Les réverbères : arts vivants

Ah, vous faites du stop ?

Au Grütli dans sa version en plein air, du 27 au 30 juin, Autostop de Floriane Mésenge, Maxime Gorbatchevsky et Jean-Daniel Piguet nous emmène découvrir les routes d’Europe en voiture, d’aire de repos en aire de repos. Une aventure à l’arrière-goût d’étude sociologique.

On a du mal à y croire mais oui, on y est, c’est enfin l’été ! La saison des glaces, des baignades, des concerts en open air… Et le théâtre s’y met aussi !

Retrouvons Floriane Mésenge au Grütli hors les murs pour une pièce issue de ses expériences en tant qu’autostoppeuse. Le cadre est très original, on se retrouve dans un terrain vague au plein milieu de Carouge : il y a une buvette, un petit gradin, et une scène délimitée par deux tapis au pied du gradin. Le décor : deux chaises pliables (100 % ambiance camping) et un siège de voiture en face d’une table basse. Est-ce que l’arbre aussi fait partie de la scène ? On verra bien plus tard.

Ça reste très intime, même si les places du public se remplissent vite. Il y a une ambiance spéciale, poétique, à nous retrouver tou·te·s assis·e·s au milieu de ces immeubles, avec les cris des hirondelles ou des mouettes qui nous tiennent compagnie pendant que l’on attend que le spectacle commence.

Justement, je me demande si les voisins des immeubles autour en profitent pour assister à ce théâtre inhabituel.

La fascination de l’autostop

Le spectacle commence fort : Floriane demande à un monsieur qui passe de la prendre en stop, direction Auxerre. Mais ce monsieur n’a pas l’air très convaincu, il hésite, mais ce n’est pas très clair pourquoi. Alors, Floriane tend un pont et essaye de comprendre pourquoi, on peut aussi imaginer qu’elle veut le convaincre en déjouant ses objections. Eh bien, la belle surprise : ce monsieur ne veut pas la prendre dans sa voiture car il risque de se faire dénoncer si jamais il fait quelque chose qui brusquerait Floriane. Bam, belle introduction au monde du stop. Et il s’agit en plus d’un psychologue ! Il enchaîne : les femmes sont folles, on ne peut plus rien dire, plus rien faire… Les grands classiques. Wow, pauvre Floriane qui doit affronter ce genre de discours alors qu’elle se retrouve dans une telle position de vulnérabilité…

Cependant, plus le spectacle avance, plus je pense que (mise à part quelques situations vraiment tendues), en fait, Floriane prend un certain goût à ces conversations… Peut-être «goût» n’est pas le mot juste, mais en tout cas elle arrive à garder son sang-froid et en rire. Et puis en tirer une merveilleuse pièce de théâtre. Je trouve cela admirable !

Oui, parce que, après quelques sketches, Floriane prend une pause et explique au public que les casques qu’ils portent, elle et ses deux coéquipiers, passent les conversations enregistrées qu’ils nous retransmettent. Ce sont les dialogues réels que l’on voit ici reproduits. Toutes ces situations, c’est la vraie vie de Floriane devant nos yeux, ses étés sur la route, ses aller-retours pour rentrer chez elle… Une professionnelle de l’autostop.

Et la sociologie dans tout ça ?

Petit à petit, les différents sketches nous dévoilent une petite société qui se crée autour des routes de nos pays. Les familles qui voyagent avec la voiture remplie à craquer, les routards, les retraités qui profitent pour voir le monde… Même des personnages surprenants, qui au premier abord, les instincts crient NE T’EN APPROCHE PAS, mais se dévoilent être une aide précieuse pour Floriane… Mention spéciale pour ce karaoké avec un routier, moment incroyable de ce spectacle, et j’imagine aussi moment magique dans la vie de Floriane.

Quoique, au vu de ses récits et de sa personnalité, peut-être que ce n’est que la pointe de l’iceberg des moments magiques qu’elle a vécus.

Personnalités multiples et changements de décor

Bien évidemment, l’héroïne de cette histoire est jouée par Floriane Mésenge elle-même. Elle construit un personnage très attentif, fort et attendrissant dans sa force. Je parle de personnage car on est au théâtre, mais c’est son histoire, ce sont ses mots que l’on voit ici. Je n’ai que de l’admiration pour quelqu’un qui arrive à s’exposer de telle façon au monde qui l’entoure.

Aux côtés de Floriane, Maxime Gorbatchevsky/Guillaume Miramond (en alternance) et Jean-Daniel Piguet, qui vont à tour de rôle jouer les jeunes banlieusards, parents, enfants, retraités, policiers… Qui prennent (ou pas) Floriane en stop. Un jeu à en devenir fou ; ils s’acquittent de cette tâche de manière brillantissime. De crétin à adorable à l’extrême, ils donnent vie à un éventail de personnalités avec une chimie parfaite face à Floriane.

En conclusion, un spectacle beaucoup trop court, on pourrait passer des heures et des heures à entendre tout le catalogue d’histoires de cette autostoppeuse. Un plaisir pour une soirée d’été, merci à toute l’équipe !

Alicia del Barrio

Infos pratiques :

Autostop, de Floriane Mésenge, Maxime Gorbatchevsky et Jean-Daniel Piguet, du 27 au 30 juin au Grütli.

En tournée:

9-10 juin 2023, Théâtre du Pommier à Neuchâtel
16-18 juin 2023, Théâtre des Osses à Fribourg
4-5 août 2023, SPOT à Sion
12-13 août 2023, Festival Castrum à Yverdon-Les- Bains
19 août 2023, Festival 2, Pradinas, Aveyron
23-26 août 2023, Festival International d’Aurillac (FR)

Détails techniques :

Une proposition de : Floriane Mésenge

Mise en scène : Maxime Gorbatchevsky, Floriane Mésenge et Jean-Daniel Piguet

Jeu : Maxime Gorbatchevsky – en alternance avec Guillaume Miramond -, Floriane Mésenge et Jean-Daniel Piguet

Création sonore et régie son : Maëlan Carquet, Alexandre Menexiadis, Ariel Garcia et Marcin de Morsier

Costumes : Doria Gomez-Rosay

Yeux extérieurs : Mélina Martin, Romain Daroles et Sarah Anthony

https://grutli.ch/spectacle/autostop/

Photos : © Alicia del Barrio

Alicia del Barrio Montañés

Thésarde qui cherche à s'évader de son laboratoire, lectrice avide et grande admiratrice de l'offre culturelle genevoise. Un mix triomphant qui a poussé Alicia à écrire sur ses découvertes cinématiques et théâtrales !

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