqu’à la réalisation du véritable projet. La situation s’envenime ensuite avec la question de l’argent – sans savoir quelle somme a été gagnée – qui amène des complications. Les enfants sont alors soudé-es face aux parents, avant de finir, bien entendu, par s’entredéchirer. On assiste alors à un va-et-vient entre ces deux états de fait. Le tout évoque une pièce de boulevard – le scénario en est une à la base – avec ses quiproquos, ses non-dits et des personnages très typés. Mais le tout est plutôt bien exécuté et reste plaisant à voir, avec également un duo de comédien-nes incarnant les parents, au sommet de leur forme !
Un film sur la famille
La chanson d’Aznavour, Mes amis, mes amours devient alors l’hymne de ce film, résonnant à plusieurs reprises en toile de fond :
Mes amis, c’était tout en partage (tout)
Mes amours faisaient très bien l’amour (oh oui)
Mes emmerdes étaient ceux de notre âge (bien sûr)
Où l’argent, c’est dommage
Éperonnait nos jours
Les valeurs familiales sont au cœur du propos, et on n’hésite pas à jouer dessus. Il y a d’abord le lien entre les trois enfants, qui semblent retrouver leurs plus jeunes années. En témoignent ce moment où ils et elle attendent la décision des parents sur les balançoires, ou leur balade à vélo, ainsi que, bien sûr, leur relation : une forme de hiérarchie avec l’aîné qui se pose en leader, le petit chouchou qu’on chambre sans relâche… Jusqu’à ce que tout cela évolue face aux problématiques d’adultes et, au cœur de celles-ci, l’argent, comme le prédisait Aznavour. Un fléau qui vient aussi modifier la relation avec les parents. Sous ses airs légers, cette comédie vient ainsi questionner les valeurs morales de la transmission, et avec elle celles du travail pour gagner sa vie, et ce qu’on donne aux enfants. Un choix qui donne lieu à de jolies réflexions, sur fond de paradoxes entre les convictions et les actes.

Le rôle des parents, il nous faut également y revenir, tant il est central. Leur ligne est claire : ne pas laisser un centime aux enfants. Mais, bien vite, ils se laissent amadouer. Quoique… les nombreux rebondissements nous laissent penser qu’ils sont plus malins qu’il n’y paraît. Et s’ils étaient finalement les plus grands manipulateurs de ce film ? Ce rapport de force fluctuant est bien amené, avec une jolie montée en puissance qui, comme on pouvait s’y attendre, dépasse quelque peu les limites de la crédibilité. On pense bien sûr à ce moment où Loulou se révèle enfin et prend les choses en mains, fusil armé et braqué sur les parents. Nous n’en dirons pas plus, mais on retrouve ici une dimension très théâtrale, poussée un peu à l’extrême, mais qui fonctionne encore une fois. Les caractères, les leçons de morale, ainsi que l’ironie, sont peut-être un peu exagéré-es, mais il n’en fallait pas moins pour que les codes fonctionnent. Sans oublier la jolie présence à l’écran de deux voix mythiques du doublage, à savoir Bernard Alane (voix régulière de Stanley Tucci, ou Ray Liotta, et surtout présent dans de nombreux films d’animation) et Frédérique Tirmont (doubleuse régulière d’Emma Thompson, Meryl Streep ou Sigourney Weaver). Une comédie à voir en famille, qui ne révolutionne rien, mais permet de passer un moment, divertissant. C’est finalement tout ce qu’on en attend.
Fabien Imhof
Référence :
Chers Parents, réalisé par Emmanuel Patron, d’après la pièce éponyme d’Emmanuel et Armelle Patron, France, sortie en salles le 25 février 2026.
Avec André Dussollier, Pauline Clément, Thomas Solivérès, André Dussolier, Miou-Miou, Bernard Alane et Frédérique Tirmont.
Photos : ©SND
