Les réverbères : arts vivants

En( )quête de solitudes

Jusqu’au 13 avril, au Théâtricul, on questionne les différentes formes de solitude. Entre témoignages, musique et théâtre, le Collectif Touche Noire embarque le public dans un nouveau voyage, à la fois intime et universel.

« The Sound of Silence », « La Solitudine », « Avec le temps », « Je marche seul »… nombreuses sont les chansons évoquant le thème de la solitude. C’est donc tout sauf un hasard si Marie Probst et Carole Bruhin nous accueillent par un medley de ces morceaux et bien d’autres, réarrangés au ukulele ou au piano, pour annoncer d’emblée l’ambiance musicale de ce spectacle au titre énigmatique : Les Solitudes ou Si j’étais une sardine. La première partie du titre se comprend aisément. Qu’en est-il de cette histoire de sardine ? L’explication complète vous sera donnée sur le plateau. Disons ici simplement que, bien qu’elles vivent en banc, les sardines ont une fâcheuse tendance à se sentir seules, elles qui ne sont destinées qu’à finir en conserve et à être consommées. Fataliste, non ? Cette forme de solitude, et bien d’autres, sont explorées durant un peu plus d’une heure, à partir de témoignages récoltés auprès de l’entourage des deux comédiennes. Grâce à cette enquête préalable, elles ont pu imaginer un spectacle mêlant ces paroles, des chansons et des passages joués, pour construire une fresque sur les solitudes.

Un duo complice

Sur la scène, on retrouve le duo qui avait si bien fonctionné dans Voyageuses, déjà joué au Théâtricul. L’accompagnement de Christian Scheidt à la mise en scène semble apporter une nouvelle dimension à ce duo, avec plus de jeu et plus de variété dans l’approche du spectacle. On apprécie de retrouver ce qu’on avait déjà beaucoup aimé, à commencer bien sûr par la musique jouée en live. Les chansons sont omniprésentes, qu’il s’agisse de medleys, de morceaux interprétés dans leur entièreté ou de la création originale qui rappelle le titre du spectacle. Qui plus est, toutes les chansons sont là pour servir et soutenir le propos. On adore particulièrement quand les deux voix se rejoignent, de manière si complémentaire, pour des moments extrêmement doux à écouter.

Comme Voyageuses, Les Solitudes ou si j’étais une sardine est un subtil mélange entre réalité et fiction. Certains dialogues mettent en scène les deux comédiennes, ou tout du moins des personnages portant les mêmes prénoms, alors que d’autres nous montrent les gens qu’elles ont rencontré, des personnages fictifs ou des moments sortis de leur imaginaire, comme cette drôle d’interview avec Michel Drucker. Les récits se suivent ainsi comme des tableaux, avec en toile de fond ce maître-mot qu’est la complicité entre les deux, dont l’amitié est encore une fois bien affirmée. On n’hésite ainsi pas à se charrier, à tenter de voler la vedette à l’autre, pour finalement laisser une place à ses côtés, avec une tendresse toujours présente.

Des différentes formes de solitude

La solitude peut se retrouver dans bien des aspects. Dans ce spectacle, elle est abordée d’abord à travers les témoignages diffusés par le jukebox qui trône au milieu de la scène, mais aussi dans les moments de jeu. Marie Probst et Carole Bruhin reproduisent ainsi certaines rencontres ou récits qui leur ont été narrés, tout en imaginant d’autres moments. Et alors qu’elles racontent comment elles ont procédé pour créer ce spectacle, au travers de cette enquête préalable, elles confient au public avoir beaucoup ri et souvent presque pleuré. Spoiler : c’est exactement ce qui nous arrive durant la représentation. On commence par rire, avec cet hilarant personnage de Mme Delaperche et ses explications sémantiques autour du mot « seul », qui se décline sous différentes formes dans d’autres langues, mais pas en français. Et cela continue durant l’exposé sur la sardine, où une vendeuse du marché venue tout droit du Vieux Port de Marseille tente de vanter les mérites culinaires de ce poisson, tandis que l’autre essaie vainement de terminer ses explications plus scientifiques. Le climax est sans doute atteint durant cette interview fictive avec Michel Drucker, représenté par un ours en peluche. « C’est formidable », répète-t-il inlassablement, pour notre plus grand bonheur

Si Les Solitudes ou Si j’étais une sardine n’est donc pas un spectacle mélancolique, il n’en propose pourtant pas moins de grands moments d’émotion. On évoquera la touchante Jacqueline et sa routine quotidienne auprès de Mireille, la tenancière du bar, qui l’attend avec son verre de blanc et sa boîte de sardines. On pense bien sûr aux différents témoignages diffusés, qui parlent de la solitude comme d’une présence, d’un moment où l’on pense aux êtres chers disparus, à celle qui apparaît parfois au moment de manger, ou atteint son paroxysme lors des phases de deuil, sans oublier la solitude que l’on ressent parfois en société. On est aussi bouleversé par cette jolie visite au cimetière, lors de laquelle on se remémore de nombreux souvenirs. Au final, ces différentes parties de la fresque des solitudes nous renvoient à nos propres solitudes, nous font penser aux êtres qui nous manquent, pour finalement nous rappeler les bons moments avec douceur et nostalgie. Merci pour cela.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Les Solitudes ou Si j’étais une sardine, du Collectif Touche Noire, du 28 mars au 13 avril 2025 au Théâtricul

Mise en scène : Christian Scheidt

Avec Carole Bruhin et Marie Probst

https://touchenoire.ch/spectacle/les-solitudes-ou-si-jetais-une-sardine/

https://theatricul.net/

Photos : ©Isabelle Meister

Affiche : ©Collectif Touche Noire

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *