Les réverbères : arts vivants

Une déferlante de gestes pour clôturer la Bâtie

Pour la dernière représentation de La Bâtie, Claude Ratzé présentait son ultime sélection en tant que directeur du festival : 10000 Gestes de Boris Charmatz, comme un hommage à la richesse et la diversité de l’art. Sur le plateau du Théâtre de Carouge, nous nous sommes laissé-es entraîner par la vague fougueuse des danseur/euses, quitte à se faire submerger.

Vide de tout décor, à l’exception de lignes de lumières suspendues de chaque côté, on est surpris-es de découvrir l’immensité du plateau de Théâtre de Carouge. Rapidement, cet espace est habité par une danseuse en robe rouge (Johanna-Elisa Lemke). Elle surgit en courant, et enchaîne les mouvements contemporains avec une rapidité impressionnante, au rythme de son souffle. Démangeaisons, traversées effrénées, sauts puis chutes au sol avec fracas. Elle donne le la des 10000 Gestes qui seront interprétés sur scène. Au moment où elle s’enfuit dans le public, le reste  des danseurs et danseuses, 21 au total, submerge le plateau sur une musique d’opéra.

La diversité des corps et leur multitude sont les aspects qui marquent dans cette pièce de Boris Charmatz. Il semble s’agir du propos du chorégraphe, qui laisse son individualité à chaque performeur/euse, costumé-e ou moins costumé-e, et interprétant chacun-e des gestes différents. Il est certain qu’aucune personne du public n’aura vu le même spectacle, tant il se passe des choses en simultané. Les mouvements effectués sont une alternance en apparence aléatoire entre gestes du quotidien, tels que s’habiller, se raser, se brosser les dents, et de gestes dansés. Dans ce ballet désordonné, surgit une synchronie, avec des moments de pause et de ralentissement, et d’autres de cris, de rires, de chaos.

10000 Gestes ne s’apparente à rien de connu. Les mouvements effectués par les danseur/euses sont courts et fugaces, et surtout ne sont jamais répétés. Cela résulte en un répertoire très large, mais la plupart des intentions se veulent traduire une certaine violence du monde. Il s’agit surtout de chutes, on entend le bruit sourd des corps qui se jettent au sol, et des scènes chorales qui ressemblent à des scènes de combat.  Cette intensité gagne le public lorsque les danseurs/euses déferlent sur les spectateurs et les spectatrices, les escaladant, les invectivant, ou même s’asseyant sur elleux.

Mais finalement, on a du mal à saisir l’intention du chorégraphe, au-delà de la performance impressionnante que fournit chacun-e des performers. Sortir le public de sa passivité lorsque les danseur/euses grimpent dans les gradins ? Mettre à l’épreuve notre patience en énumérant les gestes un par un à partir de 7200 ? Peut-être un peu tout ça, mais on repartira sans certitudes, un peu confus-es et éprouvé-es.

Léa Crissaud

Infos pratiques :

10000 Gestes de Boris Charmatz, le 14 septembre 2025 au Théâtre de Carouge, dans le cadre du Festival de la Bâtie .

Chorégraphie : Boris Charmatz

Avec en alternance Or Avishay, Régis Badel, Jayson Batut, Guilhem Chatir, Ashley Chen, Eli Cohen, Olga Dukhovna, Sidonie Duret, Bryana Fritz, Julien Gallée-Ferré, Kerem Gelebek, Alexis Hedouin, Rémy Héritier, Noémie Langevin, Samuel Lefeuvre, Johanna Elisa Lemke, François Malbranque, Noé Pellencin, Samuel Planas, Mathilde Plateau, Frank Willen

https://www.batie.ch/fr/programme/charmatz-boris-10000-gestes

https://theatredecarouge.ch/spectacle/10000-gestes/

Photos : © Ursula Kaufmann et Alain Scherer

Léa Crissaud

Passionnée par la culture sous toutes ses formes, Léa s’est engagée au sein du comité de La Pépinière il y a un an. Elle y coordonne aujourd’hui le Pôle Cinéma, avec la volonté de partager sa passion et de rendre l’art accessible au plus grand nombre. Elle écrit entre son travail de barista, ses études en médiation culturelle, et la coordination des cours à la Fête de la danse de Genève.

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