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Myriam, leçon de vie et de résilience

« Je n’ai que faire de vivre sagement et longtemps, en prenant le minimum de risques. Cela n’a aucun sens à mes yeux. Je fais partie des fous, des ravagés, ceux qui foncent tête baissée, rêvent trop grand et explorent au-delà des frontières. Ceux que rien ne rassasie, qui doivent toujours et sans cesse aller plus loin, dépasser les limites. » (p. 267)

Lorsque j’ai rencontré Myriam il y a quelques années, à l’anniversaire d’un ami, j’étais loin de me douter de son parcours de vie. À la voir sur les réseaux sociaux, j’ai bien vite compris que son existence n’était comparable à aucune autre. Et puis j’ai lu son livre autobiographique, Itinéraire d’une survivante : Transcender les épreuves par le dépassement de soi, paru aux Éditions Favre en 2019. Et là, j’ai compris d’où elle venait, tout ce qu’elle a traversé. Myriam a seulement 26 ans, et pourtant, elle a déjà plus vécu que nombre d’entre nous ne pourraient en endurer. Accepter. Lutter. Ne jamais renoncer. Tels sont les mots qui me viennent à l’esprit pour en parler.

« Mes parents se braquent : “Tu as réussi ton coup, tu es au centre de leur attention maintenant ! Quel talent pour le théâtre tu as !” Ils éclatent de rire. Pas un rire chaleureux, gentiment moqueur. Non. Celui-ci est glacial, cynique. Il claque dans l’air comme un fouet qui viendra tôt ou tard lacérer ma peau. Je voulais une pathologie cardiaque, être malade… tous mes vœux sont exaucés, hormis celui d’être aimée. » (p. 45-46)

Issue d’une famille très religieuse, Myriam n’a jamais été acceptée, ni encouragée par ses parents. Toute son enfance, ils lui ont reproché d’être inadaptée, de ne pas faire les choses comme il fallait, de ne rien faire pour qu’on l’aime. Quand elle commence le lycée et qu’on lui décèle un syndrome d’Ehlers-Danlos (SED), rien n’y fait. Le SED est « une maladie génétique rare, grave et qui touche potentiellement tout [son] corps. […] La maladie atteint les protéines qui produisent le collagène, élément essentiel des tissus conjonctifs. Il permet de donner au corps la résistance, l’armature nécessaire pour être solide.  » (p. 42-43). Toute sa vie, elle a dû lutter, face au manque d’amour de ses parents, face à cette maladie, à l’échec de ses études de biologie, sans compter les difficultés financières, les problèmes de logement et d’emploi, l’intervention des services sociaux… Dans son livre, Myriam se raconte, sans langue de bois – sans larmoiement non plus. Elle a pris beaucoup de recul sur ce qu’elle a vécu et accepte les choses comme une leçon, avec philosophie. Sans s’apitoyer, elle décrit les événements au présent, comme elle les a vécus, comme elle les a ressentis.

« Cette rage de vaincre, cette énergie destructrice qui m’habitent, je les transforme en effort physique pour m’en libérer et bien plus que du renforcement musculaire et de la réadaptation physique, c’est tout un processus de guérison psychique qui se met en place, me permettant de posséder un espace d’expression et un défouloir à la haine. » (p. 81)

Si Myriam s’en est sortie et a toujours réussi à avancer, c’est parce qu’elle a su repousser ses limites. On lui avait prédit les pires difficultés, l’impossibilité de faire du sport. Qu’importe. N’écoutant qu’elle, elle s’est mise au vélo, à la course à pieds, jusqu’à participer à plusieurs trails et autres épreuves sportives, encouragée par les amis qu’elle a rencontrés, notamment dans le groupe de course de Lausanne. Car c’est là l’une des leçons essentielles que nous apprend son histoire : n’écouter que son cœur, aller au-delà de ses limites, pour être toujours capable de rebondir. C’est aussi l’importance de l’entourage, bienveillant et aimant. La famille n’est pas toujours celle à laquelle on est lié par le sang : c’est avant tout celle qu’on se choisit. À l’image de cette forte amitié qu’elle lie avec Diego, son entraîneur de course :

« Diego me rassure. Il est à mes côtés, quels que soient mes choix. Il me laisse libre d’emprunter le chemin que je souhaite. Il va m’accompagner sur la majeure partie du parcours. Il vient manger chez moi, et je lui raconte mon histoire. On passe presque toute la nuit à parler. À partir de ce jour, il n’est plus mon coach et moi l’élève, mais il devient le grand frère et moi sa petite sœur. Il ne me laissera jamais tomber, j’ai une confiance aveugle en lui. » (p. 133)

Comme si la vie n’était pas déjà assez compliquée pour Myriam, elle se fait opérer du cœur en 2016, à cause d’une malformation. Mais rien n’est simple, son SED augmentant les risques liés à l’opération. Suivant son credo, Myriam accepte et fait face. Après des mois de hauts et de bas, entre progrès rapides et complications – liées à son cœur, mais aussi à d’autres événements qu’elle détaille dans son livre –, elle décide de partir en voyage. À la recherche d’une paix intérieure et d’elle-même, elle s’embarque dans un périple en autostop, direction le Sri Lanka.

« On n’apprend pas à l’école comment se préparer à ce genre d’événements, à dire adieu. Sauf que cette fois, ce n’est pas pour finir ouverte en deux sur une table d’opérations, ni pour survivre sans rien. Aujourd’hui, si je pars, c’est pour soigner les blessures de mon cœur, trouver un chemin de paix, rechercher la sérénité sur ma route et compléter ma vision de la vie en étant confrontée à des cultures et à des manières de penser différentes. Je compte mettre infiniment plus de douceur dans ce voyage-là. » (p. 207-208)

Accompagnée de son fidèle paresseux en peluche Múki, Myriam voyage à travers la Suisse, l’Allemagne, l’Albanie, la Turquie, l’Iran, l’Inde et tant d’autres contrées, faisant la connaissance de personnes et de cultures incroyables, qu’elle raconte avec un émerveillement toujours intact. Les 70 dernières pages du livre sont consacrées à cette aventure. On retient bien sûr la fin de son parcours intérieur, qui l’a mené à être celle qu’elle est aujourd’hui. On y apprend comment elle a continué à développer son amour pour la boxe – le sport qui lui était le plus fortement déconseillé – et comme cela l’a aidée à s’en sortir. Mais ce n’est pas tout, car Itinéraire d’une survivante ne reste pas centré uniquement sur Myriam. C’est également une façon de découvrir ces cultures autrement que par le biais des médias, qui n’en montrent pas toute la complexité : on ne peut s’en rendre compte sans avoir rencontré les populations locales, sans les avoir côtoyées comme l’a fait Myriam. En plus d’une quête de soi, c’est donc aussi une forme de quête de vérité et d’optimisme dont fait part le texte.  Le monde n’est pas toujours aussi terrible qu’on le pense, pas toujours aussi noir. Il y a de l’espoir, en chacun de nous. À la fin de son voyage, Myriam propose une réflexion emplie de sagesse :

« Je me donne quelques semaines pour récupérer de mon périple et contacte mes parents, pour les inviter au restaurant. Je n’en peux plus de toutes ces guerres, je veux laisser un monde un peu meilleur que celui que j’ai trouvé, et celui-ci commence par la paix autour de moi. Je décide d’effacer l’ardoise. Il est facile de vouloir pardonner, mais on ne peut mentir à son âme. Il faut beaucoup de temps pour qu’enfin la tête et le cœur soient à l’unisson et que l’on ressente profondément en nous que nous sommes désormais détachés de toute rancune. Il n’y a guère de secret pour y parvenir. Seul un environnement stable et aimant, un entourage qui vous remplisse d’amour et de compassion et une volonté infaillible de remplacer l’incompréhension par l’amour permettent de se remettre des blessures les plus profondes. Je me sens en cohérence avec moi-même et je veux recommencer sur de nouvelles bases, affronter mes dernières peurs. La déception est grande. Certes, j’ai trouvé la paix intérieure mais je ne décèle pas la moindre remise en question dans les yeux de mes géniteurs. Ils sont assis en face de moi, et je me demande bien ce que je fais là. Je ne ressens aucun lien. Chacun de leurs mots sonne creux. » (p. 265)

Si cet Itinéraire d’une survivante s’apparente à une véritable leçon de résilience, il ne propose pas pour autant une vision angélique et candide. Les mots sont crus, ils claquent comme la violence de la vie de Myriam. La vérité est là, sans être cachée, sans apitoiement, mais avec beaucoup d’émotion. En me prêtant cet ouvrage, on m’a dit : « Elle écrit, comme elle parle ». Je suis d’accord avec ça et j’irai même plus loin en disant qu’elle écrit, comme elle vit : en fonçant, en ne renonçant pas face à l’adversité, malgré la peur d’être redevable ou d’attirer la pitié. Myriam, c’est une personne au grand cœur, un grand cœur qu’on retrouve à travers ses mots et cette volonté de toujours amener la joie de vivre autour d’elle. Résilience.

Fabien Imhof

N.B. : le 10 octobre prochain, Myriam participera aux « Dédicaces du cèdre », en compagnie de nombreux autres auteur.trice,s, à l’Hôtel du Cèdre (Bex). Organisé par la librairie Le Crime Parfait, cet événement sera introduit par Corinne Jaquet et permettra au public de discuter avec une quinzaine d’écrivain.e.s de genres et d’horizons différents.

Référence : Myriam, Itinéraire d’une survivante : Transcender les épreuves par le dépassement de soi, Lausanne, Éditions Favre, 2019, 276 p.

https://myriamduc.ch/

Photo : © Fabien Imhof

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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