Revenir au vivant
Après la fermeture de l’École Serge Martin et des Teintureries, une nouvelle école va prochainement voir le jour. Portée par Vincent Jacquet, l’École de Théâtre Sixième Art – du nom de sa compagnie – ouvrira ses portes dès le mois de septembre.
Cela faisait déjà quelques années que Vincent Jacquet y pensait. Lui qui côtoie de nombreux/ses jeunes comédien-nes sentait qu’il y avait quelque chose à faire, d’autant plus après l’arrêt de ces deux écoles. Il croit fermement eu retour du spectacle vivant et à l’envie des gens de sortir de chez eux, de faire communauté. Son projet s’inscrit donc dans un tout qu’il résume sous la formule « revenir au vivant ». De nombreuses questions se posent aujourd’hui autour du domaine du cinéma, notamment avec le développement de l’intelligence artificielle, sur les questions d’image ou de doublage. Si la peur peut s’insinuer dans ce domaine, c’est l’effet inverse dans le théâtre : art vivant par excellence, la place de l’IA y est nettement plus limitée. Vincent Jacquet observe un engouement et une envie de monter sur le plateau chez les jeunes comédien-nes.

C’est donc dans cette optique qu’il a vu une place pour une nouvelle école, qui refléterait également son parcours. Lui qui a d’abord été musicien avant de se tourner vers le théâtre, il est persuadé qu’une place est à prendre pour une école qui enseignerait les mêmes valeurs que celles avec lesquelles il a évolué. Au cœur du projet : l’envie que chacun-e puisse rencontrer les bonnes personnes et s’essayer à différents styles de théâtre. En janvier, les jalons étaient posés, et la nouvelle a été officialisée dans le courant du mois de mars.
Éprouver au plateau
L’axe central de sa philosophie est d’éprouver la pratique, de rencontrer les profesionnel-les au plateau. De cette manière, il souhaite que les étudiant-es puissent tisser des liens avec les institutions, inviter des metteur/euses en scène, pour prendre en charge les projets, comme des professionnel-les. L’idée est de proposer des rencontres mutuelles, en explorant des esthétiques larges, pour un théâtre pluriforme : les étudiant-es se confronterons au contemporain, aux classiques, à la tragédie, à la comédie, à des formes plus corporelles… La réalité est là : les comédien-nes ont besoin de travailler, et cela nécessite des bases larges. Avec également l’envie que chacun-e puisse rencontrer le théâtre qu’il/elle aime, qui fait vibrer. Peu d’écoles permettent de voir autant d’aspects différents, et Vincent est persuadé qu’il faut rencontrer chaque forme de théâtre pour trouver celle qu’on aime.

Le cursus s’effectuera en trois ans : la première année sera consacrée aux fondamentaux, la deuxième à différentes explorations, la dernière permettra de présenter différentes créations, en étant encadré-e par différent-es professionnel-les. Des cours spécifiques se déroulenront ainsi sur le temps long, avec des disciplines comme le clown, le masque, la tragédie, la comédie… Le tout sera à chaque fois accompagné par un-e spécialiste du genre. C’est de cette manière que Vincent a découvert ce qui le fait vibrer au théâtre. Il veut donc, pour ses étudiant-es, des rencontres et des essais, avec un grand travail effectué au plateau, en rapport avec le public. À l’aide d’un suivi très précis, moyennant des échéances, des rendez-vous, certains travaux à fournir, et des évaluations, il souhaite que chacun-e se confronte au métier, avec son lot de stress, mais aussi et surtout de plaisir, afin de lever les doutes, rassurer, et créer des repères. L’idée est donc de présenter une organisation très structurée et progressive.
Différents axes
Mais pour parler de théâtre et de jeu, l’École Sixième Art proposera également d’autres approches. Il y aura ainsi du cinéma, avec trois heures par semaine durant les trois ans du cursus : on y retrouver du travail face caméra, certain-es comédien-nes ayant envie aussi de se tourner vers cette pratique. Et comme nous le dit Vincent : un-e bon-ne comédien-ne de cinéma a inévitablement de bonnes bases de théâtre. La présence de la caméra permettra aussi différentes mises en situation, la production de trois courts-métrages par année, et d’une bande démo.

En parallèle, les étudiant-es seront amené-es à travailler sur l’histoire du théâtre au cinéma, participeront à des cours de pose de voix, de corporalité, de danse… Également, et c’est un point important que souligne Vincent, le rapport aux dimensions administratives leur sera enseigné. Il s’agira de comprendre comment monter un projet ou une compagnie, élaborer des contrats, comprendre comment déclarer les projets auprès des instances compétentes, etc. Si cette dimension quitte le côté artistique, elle n’en demeure pas moins indispensable. Enfin, il s’agira également de les sensibiliser au monde qui les entoures, au niveau de la technique, de la lumière, de la musique… Sans leur apprendre à tenir une régie, les étudiant-es seront capables de bricoler quand ils et elles seront en autonomie, et auront des bases pour savoir à quoi s’attendre. Vincent insiste également sur le fait de mieux considérer tous les métiers qui entourent celui de comédien-ne, avec cette jolie formule : « C’est nous qui sommes en lumière, mais nous avons besoin de celles et ceux qui la créent. »
Se confronter à l’environnement
Avec l’École de Théâtre Sixième Art, l’objectif est donc de mettre en contact tout l’environnement, en créant des liens entre les élèves et les institutions théâtrales (voire cinématographiques), pour permettre à tout cet univers de se rencontrer. Plus concrètement, les étudiant-es auront environ 25 heures par semaines de face-à-face avec les professionnel-les, ainsi que 10 à 15 heures de travail personnel pour compléter cela. Une première série d’auditions sera organisée début juin, pour voir les candidats et pouvoir prendre le temps de s’assurer de l’engagement et de la volonté de chacun-e, tout en se donnant le temps nécessaire pour réfléchir, et éventuellement organiser d’autres salves d’auditions. La rentrée est prévue le 28 septembre et l’objectif n’est pas de remplir pour remplir.

Enfin, les locaux – qui prendront place au 28 Quai du Seujet, tout proche de l’Usine – se veulent aussi un lieu de vie, avec un foyer permettant de travailler, mais aussi de se relaxer. L’idée est de donner un lieu aux élèves pour répéter, monter leurs projets, avant de s’orienter hors les murs durant la troisième année, pour aller au contact des institutions. Vincent met enfin l’accent sur le côté « intergénérationnel », avec des enseignant-es de différentes générations, venu-es d’esthétismes variées, avec plusieurs visions et des univers bien à elles et eux. On ne doute pas de l’engouement qui existe déjà !
Fabien Imhof
Plus d’infos sur le site de l’EDTSA.
Photos : ©Cie Sixième Art
