Mon voisin : moi, mais en mieux
Nicolas et Bruno sont surtout connus pour avoir signé le scénario de l’extravagant 99 francs. Cette année, ils réalisent Alter Ego, où les deux rôles-titres sont tenus par Laurent Lafitte, récemment césarisé. Une comédie à la française, sans grande surprise, si ce n’est la fin, à voir entre amis un dimanche soir, et qui s’avère efficace.
Alex (Laurent Lafitte) et Nathalie (Blanche Gardin) ont tout du couple banal : ils sont parents du jeune Enzo (Giovanni Pucci), leur passion s’est étiolée et leur sexualité quasi absente. En somme, ils vivent une petite vie tranquille en banlieue. Jusqu’à l’arrivée du nouveau voisin : Axel (Laurent Lafitte) est le sosie parfait d’Alex, mais en mieux ! Pas de calvitie de son côté, une attitude affirmée, très sportif, il ne fume pas, a une épouse, Tatiana (Olga Kurylenko), sublime et riche, il est drôle, sait jouer de la guitare, chanter… Et pour couronner le tout, il est engagé dans la même boîte qu’Alex, et fait, là aussi, tout mieux que lui. Le problème ? Alex semble être le seul à s’en rendre compte. Les autres, à commencer par sa femme, ne comprennent pas son comportement et pensent qu’il est parano, sauf son fidèle acolyte Denis Moulard (Marc Fraize).
Pousser l’absurde à l’extrême
On adore Nicolas et Bruno pour leur humour corrosif dans Message à caractère informatif, qui reprend des films promotionnels et les codes du monde de l’entreprise, en les traitant de manière sarcastique. La recette est à peu près la même ici : reprendre une question que tout le monde pourrait se poser, et pousser les curseurs au maximum. La question : que ferait-on si on se retrouvait face à notre double ? Et d’autant plus quand on est soi-même la version dégradée. Le grand intérêt du scénario imaginé par le duo est de faire en sorte qu’Alex soit le seul à se rendre compte de la ressemblance. On joue ainsi sur une potentielle paranoïa, dans laquelle le public est embarqué malgré lui. Est-ce la réalité ? Voit-on les choses à travers les yeux d’Alex ? Le doute est permis ! D’autant plus que le seul à le suivre est Moulard, qui suit Alex dans tout ce qu’il fait. Moulard est l’archétype du raté, trop introverti et influençable à l’envi, qui en fait toujours un peu trop, mais parfaitement incarné par Marc Fraize, dont on retrouve les éléments qui ont fait le succès de M. Fraize, son personnage emblématique.

La situation est donc absurde dès le départ. La question est la suivante : comment développer cela sur un long-métrage, alors que le pitch tient en deux lignes ? Il y a toutefois un postulat de départ : Alex est persuadé qu’Axel cache un lourd secret. On ne peut pas être aussi parfait ! L’exploit réalisé par Nicolas et Bruno est de parvenir à tirer le pitch de départ, sans qu’Alex ne trouve rien de compromettant, chaque piste étant rapidement contredite. Et le tout dure bien pendant les deux tiers du film. On dit « exploit », mais… on a plutôt le sentiment que tout est étiré à l’extrême, en explorant tous les aspects auxquels on pouvait s’attendre. Axel entretient d’excellentes relations avec tous-tes les voisin-es, en témoigne la soirée de crémaillère où il distribue grands crus, cocktails et bons mots, se mettant tout le monde dans la poche grâce à son humour débordant et son charisme inégalable. Il en va de même au travail : à peine arrivé, il résout une situation bloquée depuis plusieurs années. Situation qui était bien sûr à la charge d’Alex. Enzo et Nathalie sont aussi en admiration devant lui, alors qu’ils se montrent de plus en plus critiques envers Alex. Il est plus drôle, plus efficace dans les tâches qu’il effectue, à commencer par la réparation de la gouttière du toit. Et on pourrait prolonger encore la liste à l’envi, tant les deux tiers du film ne sont là que pour montrer la supériorité d’Axel sur Alex.
Une bascule qui arrive trop tard
Alors, on se demande quand va arriver la bascule. Et même si elle va arriver. On aurait pu se contenter de pousser le tout jusqu’au bout, pour en conclure qu’Alex est vraiment parano. Spoilet alert : ce serait trop simple ! Un renversement finit par arriver, avec un échange de rôles. Pas de magie comme dans Freaky Friday, pas de choix volontaire comme dans À nous quatre. On ne vous dévoilera pas comment ça se passe, on soulignera simplement que tout se fait malgré eux. Cette bascule, bien que tardive, permet de relancer et de pousser encore l’absurde, Alex devant assumer un rôle totalement à contre-emploi pour lui, tout en se dénigrant…

On ne dira rien de plus sur la fin, si ce n’est qu’elle peut être, selon les points de vue, soit surprenante, soit attendue, mais pas à un tel point ! Alter ego ne restera sans doute pas dans les annales, et Laurent Lafitte est loin d’égaler sa performance dans La femme la plus riche du monde, qui lui a valu le César du meilleur acteur. On sent toutefois qu’il s’amuse énormément dans ce double rôle, tandis que le film signe le retour d’une Blanche Gardin longtemps blacklistée et que Marc Fraize excelle dans son rôle qui lui va si bien. Quant à Olga Kurylenko, elle surprend avec ce personnage qui ne ressemble pas à ceux qu’elle incarne habituellement. Un film, nous le disions, à voir un dimanche soir entre amis, autour de quelques bières, pour rigoler et passer un bon moment.
Fabien Imhof
Référence :
Alter Ego, réalisé par Nicolas et Bruno, France, sortie en salles le 4 mars 2026.
Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olgy Kurylenko, Marc Fraize, Giovanni Pucci…
Photos : ©Tandem Films
