Baby Tyler fait son show au TMG
Au Théâtre des Marionnettes, en parallèle d’Epidermis Circus, Ingrid Hansen et la Cie Snafu présentent le Baby Tyler Show. Dans ce spectacle cabaret destiné aux plus petit-es, dès 5 ans, tout devient marionnette, pour notre plus grand plaisir.
C’est avec une boule de pâte à modeler bleue que le Baby Tyler Show débute. Grâce à un crayon permettant de creuser deux yeux et une bouche, la voilà qui devient personnage, découvrant le monde et les infinies possibilités de son corps malléable. Le Baby Tyler Show s’apparente ensuite à un mini-cabaret, avec différents numéros : on y retrouve cette boule bleue, mais aussi un drôle de duo de gummybears qui veut profiter de concerts et faire des rencontres, en bref, s’amuser. Arrive enfin Baby Tyler, tête de bébé surmontant la main de la marionnettiste Ingrid Hansen. On le voit prendre son bain, préparer un gâteau, avant de vivre une grande aventure l’emmenant sur une île déserte. Le tout, joué sur une grande table à jardin, est filmé en direct et projeté sur l’écran à cour, dans un dispositif mêlant marionnette et microcinéma. Émerveillement et humour sont au programme de ce show totalement délirant.
Tout devient marionnette
Le Baby Tyler Show nous emmène donc dans un univers façonné grâce au théâtre d’objets. Dans cette pratique, des objets du quotidien deviennent marionnettes, sans être transformés, ou presque. On retrouve ainsi, d’abord, de la pâte à modeler, qui devient personnage et évolue, pour s’adapter à un monde qui n’est pas fait pour lui, de la même manière que Baby Tyler fait face à un univers de grand-es. Ce premier personnage, donc, se voit pousser des jambes pour pouvoir passer par-dessus un obstacle, apprendre à vivre la parentalité, ou devra trouver une manière de s’évader de prison, après avoir été emprisonné injustement. En ce sens, le Baby Tyler Show s’apparente à une véritable quête de vie. Pour rappeler l’enfance, une grande partie du spectacle s’appuie aussi sur des bonbons, à commencer par les gummybears, avec leur voiture en guimauve et autre sucreries acidulées, une boîte de nuit où d’autres gummybears ne les acceptent d’abord pas – la faute à une taille et une coiffure différentes – et un policier (lui aussi gummybear), garant de la quiétude de la sécurité, qui peine à comprendre les gens qui l’entourent…

Les numéros se répartissent donc autour de ces trois figures : personnages bleu en pâte à modeler, gummybears et celui qui donne son nom au spectacle : Baby Tyler, formé d’une tête de poupée surmontant la main de la marionnettiste, qui devient ainsi son corps. Un bol rempli d’eau mousseuse devient sa baignoire, il lui faut ensuite s’asseoir complètement sur un œuf pour pouvoir le casser, ce dernier faisant la taille de sa tête… et, lorsqu’il se retrouve sur une île déserte, après s’être montré trop curieux face à un carton ouvert, c’est avec une tong et divers objets trouvés sur place qu’il fabriquera le radeau qui doit le sauver. La Cie Snafu propose ainsi un petit bijou d’inventivité et d’imagination, en se servant d’objets simples pour créer tout un univers, en jouant sur les tailles et les perspectives.
L’apport de la caméra
Si le théâtre d’objets est une pratique déjà répandue depuis les années 70, l’originalité de ce spectacle réside dans l’utilisation de la vidéo. D’abord, la projection permet simplement de voir en plus grand ce qui est joué sous nos yeux. Si cela s’arrêtait là, le Baby Tyler Show n’aurait pas plus d’intérêt. Or, Ingrid Hansen, forte de son expérience dans la marionnette télévisuelle, se sert véritablement de la caméra pour apporter une dimension supplémentaire au spectacle. Il y a d’abord ce jeu sur les perspectives, avec cette île vue du dessus, qui est en réalité accrochée à la verticale et filmée de face. La proximité ou l’éloignement de certains appareils de prise de vue permet également de jouer sur la taille. Notons aussi les filtres de couleur : le rouge pour illustrer la chaleur écrasante sur l’île déserte, ou le bleu pour symboliser les profondeurs marines lorsque Baby Tyler rencontre un requin. Et puis, il y a ces jolies trouvailles, en utilisant tout simplement les mains pour figurer la fermeture de l’obturateur, à la fin de certaines scènes.

Enfin, si la marionnettiste, toute de noir vêtue, est bien présente et visible sur scène, l’utilisation de la caméra permet de presque l’oublier : on se concentre sur ce qu’on voit à l’écran et, à l’exception de ses mains, souvent gantées, on ne la voit plus. Les personnages prennent donc vie sous nos yeux, avec peu de paroles : parmi celles prononcées, on distingue des influences de l’allemand avec les gummybears, tandis que Baby Tyler répète inlassablement « Je peux le faire tout seul ! ». Si ces paroles ajoutent une dimension comique, elles ne sont pas indispensables à la compréhension du spectacle. Mais c’est dans les gestes que l’histoire se raconte principalement. On notera aussi le rôle de la musique, avec quelques jolies références connues, et la création d’une ambiance sonore évoquant le suspense, la tension dramatique ou des moments plus légers. Tout cela permet de placer des blagues destinées aux plus âgé-es et aux plus attentif/ves. Une jolie manière de s’adresser à tout le public présent, et c’est, aussi, ce qui fait la beauté des spectacles pour enfants.
Fabien Imhof
Infos pratiques :
Baby Tyler Show, de la Cie Snafu, du 26 au 29 mars 2026 au Théâtre des Marionnettes de Genève.
Conception et mise en scène : Ingrid Hansen et Britt Small
Avec Ingrid Hansen
Musique : Hank Pine
https://www.marionnettes.ch/spectacle/baby-tyler-show
Photos : ©Helene Cyr
