Romy Schneider comme vous ne l’avez jamais vue

La Côte d’Azur aurait pu être un remake de La Piscine, ce célèbre film de Jacques Deray avec Romy Schneider et Alain Delon. Au lieu de cela, ce sont deux scénarios issus de monologues créés par Guillaume Poix que vous pouvez découvrir au POCHE/GVE jusqu’au 16 décembre prochain.

Lorsque le POCHE/GVE demande à Guillaume Poix d’écrire une adaptation théâtrale de La Piscine, ce dernier s’éloigne bien vite de ce projet. Se renseignant sur Romy Schneider, il découvre une personnalité bien plus complexe qu’il n’y paraît…et cela se retrouve dans le texte. À travers une série de monologues et de dialogues, de témoignages inventés, de paroles prêtées à l’entourage de l’actrice, qu’il s’agisse de réalisateurs, de comédien-ne-s, de sa famille, de ses rôles, le public découvre une Romy Schneider qu’il ne connaissait pas.

Du texte à la scène

Au début de la pièce, sur l’écran qui surplombe la scène, on apprend que la pièce durait 3h30 à la lecture. Manon Krüttli, qui signe la mise en scène, a donc décidé d’écrire deux scénarios, à partir du texte, deux scénarios à découvrir en alternance, ouverts et clos à chaque fois par deux monologues de Romy Schneider. On ne sait alors plus très bien si on est au théâtre ou au cinéma. Sans doute un peu des deux. Tantôt sur la scène, tantôt à l’écran, les paroles s’enchaînent, les comédiens se croisent, passent d’un personnage à l’autre, laissant parfois leurs textes se chevaucher, dans un pétillant mélange qui fonctionne à merveille. Sans temps mort, en alternant le grave et le comique, le texte de Guillaume Poix résonne, porté par la formidable troupe du POCHE/GVE. Jusqu’au remake de La Piscine, où l’on se retrouve vraiment au théâtre, dans une parodie où l’on se moque à la fois des costumes grotesques, de ce théâtre parfois surjoué, mais aussi des films français et des clichés qu’ils véhiculent. Une scène que l’on pourrait croire pleine de lourdeur et qui fait pourtant mouche, provoquant le rire des spectateurs, sans tomber dans l’exagération dont elle se moque.

L’effet de troupe

Enchaîner des monologues peut s’avérer risqué. Il faut réussir à trouver un liant. Et c’est ce que parvient à faire Manon Krüttli, par quelques subtilités de mise en scène et grâce à l’esprit de corps de la troupe du théâtre : des interactions subtiles entre les comédiens, qui se saluent, collent une photo à côté de l’un, font un petit geste vers l’autre, connectant ainsi tout l’ensemble. De la même manière que les monologues créent une cohésion, les comédiens se complètent les uns les autres, pour offrir un spectacle entier. On retrouve ainsi la formidable Rébecca Balestra – qui m’avait ébloui dans 4.48 Psychose – capable de passer du registre le plus comique, avec le ton hautain de la bourgeoise qu’elle incarne, à l’émotion la plus sincère dans un passage tout en nostalgie. Baptiste Coustenoble est un Alain Delon plus vrai que nature. Nadim Ahmed fait rire dans le rôle de la soubrette, avant d’apparaître à l’écran dans un rôle bluffant de sincérité, jouant un comédien ayant côtoyé Romy Schneider. Christina Antonarakis peut passer de l’écervelée de 18 ans à l’actrice engagée, alors que Fred Jacot-Guillarmot, avec son timbre si particulier, est à deux doigts de nous faire verser une larme dans le monologue du père, à l’écran. Enfin, il nous faut citer Julie Cloux, qui interprète les monologues d’ouverture et de clôture, dans des registres bien différents. Le premier se délie sans qu’on comprenne toujours tout, comme si les idées lui venaient au fur et à mesure, mélangeant toutes les facettes de la personnalité de Romy Schneider, tous les rôles qu’elle a interprétés. Le monologue final, tout en douceur, montre une actrice touchante, avant tout femme, qui essaie d’exercer son métier au mieux, d’incarner, de « faire », ce verbe si important, qui revient tout au long de la pièce.

Un propos engagé

On connaissait Guillaume Poix pour Waste, un texte engagé dans lequel il dénonçait les dérives de la surconsommation et les montagnes de déchets électroniques. Dans La Côte d’Azur, on découvre une Romy Schneider comme on ne l’a jamais vue. Il y a certes l’actrice belle, photogénique, douce, magnétique. Et pourtant, au-delà de cela, Romy Schneider, femme ou actrice, c’est un personnage complexe, avec tant de rôles différents à son actif, tant de personnalités. À travers la succession de témoignages, on porte un nouveau regard sur elle, une vision plus féministe peut-être. Dans le dernier monologue, une phrase m’a particulièrement marqué, quelque chose comme : « Je commence à me comprendre et j’arrête de me fuir. » Une phrase qui témoigne de toute la complexité qu’est cette femme, que sont finalement toutes les femmes et tous les êtres humains.

Il est difficile de retranscrire en mots ce que l’expérience de La Côte d’Azur peut apporter et faire ressentir. Le mieux est encore d’aller en découvrir l’un des scénarios au POCHE/GVE, avant le 16 décembre.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

La Côte d’Azur, de Guillaume Poix, du 3 au 16 décembre 2018 au POCHE/GVE.

Mise en scène : Manon Krütlli

Avec Nadim Ahmed, Christina Antonarakis, Rébecca Balestra, Julie Cloux, Baptiste Coustenoble, Fred Jacot-Guillarmod

Photos : ©Samuel Rubio

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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