Les réverbères : arts vivants

Amour(s) au Douze Dix-huit : quand la scène révèle la délicatesse des amours

Je suis allée voir AMOUR(S) – PREMIÈRE TRAVERSÉE au Théâtre le douze dix-huit, mis en scène par Tony Romaniello, avec Laurent Baier, Christian Baumann et Stella Giuliani. Le spectacle est présenté comme une Première Traversée, devant un public volontairement restreint, en attendant une version aboutie prévue pour octobre.

Il existe des spectacles qui cherchent à impressionner, et d’autres qui choisissent, avec une simplicité presque désarmante, de toucher juste. AMOUR(S) – PREMIÈRE TRAVERSÉE, mis en scène par Tony Romaniello, avec Laurent Baier, Christian Baumann et Stella Giuliani, au Théâtre le douze dix-huit, appartient sans hésitation à cette seconde catégorie. Il s’agit d’une création collective de la Compagnie lesArts, avec une scénographie de Célia Zanghi assistée de Meryem Duru, une création lumière et régie de Yannis Marti, une création sonore de Youri Ortelli, et une administration assurée par Estelle Zweifel (bureau de la joie). Présenté ici comme une “Première Traversée” devant un public volontairement restreint, il laisse déjà entrevoir une forme aboutie qui sera dévoilée en octobre — et donne surtout envie d’y revenir.

Le point de départ est universel, presque vertigineux : l’amour. Mais loin de toute ambition grandiloquente, le spectacle emprunte une voie intime, douce, presque fragile. Plutôt que le grand Amour, tel qu’il est habituellement nommé et représenté sur scène, il déploie une constellation infinie d’« amours » — l’amour romantique, familial, celui que l’on porte à un animal, à la nature, mais aussi à un lieu, à un geste, à une présence.

Sur scène, trois interprètes se partagent une multitude de rôles et de situations à travers de courtes scènes. Certaines de ces scènes s’inspirent de témoignages réels, recueillis et enregistrés par les artistes, et viennent parfois habiter le récit. La mise en scène se distingue par sa fluidité et son inventivité : les scènes s’enchaînent avec une légèreté maîtrisée, sans jamais lasser. Chaque moment surprend, chaque transition paraît naturelle. Cette multiplicité scénique reflète la complexité infinie des formes d’amour explorées. Autre élément essentiel : les transitions sont visibles, assumées, intégrées ; rien n’est dissimulé. Les changements de personnages se font à vue, comme une mise en scène qui fait corps avec son propos et en révèle l’essence même : l’amour est visible, il ne peut se cacher. Il est là, exposé, évident.

À leurs côtés, deux personnes fabriquent en direct leur propre papier, qu’elles suspendent ensuite à une structure délicate qui se construit peu à peu sous nos yeux. Sur ces fragments sont inscrites des pensées autour de l’amour, que le public peut emporter et/ou compléter. Ce dispositif simple crée un lien concret entre la scène et la salle, transformant le spectacle en expérience partagée et collective. Enfin, même le technicien, présent à vue, participe à cette transparence.

Mais ce qui frappe avant tout, c’est le ton. AMOUR(S) parle de ce qui, peut-être, soutient le monde entier — et le fait sans emphase, avec douceur et une sensibilité rare. Ici, l’ego s’efface au profit de ce qui circule entre les êtres, dans le présent du plateau. Là où tant d’œuvres cherchent à magnifier l’amour, celle-ci le traverse simplement, dans sa vérité immédiate, presque évidente. Il y a quelque chose d’immanent dans cette approche : l’instant devient presque sacré parce qu’il est sincère. Une proposition qui, aujourd’hui, semble presque nécessaire. L’ambiance contribue pleinement à cette réussite. On rit, on s’émeut, on se reconnaît. On se sent chez soi. Et c’est précisément cette proximité qui permet au spectateur de se sentir concerné, interpellé.

Enfin, AMOUR(S) est une proposition précieuse : agréable, légère, douce. Une œuvre qui rappelle que la puissance se trouve aussi (et surtout) dans la délicatesse.

À découvrir pleinement en octobre !

Valentina Luporini

Info pratiques :

AMOUR(S) – PREMIÈRE TRAVERSÉE, du 1er au 10 mai 2026 au douze dix-huit

Création collective par la Compagnie lesArts

Mise en scène : Tony Romaniello

Avec : Laurent Baier, Christian Baumann et Stella Giuliani

Scénographie : Célia Zanghi assistée de Meryem Duru

Création lumière et régie : Yannis Marti

Création sonore : Youri Ortelli

Administration : Estelle Zweifel – bureau de la joie

https://ledouzedixhuit.ch/spectacle/amours/

Photo(s) : © Sébastien Bovy

Valentina Luporini

Valentina Luporini est comédienne, metteuse en scène et dramaturge pour le Collectif Humagine. Elle a également obtenu un doctorat en philosophie entre l'Université de Genève et la Scuola Normale Superiore. Parallèlement, elle développe des projets musicaux pour la production théâtrale avec Diego Rodriguez Puerta.

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