Les réverbères : arts vivants

Un deuxième trimestre placé sous le signe des Printemps de Sévelin à l’Arsenic

En dévoilant sa deuxième partie de saison, de janvier à fin mars, l’Arsenic propose, comme à son habitude, des performances, pièces et chorégraphies contemporaines. Avec la part belle faite aux Printemps de Sévelin, l’Arsenic étant invité par le Sévelin 36 à concocter une programmation commune, du 5 au 22 mars prochains.

En guise d’ouverture, une carte blanche sera ouverte à différent-es artistes, le samedi 17 janvier, autour de The Other Queen of Memphis de Luna Mahoux. La projection du documentaire sur la culture rap de Memphis sera suivie de celle d’un court-métrage explorant le sud des États-Unis et la transmission culturelle des communautés noires de la région. S’ensuivront une discussion sur ces projections, et différentes performances, entre poésie et rap. De quoi débuter ce deuxième trimestre de manière festive.

Du 21 au 25 janvier, on retrouvera Joël Maillard, qui s’empare du roman de Nina Yargekov, Double nationalité. Quatre comédiennes incarneront le même personnage, en crise d’indétermination identitaire, tiraillée entre ses deux nationalités et ses paradoxes. Amnésique, traductrice-interprète, végétalienne, maladroite en société, mais aussi un peu alcoolique, elle ne manquera pas d’interroger nos propres contradictions internes. Juste après, place à Tiphanie Bovay-Klameth et Paix. Joué en alternance au Théâtre Boulimie, ce seule-en-scène narre les efforts d’une petite société tentant de créer ensemble, alors que tout vacille. Une manière de rappeler le pouvoir de l’art face aux temps troublés de ce monde.

Poésie, mouvement, mémoire et geste seront à l’honneur dans Makaber, une performance de Shebli Albau s’inspirant de l’œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwish, explorant les notions de peur et d’identité. Puis, du 5 au 8 février, les sept danseur-euses d’Anne Sylvie Henchoz danseront un Abord, 1000 Caresses, dans une approche queer pour réinventer les liens d’empowerment et de vulnérabilité. Avant les vacances, du 12 au 15 février, Marlène Charpentié, entre performance théâtre et clown, interprétera sa Poussière de Crotte dans le Cœur d’une Diva. On pourra y croiser un drag-king assoiffé de puissance, un vampire reine d’un cabaret oublié, et unx étrange jardinierx du temps. Une manière de rêver un nouveau conte face à l’ombre du capitalisme. Enfin, dans La Cantine de Nasreddine, on s’inspirera des fables de Nasreddine Hodja, pour mijoter un menu unique dans lequel il prodiguera ses enseignements ingénieux et absurdes.

Les Printemps de Sévelin

La majeure partie de ce deuxième trimestre sera consacrée aux Printemps de Sévelin. Pour la 28ème édition de ce festival international des danses contemporaines, Sévelin 36 imagine une programmation commune avec l’Arsenic, pour une vingtaine de projets marquants. On retrouvera également des Party Nights pour faire vibrer les deux lieux voisins. En guise d’ouverture, les 5 et 6 mars, Oulouy proposera une émancipation du corps et de la « blackness », dans Black, inspiré de diverses danses urbaines africaines et de sa diaspora américaine. En parallèle, on retrouvera Harald Beharie et Sweet Spot, dernier épisode d’une trilogie qui explore les potentialités physiques et poétiques de l’effondrement, où la queerness devient espace d’expression. Auguste de Boursetty & Alex Freiheit présenteront Heavy, baby, spectacle spooky, qui plonge dans une dimension plus obscure que What will remain secret, pour donner la parole aux monstres. On retrouvera également, dans cette première partie du festival, HA de Jana Jacuka, qui explore la performativité du rire pour échapper aux situations qui nous gênent au quotidien, dans une recherche tant au niveau vocal que chorégraphique. Notons enfin Turn On, de Soraya Leila Emery, qui explore le plaisir féminin par le prisme de ses deux cultures – suisse et marocaine – en interrogeant notamment le regard et la notion de consentement. Ce début de festival se conclura avec la première Party Night, dans un style SWANA/Baile funk/Afrobeat/Trap en compagnie de MULAH.

En continu et en marge des représentations, le court-métrage de 13 minutes, signé Samira Elagoz & Z Walsh, intitulé You can’t get what you want but you can get me, tournera en boucle à l’Arsenic. Il narre la rencontre et la relation amoureuse de deux artistes transmasculins, du premier baiser à la concrétisation de leur relation. Une discussion autour du film sera organisée le samedi 7 mars à 18h.

On reprend ensuite le 11 mars, avec Baby-Horn, de Brayana Fritz & Thibault Lac, qui se plongent dans la série de tapisseries médiévales La Dame à La Licorne, pour en explorer le potentiel performatif. Bast Hippocrate, dans Joyaux Lourdement Sous-Estimés, ou l’évolution d’une relation entre deux hommes qui s’enlacent, se réinventent, s’interrogent. Avec Cavalcade, David Zagari oscillera entre concert et parade, pour faire vaciller les rapports de pouvoir en s’inspirant, entre autres, du western spaghetti. Quant à Simone Aughterlony, avec Collapse in 5 Acts: there is porn of it, elle s’appuie sur la symbolique du chiffre 5, les cinq phases du deuil et de la décomposition, mais aussi les cinq actes du théâtre classique, pour interroger l’impératif capitaliste du renouvellement et les décombres qu’il induit. Puis, dans Blue Carousel, Lisa Colette Bysheim & Katrine Party, proposent une satire audacieuse et ludique de la séduction. Humour, répétition et physicalité puissante permettront d’explorer les perceptions du corps féminin et tout ce que cela entraîne, en s’inspirant notamment de la parade nuptiale des oiseaux, pour réinventer les rituels de séduction et de pouvoir. Enfin, cette deuxième partie de festival verra Alban Ovanessian présenter Hardcore, une utopie queer post-émancipatoire, avec quatre performeu-euses, comme acte d’auto-affirmation de soi et de son corps, pour une potentielle renaissance. La Party Night #2, le vendredi 13 mars dès 23h, sera animée par Mulah et asiangirlonly, un duo électro aux influences Trance/Breakbeats/Acid.

La dernière partie du festival débutera avec lisa laurent et the wizard is not real, dans lequel la performeuse pleure, derrière son micro, pour interroger la tristesse et l’absurde dans un voyage poétique et grotesque, et une symphonie ratée de soupirs et de silences. Nils Amadeus Lange présentera quant à lui An archival piece, où l’archive est perçue comme un espace vivant et sensible, pour explorer le mouvement et la mémoire au-delà de la documentation. Puis, dans Deep Cuts, Bryan Campbell invente une forme de pastorale pour narrer une expérience particulière avec un arbre, pour réfléchir autour de notre responsabilité et notre lien aux écosystèmes. Changement de décor avec Mackenzy Bergile et Autothérapie: Unbolting Colonial Statues form Our Consciousness, qui parcourt la géographie de souvenirs et traumatismes du déplacement forcé de 12 millions d’Africain-es lors du Middle Passage et la traite transatlantique, particulièrement violente en Haïti. Le 20 mars, Reprenant une expression usuelle des cultures africaines, When the calabash breaks de Tiran Willemse et Melika Ngombe Kolongo, créera une performance rituelle expérimentale à travers une improvisation ancrée dans les cosmologies spirituelles et les rituels afro-diasporiques. Le lendemain, le duo proposera une performance spéciale, sur laquelle aucune information supplémentaire n’a encore été dévoilée. Ces deux mêmes soirs, en dialogue avec une batterie, Aina Alegre, explorera le geste de « battre », dans toutes ses acceptations, dans Réverbérations, étude 8. Enfin, dans the body symphonic, Charlie Khalil Prince imagine une performance-concert, où le corps est lieu de résistance, en réponse aux multiples crises politiques et géopolitiques au Liban ; une lutte contre l’occupation en forme de méditation. Et après la Party Night #3, animée par The OKRA, sous le signe de la création multidisciplinaire d’origine africaine, on retrouvera, le 22 mars, une CréArt Battle All style 1vs1, orchestrée par Jenny Lacher, précédée d’un workshop avec Lindsay Badness.

Fabien Imhof

La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site de l’Arsenic et sur celui du Sévelin 36, pour Les Printemps de Sévelin.

Photo : ©Philippe Weissbrodt

Graphisme Printemps de Sévelin et photo du Théâtre Sévelin 36 : ©Sévelin 36

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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