On purge bébé… et les codes du théâtre

Un vaudeville signé Feydeau, adapté par la compagnie Zerep, qui dépasse et casse tous les codes du théâtre… le résultat ne pouvait qu’être détonnant ! C’est Purge, Baby Purge, et c’était à voir jusqu’à hier à Saint-Gervais.

Les Follavoine fabriquent des pots de chambre en porcelaine incassable. Ils reçoivent les Chouilloux à dîner, dans le but de signer un juteux contrat avec l’armée. Seulement voilà, Toto, le fils Follavoine, est constipé et refuse de prendre une purge… Dans cette pièce, Feydeau se moque des problèmes de société de son époque, de manière caricaturale. Une aubaine pour la compagnie Zerep, qui prend On purge bébé comme prétexte pour remettre en question les codes du théâtre contemporain.

Un début en boulevard

La pièce commence comme un véritable vaudeville : grand décor représentant l’intérieur de la maison, personnages qui en font trop, humour graveleux et tourné autour de la constipation de l’enfant. L’humour n’est pas très fin, mais fonctionne à la manière dont Feydeau l’avait envisagé. À prendre au second degré. On se dit alors qu’on va passer un moment de pur divertissement, en se moquant du théâtre de boulevard et de ses codes, comme l’avait envisagé l’auteur. Que nenni !

Le théâtre contemporain prend le dessus

Tous les codes du théâtre contemporain sont revisités à l’excès, amenés juste comme ça parce qu’ils devaient être là, pour un résultat qui m’a fait penser d’abord « Quelle honte de présenter un spectacle pareil ! ». Et tout le génie de la compagnie Zerep est là : rien n’est justifié, toute intervention repart aussi vite qu’elle est arrivée pour dénoncer l’excessivité de certaines créations contemporaines. On peut citer ici la présence de micros, inutiles au vu de la bonne acoustique de la salle, ou encore une musique accentuée de basses beaucoup trop fortes, qui couvrent les voix des personnages. Le manque de compréhension est encore souligné par la présence de masques et des fausses bouches, qui ne permettent pas aux comédiens d’articuler. Le texte ne nous parvient plus, et c’est le début de la folie.

  Sans raison, et alors que la musique continue de résonner, les comédiens se déchaînent : ils dansent, se déshabillent à moitié dans une hypersexualité qui n’a pas lieu d’être ici, ils se jettent des excréments dessus. La folie des personnages voulue par Feydeau devient destructrice, jusqu’à faire tomber tout le décor dans un grand fracas, laissant place à un écran, sur lequel passe une scène incompréhensible, où quatre personnages « blackfacés » – mais avec des paillettes, s’il vous plaît ! – apparaissent et déroulent un dialogue qui n’a queue ni tête.

On n’y comprend rien, et toute la force de ce spectacle est là : montrer qu’on met trop souvent la forme en avant, aux dépends du texte et du propos. Agissant comme un miroir grotesque du théâtre contemporain qui se veut toujours innovant sans pour autant réussir à faire parvenir le sens au spectateur, Purge Baby Purge est une incroyable machine en folie. M’ayant fait croire à un spectacle « honteux », sans recherche, sans justification, je dois bien reconnaître que la compagnie Zerep m’a eu… et je ne suis certainement pas le seul. À quel moment l’ai-je compris ? Difficile à dire… Le travail est bien là, et l’humour, même s’il n’est pas toujours très fin, fonctionne, les codes du théâtre sont « dézingués ». Et pour tout cela, la compagnie Zerep mérite bien l’ovation à laquelle elle a eu droit.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Purge, Baby Purge, d’après On purge bébé de Georges Feydeau, adapté par la compagnie Zerep, du 23 au 25 mai 2019 au Théâtre Saint-Gervais.

Conception et mise en scène : Sophie Perez et Xavier Boussiron

Avec Gilles Gaston-Dreyfus, Sophie Lenoir, Marlène Saldana, Stéphane Roger et Tom Pezier

Photos : © Philippe Lebruman

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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