Le banc : cinéma

Quand les enfants insufflent l’esprit de lutte

En adaptant la bande dessinée de Vincent Dugomier et Benoît Ers, Christophe Barratier signe un film malheureusement inégal, malgré une belle montée en puissance, quelques jolies surprises et une fin plutôt convaincante. Les Enfants de la Résistance sort dès aujourd’hui en salles. 

Connu pour Les Choristes, Christophe Barratier réalise un film ici dans la même veine, bien que le fond historique soit bien plus lourd dans le cas présent. Nous sommes dans les années 1940, dans un petit village au cœur de la France, sous occupation allemande. Alors que la population semble accepter son sort, par fatalité, trois enfants décident de lutter. Ayant vent des actions de De Gaulle en Angleterre, ils cherchent à insuffler l’esprit de la Résistance aux adultes. Avec un petit kit d’imprimerie et les moyens du bord, François, Eusèbe et Lisa font circuler les mots signés du « Lynx » pour organiser la Résistance, tout en engendrant quelques actions fortes visant à ralentir l’occupant. Les soldats nazis, les quelques collabos qui sont au sein du village et finalement la Gestapo, mettront tout en œuvre pour découvrir qui se cache derrière ce « Lynx ». La lutte contre l’injustice naît finalement des esprits les plus purs, à savoir les enfants, alors que les adultes semblaient avoir baissé les bras… 

Une première moitié de film attendue 

La bande dessinée – que nous précisons ici ne pas avoir lue – est connue pour sa dimension pédagogique : le fond historique y est bien développé et le récit s’appuie sur des faits réels pour construire une fiction à laquelle on croit. Une comparaison entre les deux objets serait bien sûr intéressante, mais nous nous contenterons aujourd’hui de parler du film. Qu’on se le dise d’emblée, la réalisation ne résiste malheureusement pas aux écueils de certains clichés, tombant dans les codes de la comédie légère, à la française, durant une grande partie du long-métrage. Les trois enfants représentent les trois figures attendues d’un trio de héro-ïnes : François (Lucas Hector) est le leader têtu, qui n’écoute que ses convictions et pas vraiment ses camarades ; Eusèbe (Octave Gerbi) est plus posé et réfléchi, mais devient l’amoureux naïf de Lisa, en écoutant religieusement ce qu’elle dit, tout en perdant son esprit critique ; quant à Lisa (Nina Filbrandt), elle est toujours sûre d’elle et s’avère être une manipulatrice de premier plan. Bien sûr, nous mettons ici en avant leurs tares, qui sautent aux yeux, mais n’oublions pas leurs bonnes intentions et leurs convictions, ainsi qu’une évolution durant le film. Évolution à laquelle on pouvait s’attendre, et qui révèle une dimension « gentillette » du traitement de cette histoire. 


 Il en va de même, et c’est même pire, pour la majorité des adultes. À commencer par Germain (Julien Arruti), le caféier réac, collabo et particulièrement lâche, qui manque totalement de nuance. Quand on sait qu’il est un habitué des comédies de Philippe Lacheau, on n’est pas vraiment surpris… Et le pire, c’est qu’il déteint sur son fils, qui devient un partisan de l’occupant, persuadé qu’une grande mission d’espionnage lui incombe. Le professeur Marnier (Julien Pestel), père d’Eusèbe, s’avère lui très neutre, voire fade. On aurait aimé le voir prendre un peu plus position, à l’image de son épouse Marceline (Leslie Medina), qui parvient tout de même à le faire s’activer un peu plus que prévu. Les personnages féminins, d’ailleurs, sont à souligner, avec une dimension plus affirmée, et un plus grand courage que les hommes du village. On notera encore le maire (Pierre Deladonchamps), véritable diplomate qui fait tout pour tempérer les ardeurs des deux camps, mais finit par entrer, comme les autres, dans cette succession de clichés. Sans oublier le colonel nazi, qui fait tout pour l’intimider, dans le rôle qu’on attend de lui… 

Montée en puissance par la suite 

Nous serions tout de même sévères si nous restions uniquement là-dessus. Car la seconde partie du film s’avère nettement plus convaincante, et on en vient à regretter que la première s’apparente autant à une comédie. La nuance devient plus marquée avec le temps, et un acteur se démarque : Artus. Incarnant Marcel, le père de François, ancien soldat blessé durant la Première Guerre mondiale, il sort des rôles comiques qu’on lui connaît habituellement, et avec brio ! Derrière ses airs de gros dur au début, il s’avère courageux, prêt à prendre des risques pour aider des prisonniers évadés à se rendre en zone libre. Ce qu’on apprécie aussi, c’est que tout ne fonctionne pas, rendant son histoire d’autant plus réaliste. Il est le symbole de la montée en puissance du film, qui passe d’un côté « gentillet » à une réflexion bien plus profonde et intéressante. Le fond historique prend de l’ampleur, avec une tension dramatique qui s’installe et fait qu’on y croit beaucoup plus volontiers. 

La fin, avec sa condamnation à mort, devient particulièrement touchante, avec le développement de la relation familiale et son épouse Julienne (Vanessa Guide) qui tente de tenir le coup malgré tout. Surtout, on voit la fierté d’un père, qui apprend ce qu’a fait son fils. Bien qu’on s’y attende, le tout est bien plus nuancé et mieux amené. Tout comme sa relation avec le Père Proslier (Gérard Jugnot) : alors que tout semble les opposer, ils trouveront dans l’effort de lutte une cause qui les lie, et chacun mettra de l’eau dans son vin, pour accepter mieux les pensées de l’autre. On pouvait craindre, avec les choix d’Artus et Gérard Jugnot, de tomber complètement dans une comédie grotesque. Ils sont finalement les deux plus convaincants de ce film, et parviennent à sauver un scénario qui semblait plutôt mal embarqué. On regrettera l’inégalité entre les deux parties du film, mais cette fin convaincante nous pousse tout de même à encourager le public à aller le voir. 

Fabien Imhof 

Référence : 

Les Enfants de la Résistance, réalisé par Christophe Barratier, d’après la bande dessinée de Vincent Dugomier et Benoît Ers, France, sortie en salles le 11 février 2026. 

Avec Lucas Hector, Nina Filbrandt, Octave Gerbi, Artus, Gérard Jugnot, Vanessa Guide, Leslie Medina, Pierre Delalonchamps, Julien Arruti, Julien Pestel… 

Photos : ©Axel Films Productions 

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *