Donel Jacks’man se moque de la bêtise ambiante
À la salle du Lignon, dans le cadre de la saison culturelle de Vernier, Donel Jacks’man présentait jeudi son nouveau spectacle, Arrêtez ça !. Avec l’humour corrosif et le sourire communicatif qui le caractérisent, l’humoriste parle de l’actualité, sur fond entre autres de racisme ambiant, pour dénoncer la bêtise humaine.
En première partie, Donel Jacks’man avait invité un artiste. Et quand on dit local… Mehidin habite le Lignon, juste en face de la salle ! Le co-fondateur du KéMedy Club est venu nous parler de tous les paradoxes qui le façonnent : ses origines bosniennes, avec sa tête d’Albanais et son nom d’arabe ; ses troubles astrologiques, lui qui s’est longtemps cru capricorne avant de découvrir qu’il était en réalité sagittaire ; ou encore son père qui ne croit pas vraiment en sa carrière de standupper, mais qui lui inspire ses meilleures vannes ! Mehidin développe ici un univers très personnel, après avoir fait le buzz sur TikTok avec sa vidéo de 11 secondes sur les travaux Rue de Carouge, et le lien entre Genève et Annemasse. Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas vu, cette perle est à voir ici !
L’actualité au cœur du propos
Place ensuite à l’humoriste pour lequel le public avait payé : Donel Jacks’man nous remercie d’ailleurs chaleureusement, quel bonheur de voir 450 êtres humains payer pour en voir un autre ! Et pour cause : il en a parcouru du chemin depuis les plateaux d’On n’demande qu’à en rire et du Point-Virgule, dans le marais. Celui qui officie désormais aux Enfants de la télé nous partage d’ailleurs quelques anecdotes de tournage, et notamment une scène coupée avec Gilbert Montagné. Exit le t-shirt avec son numéro de téléphone qui se dévoile progressivement à chaque passage télévisé, exit aussi le maillot des Bulls de Michael Jordan, l’humoriste engagé et qui se revendiquait de gauche a appris, dit-il, à aimer l’argent, et débarque vêtu d’un t-shirt noir et d’un jean, en toute sobriété. Est-il pour autant moins engagé qu’avant ? Disons plutôt qu’il se montre peut-être plus lucide et critique, en s’en prenant à tous les bords politiques.
Il évoque ainsi la situation désastreuse en France, avec un président qui a plus l’air de vouloir passer un casting pour le prochain Top Gun que de gouverner le pays ; une potentielle entrée en guerre contre la Russie, sur fond de montée de l’extrême droite et donc le départ des meilleures forces armées du pays ; ou encore une population plus concernée par la performance d’Aya Nakamura à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris que par les conflits mondiaux.

Un spectacle sur fond de musique
Aya Nakamura est d’ailleurs l’un de ses thèmes phare. Il prend le temps de décrypter les paroles pour les expliquer aux nombreuses personnes qui ne les comprendraient pas encore, tout en insistant sur toute la symbolique de sa performance : faire danser la garde nationale sur Djadja, tout en reprenant du Charles Aznavour et faisant taire ses détracteurs avec un choix de paroles bien senties : « Je ferais mieux d’aller choisir mon vocabulaire / Pour te plaire / Dans la langue de Molière » Il en profite également pour mettre quelques piques aux racistes et autres réacs, mais aussi aux descendant-es de l’immigration, comme lui, avec ses origines camerounaises. Ne se moque-t-il pas de celles et ceux qui menacent de « rentrer chez eux », alors que la culture dans laquelle ils et elles baignent n’a rien à voir avec celle du pays d’origine de leurs parents ? Avec son humour, il présente un panel large et tape – gentiment – sur tout le monde, et une grande force d’autodérision. Pour preuve, un passage marquant sur un toucher rectal qu’il a subi récemment…
Sur la forme, Donel Jacks’man intègre aussi beaucoup de musique dans son spectacle. Pourtant, rien n’est diffusé ni joué. L’humoriste chante, avec toutes ses maladresses et sa méconnaissance de certaines paroles. Mais qu’importe, la musique est avant tout affaire de vibrations, clame-t-il ! Il nous partage son amour pour les musiques traditionnelles indiennes ou arabes, Michael Jackson, Aya Nakamura bien évidemment, ou encore Julien Doré, et sa manie de « tout rendre sexy », même la Pat’Patrouille ! Un sketch particulièrement marquant qui lui a valu de nombreux applaudissements nourris, comme celui sur Aya Nakamura d’ailleurs. Son jeu de comédien s’est affiné depuis ses premiers passages télé, sa diction améliorée – c’était l’un des reproches que lui faisait Laurent Ruquier à l’époque. Il semble avoir trouvé son rythme et son ton, avec des propos toujours directs mais amenés avec plus de finesse.
Une évolution bienvenue
S’il réussit aussi bien à combler son public, c’est aussi parce que lui a évolué dans sa mentalité : il est plus nuancé, car confronté aussi au succès et à l’argent. Il voit l’autre revers de la médaille et comprend les choses autrement, se montrant moins catégorique. Il évoque ainsi celles et ceux qui votent pour l’extrême droite : bien qu’il ne cautionne pas la démarche, il la comprend, pour autant qu’elle ne soit pas basée sur des idées purement racistes. Tout cela lui permet de mieux faire passer ses vannes, avec un humour d’autant plus percutant que rien n’est gratuit, et bien documenté, avec des références précises, sans en fait trop non plus. On aura tout de même un regret à lui adresser : un spectacle peut-être un peu court, qui n’aurait pas souffert d’un petit quart d’heure supplémentaire !
Fabien Imhof
Infos pratiques :
Arrêtez ça !, de Donel Jacks’man, le 22 janvier 2026 à la salle du Lignon.
https://www.vernier.ch/evenements/donel-jacksman-arretez-ca-4651686
Photos : ©Tcholélé Productions / Spartiate Production
