Les réverbères : arts vivants

Théâtricul peut aussi se prononcer « Théâtricool »

Avec un David Valère particulièrement en forme comme maître de cérémonie, le Théâtricul a dévoilé sa prochaine saison en invitant le public à prendre son temps, au contraire des injonctions sociales actuelles.

Assis à son bureau, sur lequel trônent une mappemonde, une bouteille de champagne et ses notes, David Valère, après avoir chaleureusement présenté toute l’équipe qui gère les lieux, rappelle les valeurs profondes du Théâtricul : échange, respect, plaisir, ouverture d’esprit, non-jugement, partage et humour. De ce dernier, il n’en manque pas, lorsqu’il avoue avoir cette année préparé son discours, auquel il se tiendra pour ne pas dépasser le temps comme dans ses improvisations de l’an dernier. Avant de laisser la parole aux artistes de la saison, il vante les mérites du basilic – pour la mémoire, l’haleine, la sexualité et j’en passe – duquel il offrira une feuille à chaque personne qui viendra sur scène.

La saison débutera le 1er septembre prochain avec Le Dernier Chevalier, un texte d’Attilio Sandro Palese que Michel Rossy avait lu il y a quelques années à Saint-Gervais, qu’il avait gardé et appris l’an dernier. Après tout ce temps, il se réjouit de jouer enfin ce monologue devenu duo avec un violoncelle, en le créant d’abord fin juin aux Amis musiquethéâtre.

Du 14 au 17 septembre, c’est une reprise qui attend le public, avec un spectacle joué plus de 180 fois, dans plein de lieux différents : Un homme debout. Les Antilles, Fort-de-France, la voix d’un homme qui résonne, parlant de la misère, de la révolte contre les colons. David Valère y sera seul en scène, dans une mise en scène de Stéphane Michaud, pour donner, encore une fois, vie aux mots d’Aimé Césaire. Séance de rattrapage possible du 21 au 24 mars 2024.

Changement total de décor dès le 28 septembre avec La petite fille dans la poubelle. La Cie Origami, issue du cirque, y présentera un spectacle de « théâtre physique », où le texte, la poésie et les arts circassiens se mêleront pour émerveiller le public.

Du 3 au 5 octobre, trois soirées un peu particulières vous seront proposées, puisque les spectateur·ice·s seront invité·e·s à devenir acteur·ice·s dans la troisième édition d’une Murder Party imaginée par Arblinda Dauti, Ludovic Payet et Ziad El May. Êtes-vous prêt·e·s à embarquer sur Sin Island avec d’autres explorateur·ice·s pour y résoudre un, voire plusieurs, meurtre·s ?

La fin de la semaine sera plus musicale, avec deux soirées-concerts proposées. À commencer par Voyage, voyage, un véritable tour du monde en chansons pour voyager depuis son siège. Le lendemain, c’est le Pérou qui posera ses valises au Théâtricul avec Manantial. L’occasion de découvrir la musique de ce pays d’Amérique du Sud.

Retour au théâtre à proprement parler du 12 au 22 octobre avec un projet de Sami Kali, mis en scène par Tamara Fischer : on y découvrira une autre version de La Tempête de Shakespeare, à travers le monologue d’un personnage secondaire de la pièce. Dans Moi, Caliban, celui que l’on voit toujours comme un méchant racontera sa version des faits.

On enchaînera ensuite avec Sottises et Sagesses de Nassr Eddin Hodja, le sage qui était fou… ou l’inverse, on ne sait trop ! Miguel Fernandez-V. nous emmènera au Moyen-Orient pour découvrir ce personnage haut en couleurs, connu dans le monde entier pour sa sagesse.

Avant de terminer 2023, le Théâtricul accueillera un spectacle de Marie Beer. Dans L’imposteuse, on assistera à la déchirure d’un couple qui prend conscience du mensonge de l’épouse, elle qui s’est inventé une carrière qui n’existe pas, comme une forme d’alibi social. Après un accident, la voilà confrontée à son mari qui découvre toute la vérité…

Comme il est désormais de coutume, l’année se clôturera avec une programmation circassienne, dans laquelle on retrouvera de la danse, de la magie, du jonglage… Ce n’est pas un festival, mais c’est tout comme ! Sans oublier le cabaret Gérard Challande, en hommage au créateur du lieu.

L’année 2024 débutera sur les routes, avec Road Tripes, un spectacle imaginé par François Revaclier sur sa vie de voyageur. Il y racontera des instants de vie, banals ou extraordinaires, avec son alias Albert ou Dalamdunia, dans un spectacle sensible, épidermique qui nous emmènera dans un monde fascinant à découvrir, pour mieux se découvrir.

Retour aux Antilles ensuite avec PlantAmour. David Valère et Safi Martin Yé y raconteront l’histoire d’un enfant qui se questionne sur la vie de sa mère, cette femme libre malgré les injonctions des années 60. Une manière de lui rendre hommage, tout en voulant mieux la connaître et la comprendre. Pour l’y aider, David Valère a fait appel à Céline Goormaghtigh pour la mise en scène, qui reconvoquera différents personnage de l’histoire entre cette mère et son fils.

La transition est toute trouvée pour parler de Hemingway, le menteur vrai, dans lequel Stéphane Michaud s’inspire de faits réels : en 1949, dans un bar de La Havane, l’auteur américain est fatigué par une vie d’excès. Il y rencontre un vieil aristocrate. La discussion tourne rapidement à la confrontation entre deux visions du monde qui s’opposent. Ce sera à voir du 29 février au 17 mars.

S’ensuivra le Festival escalier, dans lequel de jeunes créateur·ice·s issus de différents milieux artistiques – danse, théâtre, arts visuels… – inviteront le public à les découvrir, à sortir des sentiers battus pour se confronter à des choses qu’il ne connaît pas. On n’en sait pour l’heure pas beaucoup plus sur la programmation détaillée…

Retour au théâtre ensuite avec Ahmed Belbachir et Mon Molière, où il racontera sa rencontre avec les textes du dramaturge, comment il s’est construit avec lui et ses personnages, dans un hommage qui s’annonce déjà très poétique.

Après avoir vu Couple ouvert à deux battants au Crève-Cœur, Mélanie Chappuis a voulu y écrire une réponse. Elle imagine la rencontre entre l’épouse et la maîtresse, qui dépassent leur condition respective pour se libérer et s’ouvrir l’une à l’autre, dans une forme de solidarité de genre. C’est aussi l’occasion pour elle, en partageant la scène avec Maria Mettral, de parler d’écriture, l’un des personnages étant écrivaine, l’autre traductrice.

Comme un pendant à Moi, Caliban, Celle qui n’est pas maudite parlera aussi de personnages secondaires de Shakespeare. Dans cette conférence totalement décalée, Mathieu Fernandez-V. et Jérémie Nicolet se concentrent sur Rosencrantz et Guildenstern, deux amis d’enfance de Hamlet qui sont, selon eux, les deux vrais héros de la pièce. On chantera, on rigolera, et on en apprendra aussi un peu plus sur ces deux êtres méconnus.

Enfin, la saison se terminera avec De l’amour ou presque, un spectacle d’Anne Perrin qui raconte l’histoire d’une tentative de re-séduction, dans un texte puissant. Une autre autrice genevoise à l’honneur dans une saison qui, nous ne le disons pas assez, fait la part belle aux artistes locaux·ales !

On ne peut conclure cette présentation autrement que par les mots de David Valère qui, invitant le public présent à se rendre à l’apéritif suivant la présentation, nous dira, en substance : « Le Théâtricul, c’est un théâtre où on se fait pas trop chier, on boit des coups, pis on voit des bonnes pièces ! »

Fabien Imhof

La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site du Théâtricul.

Photo : © David Valère

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

Une réflexion sur “Théâtricul peut aussi se prononcer « Théâtricool »


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    Le commentaire de David annonce un théâtre populaire qui n’est pas pour me déplaire. En ces temps de suffisance artistique on ne peut qu’espérer.
    Maintenant on peut aussi attendre des propos scéniques plus élaborés, sans nuire à leur accessibilité!

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