Le banc : cinéma

C’est l’histoire d’un amour

[1]Pour son premier long-métrage, Avril Besson signe une comédie romantique et dramatique où les protagonistes rêvent leur vie, sans parvenir à vivre leurs rêves. Les matins merveilleux, un film prometteur bien que laissant le sentiment de n’être pas totalement abouti.

Charlie (India Hair) vient de perdre sa grand-mère. Parmi les consignes laissées par cette dernière, il faut léguer les vinyles disco à un certain Thierry (Éric Cantona), propriétaire d’une cave dans le Sud. Charlie entame donc un road trip depuis Paris, avec sa vieille Twingo. Sur place, elle fait la connaissance de Marina (Raya Martigny), barmaid et serveuse de la pizzeria Le Grand Bleu – joli clin d’œil au père de la réalisatrice – qui rêve d’une autre vie. Il y a aussi Thierry, alias Titou, avec toute sa nostalgie des années disco et son amour déçu pour la mère de Charlie. Enfin, on retrouve Maxime (Mathias Minne), qui semble un peu perdu ici mais qui se refuse pourtant à quitter le village. Un personnage dont on ne saura malheureusement pas grand-chose de plus.

Un amour éternel et banal

L’histoire racontée par Avril Besson n’a, de prime abord, rien de bien original : Charlie a perdu sa mère d’un cancer foudroyant il y a plusieurs années, elle se retrouve désormais seule après le décès de sa grand-mère… Sa vie est plutôt banale, avec son job de traductrice et son air un peu coincé. India Hair excelle d’ailleurs dans l’incarnation de ce genre de personnage. Dans le Sud, elle est totalement dépaysée et semble se découvrir, se libérer, d’où son envie de prolonger son séjour. Il y a aussi, sur place, les souvenirs de sa mère, dont elle découvre les talents de danseuse. Elle en vient d’ailleurs à soupçonner sa grand-mère de lui avoir confié cette mission à dessein pour, pourquoi pas, retrouver son père qu’elle n’a pas connu ? Surtout, il y a cette amitié qui se lie avec Marina ; amitié qui évoluera d’ailleurs bien vite en amour. Tous les ingrédients sont donc réunis pour une romcom classique, mais qui fonctionne plutôt bien.

Pourtant, Les matins merveilleux propose aussi un autre angle intéressant, qui réside principalement dans le choix de Raya Martigny, actrice transgenre, pour incarner Marina, d’où la présence de ce film dans la sélection queer du dernier Festival de Cannes. La dimension transgenre du personnage est évoquée, sans jamais être abordée de front ou en faire un thème central. Un choix qui donne d’autant plus de force à la réflexion, car amené de manière plus subtile. Marina évoque ainsi sa relation compliquée à ses parents, sa différence également, sans jamais la nommer. Et puis, il y a cette scène où l’un de ses amis, militant contre l’arrivée de paquebots de croisière dans le port du village, lui recommande de ne pas être présente au moment du dépôt de la pétition qu’elle a pourtant écrite. De peur que le débat ne se décentre. Si cela provoque la colère de Charlie, Marina lui demande de ne pas s’en mêler, disant qu’elle a l’habitude et qu’elle s’y est fait. Une manière subtile de montrer comment les difficultés sont intériorisées par Marina, bien que difficilement acceptables. Son histoire n’est finalement qu’une parmi d’autres, comme celle de Titou, comme celle de Charlie, et cela sert le propos, intégré au reste sans tomber dans un côté militant qui pourrait le desservir. On sent aussi qu’il y a quelque chose lié à cette thématique par rapport à Maxime, mais cela n’est jamais dit ouvertement non plus.

Avec les soirées d’angoisse

C’est dans cette dimension qu’on a le sentiment que Les matins merveilleux n’est pas totalement abouti. Une tension règne entre les deux personnages, voire une forme de conflit. Marina quitte d’ailleurs la pièce dès qu’elle voit Maxime. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il et elle sont né-es à deux jours d’écart. On se demande s’ils ont été amis avant la transition de Marina, que Maxime n’aurait pas acceptée ? A-t-il existé une ambiguïté d’ordre sentimental ? On n’en saura rien. C’est sans doute le plus grand regret de ce film, d’autant plus qu’il ne dure qu’1h27 et que des éléments auraient donc pu être approfondis.

On aurait aussi aimé en savoir plus sur Titou et la mère de Charlie. Connaît-il le père de cette dernière ? On ne sait finalement pas grand-chose sur le background de cette relation. C’est donc le reproche que l’on peut faire au premier long-métrage d’Avril Besson : rester trop en surface de ce qu’elle aborde. Le côté feel good, bienvenu en plein été, fait que le film manque parfois de profondeur et nous laisse sur notre faim. Dommage, car il y a plein de bonnes idées, des personnages plutôt touchants, et de belles découvertes, notamment avec Raya Martigny, qui rayonne avec son naturel déconcertant dans son rôle.

Fabien Imhof

Référence :

Les matins merveilleux, réalisé par Avril Besson, France, sortie en salles le 29 juillet 2026.

Avec India Hair, Raya Martigny, Éric Cantona, Mathias Minne…

Photos : ©EDRICHARD (banner – photo de Charlie, Marina et Titou), ©Arizona Distribution (photos sur la piste de danse et sur la plage)

[1] Le titre du film, comme celui de cet article et ses sous-titres, est une référence directe à la chanson de Dalida « Une histoire d’amour », traduite de l’espagnol par Francis Blanche.

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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