Le banc : cinéma

Atelier d’écriture de critiques Black Movie : Belén

Lors de la dernière édition du festival Black Movie, La Pépinière a animé un atelier de critique autour du film argentin Belén de Dolores Fonzi, et vous présente les créations de certain-es participant-es. En 2014, une jeune femme se rend à l’hôpital en Argentine pour des saignements et de violentes douleurs au bas-ventre. Sur place, elle est arrêtée par la police, qui l’accuse d’avoir pratiqué un avortement clandestin. Placée en détention préventive pendant deux ans, elle est ensuite emprisonnée pour homicide. Lorsqu’elle croise la route de l’avocate Soledad Deza, cette dernière, accompagnée par un collectif de femmes, s’empare de l’affaire et entame une croisade pour la faire libérer. Ancrée dans le contexte de « Ni una menos », le mouvement de protestations contre les violences faites aux femmes, la forte médiatisation de ce cas judiciaire a contribué à la légalisation de l’avortement dans le pays, à la toute fin de l’année 2020. 

Ce qui m’a frappée dans ce film est la clarté avec laquelle j’ai senti le regard féminin.

La première scène du film encapsule toute l’injustice qu’ont pu vivre des milliers de femmes à travers l’Histoire, de par le simple fait d’être nées femmes. La mise en scène du prétendu « crime » montre la réalité derrière les fantasmes. Grâce au regard de la réalisatrice, il est évident que nous ne sommes pas face à une dangereuse criminelle tueuse d’enfant – comme le regard dominant de la société argentine à cette époque le suggère – mais face à une jeune femme terrorisée et en souffrance.

D’ailleurs, le coauteur dudit « crime » n’est pas mentionné, ce qui laisse deviner qu’il n’a jamais risqué de finir en prison, ni n’a cherché à la soutenir. Le film est ainsi fort à travers ce qu’il dénonce, mais également dans ce qu’il ne mentionne pas.

C’est un témoignage du rôle vital de la force de la solidarité féminine ainsi que du pouvoir de la compassion.

Sans le courage, l’espoir et la persévérance de toutes les femmes, le rouge sang cauchemardesque n’aurait pas pu se transformer en ce vert rempli d’espoir.

P. 

À penser que l’histoire du film s’est passée en 2014, cela me pose question sur les capacités médicales de soutenir un fait si commun comme l’avortement, mais également la question des erreurs médicales qui peuvent coûter une vie.

La révolte, être une femme et apprendre qu’à tout moment n’importe quoi peut nous arriver, encore et encore. Contente, de connaître une femme comme Soledad Deza, qui est plus qu’une avocate, elle est surtout humaine ! La scène du passage à la télévision m’a marqué car j’ai pu sentir la force et l’intelligence de cette femme, de passer par son vécu personnel pour se faire inviter à une heure de grande audience, afin de défendre le cas de Bélen, car elle savait qu’elle était innocente.

La mobilisation découle de la force intérieure de Soledad, elle touche les cœurs grâce à ses certitudes. Sa fille, ado, qui attend que sa mère s’occupe d’elle sans comprendre, finit par voir l’action qui mobilise toute une ville. Elle se rallie finalement à sa cause en voyant l’enjeu derrière ce procès.

La liberté sonne très fort dans ce film. Aujourd’hui encore on est obligé-es de se mobiliser en masse pour avoir une chance d’être écouté. Un dernier mot : espoir ! Pour un monde rempli de personnes fortes et cohérentes comme Belén et Soledad.

Jennifer 

L’histoire de Belén fait partie de l’Histoire, la nôtre, en tant que société et en tant que femmes. « Nous sommes toutes Belén » est scandé tout au long des manifestations, et cette citation montre que ce combat d’une femme pour une autre est le combat de toutes. Les échos des pays du monde se font aussi entendre. L’avocate Soledad Deza montre à toutes et à tous que son courage et ses valeurs étaient la résonance de beaucoup d’âmes silencieuses dans la peur. À travers sa force de caractère, la justice prend sens et la masse en mouvement touche le spectateur avec profondeur et sensibilité.

Nadejda

Les valeurs que nous devons encore et toujours défendre sont mises en avant d’une manière magistrale. La lumière, le suspens, la musique font réveiller les émotions qui ne sont pas dans l’oubli, mais qui dorment dans mon quotidien.

Le film est un exemple clair de comment mettre la pression sur le monde politique lorsque l’on s’unit. Pour cette raison, Belén vaut la peine d’être regardé. Avec le retour en arrière, politiquement parlant, des droits en Argentine, ce film montre que nous devons rester vigilant-es et ne pas abandonner nos droits de femmes à décider sur nos propres corps. Une réalité qui de nos jours ne devrait pas exister.

Yubitza Saa

Références : 

Belén, réalisé par Dolores Fonzi, Argentine, 2025. Disponible sur Amazon Prime

Avec Dolores Fonzi, Camila Plaate, Laura Paredes

Photos : ©K&S Film

 

La Pépinière

« Il faut cultiver notre jardin », disait le Candide de Voltaire. La Pépinière fait sienne cette philosophie et la renverse. Soucieuse de biodiversité, elle défend un environnent riche, où nature et culture deviendraient synonymes. Des planches d’une scènes aux mots d’une page, des salles obscures aux salles de concert, nous vous emmenons à la découverte de la culture genevoise et régionale. Critiques, reportages, rencontres, la Pépinière fait péter les barrières. Avec un mot d’ordre : jardinez votre culture !

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