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Ateliers DRAG’ART 2026 : exploration et liberté à Neuchâtel

De février à mai, l’Association Théâtre Frenesí organise à Neuchâtel des ateliers d’initiation aux arts du Drag Queen et du Drag King, en partenariat avec la pétillante performeuse Princess Yuni Mononokini. Du maquillage à la scène, cette 2e édition s’articulera autour de cinq jours de formation – dans un cadre chaleureux et accueillant. Alors, on tente ?

Créativité, découverte, sublimation, liberté, fierté : voilà les mots-clefs qui guideront les ateliers DRAG’ART lors de cette deuxième édition. Avant leur lancement, le 28 février prochain, nous vous proposons une rencontre en forme d’interview avec l’artiste qui les animera : Princess Yuni Mononokini.

La Pépinière : Princess Yuni Mononokini, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions ! En préambule, pourriez-vous vous présenter ?

Princess Yuni Mononokini : Je suis la Princess Yuni Mononokini, alias Raphaël Favre-Bulle, une artiste Drag Queen romande depuis 10 ans. Mon personnage Drag Queen est inspiré par ma passion pour les voyages et la découverte des cultures du monde ainsi que de l’évolution de la féminité à travers les âges. Même si mon style le plus courant est plutôt Pin-up, car j’adore l’art burlesque et l’effeuillage ainsi que chanter des classiques du blues, j’apprécie également emmener le public dans des voyages inattendus, que ce soit en danseuse du ventre ou en créature de Fantasy, en passant par une yodleuse délurée. L’avantage de l’art du Drag est qu’il n’y a pas de limites, si ce n’est celles qu’on se fixe. À mes yeux, il s’agit d’un art du Cabaret et c’est en ce sens que je le pratique, sans pour autant m’y limiter. Mes numéros doivent raconter une histoire et capter l’attention du public sur un très court laps de temps (4-10 min). Ce format me permet de varier énormément mes compositions, en utilisant tous les outils à ma disposition – que ce soit la création de costumes et d’accessoires, le lip sync[1] le chant, la danse, la comédie, l’écriture de parodie et j’en passe. Cette possibilité de se recréer à l’infini est ce qui me motive à m’investir dans cet art et me donne la passion de l’enseigner.

La Pépinière : Avant d’évoquer plus précisément votre parcours, parlons un peu vocabulaire. Que signifie le mot « Drag » ?

Princess Yuni Mononokini : Le terme désigne des artistes jouant sur les archétypes de rôle de genre, en les questionnant et les remettant en question. C’est un art underground, issu des milieux LGBTQIA+, mais qui possède des origines lointaines et incertaines. On trouve les premières traces du terme en 1870 : il désignait alors des acteurs habillés avec des habits féminins lors de bals masqués. L’origine la plus populaire (et romantique, je le crains) du mot viendrait de l’époque shakespearienne, où les femmes n’avaient pas le droit de faire du théâtre et que des hommes jouaient les rôles féminins. Drag serait donc un acronyme de « dressed as girl », qu’on retrouvait à côté du nom de l’acteur concerné. Mais aucune preuve n’a jamais pu le confirmer…

La Pépinière : En termes d’origine, cette idée de performer un autre rôle de genre que le sien est donc ancienne…

Princess Yuni Mononokini : Si l’on considère que l’interprétation de rôles féminins par des hommes est l’origine de l’art du Drag, on peut faire remonter cette pratique à travers les âges et les cultures, en remontant jusqu’au théâtre Kabuki et du Takarazuka, au Japon, où l’onnagata (acteur travesti) peut être assimilé à une Drag Queen. On retrouve différents courants à divers moments de l’Histoire – comme les cabarets transformistes des Années Folles, ou les ball rooms des communauté LGBTQIA+ afro et latino-américaines de la deuxième moitié du XXe siècle. La visibilité à l’international commence dans les années 80 et 90, avec notamment les Club Kids, dont est directement issue RuPaul, grande papesse de l’art du Drag américain. C’est elle qui, en 2009, a lancé le concours RuPaul’s Drag Race, devenu une des franchises télévisuelles les plus rentables de ces dernières années. Ce concours a popularisé l’art du Drag auprès du grand public, de manière exponentielle. Il faut aussi rappeler que le Drag est un art militant, qui a accompagné toutes les phases des luttes LGBTQIA+. Il est donc profondément politique et est reconnu comme tel.

La Pépinière : Pour compléter ce panorama historique, on peut aussi rappeler la grande pluralité des artistes de Drag.

Princess Yuni Mononokini : Aujourd’hui, le Drag comporte de nombreuses catégories d’artistes. Les Drag Queens sont des artistes, souvent de genre masculin ou non binaire, qui jouent sur les archétypes de la féminité. Leur pendant, les Drag Kings, sont souvent de genre féminin ou non binaire, et jouent sur les archétypes de la masculinité. Il existe également les Hyper Drag (ou Bio Queens), des artistes majoritairement de genre féminin jouant sur la féminité. Leur pendant masculin sont les Bio Kings, mais je n’ai pas connaissance d’artistes le pratiquant. Enfin, on peut signaler les Drag Queers (qui jouent sur l’ensemble du spectre du genre) et les Drag Creatures (qui jouent sur des notions de genres et de transmorphisme).

La Pépinière : Revenons à vous. Comment avez-vous découvert l’art du Drag ?

Princess Yuni Mononokini : J’ai découvert le monde de la transformation à travers ma rencontre avec l’artiste Le Nancy Boy, ma Drag Mother, celle qui m’a enseigné les bases de cet art multiple aux possibilités d’expression illimitées. Infirmier praticien formateur et personne- ressource en santé mentale dans le civil, j’ai commencé ma carrière artistique en participant à des actions de prévention dans le domaine de la santé sexuelle et mentale au sein de la communauté LGBTQIA+. De fil en aiguille, tirant ressource des apprentissages apportés par ma culture familiale dès l’enfance (musique, danse, chant, arts traditionnels décoratifs et couture) et par mon passage à l’École des Arts Appliqués de la Chaux-de-Fonds, j’ai rapidement commencé à monter sur les planches des diverses scènes queer de Suisse Romande. Commença alors une aventure humaine et créatrice faites de rencontres et d’échanges…

La Pépinière : Quelles sont les étapes principales de cette « aventure humaine », pour vous ?

Princess Yuni Mononokini : En 2017, j’ai fait mon entrée dans le collectif queer « De la Chair et du Bruit », dont les membres sont issu-es de différents milieux et s’expriment à travers plusieurs types d’art – le Drag, bien sûr, mais également la danse contemporaine, le burlesque, la musique électro. Il y a aussi des DJs, poètes, photographes, etc. Parmi les projets auxquels nous avons participé, le Sabbath Tour qui nous a permis de performer jusqu’au Vietnam. Trois ans plus tard, Le Nancy Boy et moi-même avons créé La Boykini, une « House Drag » regroupant des artistes Drag Queen, Drag King, Drag Queer, Hyper Drag et Drag Monster. Le but d’une House est d’offrir un lieu de partage et de transmission par les pairs de techniques artistiques et d’expérience, dans le cadre bienveillant d’une « famille choisie » – le tout fonctionnant comme une sororité. Les membres de la House performent dans divers projets, que ce soit en groupe ou de manière individuelle, avec des Houses alliées lors d’événements tels les soirées Drag ta T’Chaux et Dragâteloises. En 2021, avec ma fille Drag Jessica Morgan’s à l’accordéon et ma petite-fille Drag Barbara Queen au chant, nous avons fondé un trio guignette : le Bari’Drag. Ce trio propose un spectacle de rue et de proximité à un large public, qui n’aurait autrement pas l’occasion d’entrer en contact avec ce type d’art.

La Pépinière : Une manière de créer du lien avec le public, en somme…

Princess Yuni Mononokini : Tout à fait. Par le biais de la chanson populaire et du bal musette, nous partons à la rencontre de la population générale, ce qui permet un premier contact festif et positif avec le monde du Drag. Nos expériences dans les rues et établissements publics de la Chaux-de-Fonds, ou encore du marché de la St-Martin de Porrentruy par exemple, nous ont permis de créer des liens avec la population et de créer des échanges constructifs. L’art du Drag étant indissociable des luttes LGBTQIA+ (particulièrement autours des notions de genre), nous souhaitons utiliser les codes de l’art populaire qu’est la guinguette pour jeter un pont entre les communautés. Les résultats sont d’ailleurs très positifs et encourageants !

La Pépinière : Drag, guiguette et accordéon, voilà qui donne envie de chanter ! Mais vos expériences artistiques ne s’arrêtent pas aux frontières helvétiques…

Princess Yuni Mononokini : Depuis 2022, je fais partie de la troupe Shadowcast du Rocky Horror Pictures Show Suisse Romande. J’ai aussi rejoint, en 2024, le Shadowcast International qui se réunit chaque année à Berlin. Les Shadowcasts sont des troupes théâtrales amateures présentes dans un grand nombre de pays, qui jouent le film The Rocky Horror Pictures Show[2] pendant sa projection et qui proposent une prestation interactive avec le public… lequel est sollicité tout le long du film ! Très populaire dans les pays anglo-saxons et germaniques, nous tentons de faire connaître ce monstre de la culture queer en Suisse.

La Pépinière : Votre pratique du Drag vous a également amenée à collaborer, en tant qu’artiste, avec le monde de la recherche. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Princess Yuni Mononokini : Depuis 2024, un projet de recherche nommé Healing Drag est mené entre l’Université d’Otawa et l’Institut et Haute École de Santé de la Source, à Lausanne. Il est porté par Mathy (Mathieu) Turcotte, qui prépare un doctorat à Ottawa et est maître d’enseignement à la Source. Ce projet de recherche vise à faire la lumière sur les bienfaits pour la santé (en particulier mentale) et les apports qu’offre l’art du Drag à ses praticien-x-nes, dans un processus d’auto-soins. Mathy collabore avec une équipe de six co-chercheur-x-euses, touxtes artistes Drags, de divers âges et milieux, dont je fais partie. Cette recherche s’est traduite par la création d’un spectacle permettant aux artistes de traduire sur scène leurs conclusions et de les transmettre de la manière la plus intime au public.

La Pépinière : À présent, parlons plus précisément des ateliers DRAG’ART. Comment tout a commencé ?

Princess Yuni Mononokini : L’idée m’a été inspirée dès mes premières adoptions de baby Drag – entendez des personnes souhaitant devenir Drag et que j’accueille dans ma House pour leur enseigner les bases. L’envie est aussi venue suite à de nombreuses sollicitations pour apprendre à se maquiller. En effet, adopter un-e baby Drag entend qu’il y ait une affinité avec la personne motivant le fait de la faire entrer dans sa famille choisie (House), une dimension personnelle plus profonde que le fait de donner des cours. Ne pouvant pas adopter chaque personne me demandant des enseignements, je me suis mis à imaginer un concept d’atelier. Grâce à l’aide de ma fille Drag Pepita la Loca (alias Teresa Larraga), directrice du théâtre Frenesí à Neuchâtel, ce projet a pu voir le jour en 2025 pour la première session des ateliers DRAG’ART.

La Pépinière : Ces ateliers reposent sur une véritable philosophie, non seulement dans la manière d’enseigner les arts propres au Drag, mais également dans la construction de soi que ces arts renferment…

Princess Yuni Mononokini : La volonté de transmettre le Drag a plusieurs origines chez moi – allant du désir de développer cet art et de lui permettre d’atteindre ses lettres de noblesse, au fait de transmettre les joies qu’il m’apporte… en passant par les remises en question des notions de genres qu’il soulève et la possibilité de se découvrir soi-même, de développer son estime de soi à travers cette pratique. Étant praticien-formateur dans le civil et ayant fait également de l’enseignement aux adultes, j’ai profité de mes connaissances pédagogiques et de mon expérience en tant que Drag Mother. L’expertise de Teresa est aussi d’une grande aide, car le Théâtre Frenesí offre d’autres ateliers (par exemple, autour de l’art du clown). Le but des ateliers DRAG’ART est de permettre aux participant-x-es de découvrir les outils de base leur permettant de construire leur personnage Drag. Il faut savoir qu’un-x-e artiste Drag construit un personnage, qui est bien souvent un prolongement de sa propre personnalité, et qui lui permet d’exprimer une partie souvent socialement réprimée de soi – que ce soit au niveau du genre ou de l’expression de celui-ci. Les questionnements personnels qu’apporte la pratique de cet art amènent parfois un certain malaise, ce pourquoi ma formation en psychiatrie est un apport pour permettre à chacun-x-e de pouvoir être accompagné-x-e dans ses réflexions.

La Pépinière : Concrètement, comment vont se structurer les ateliers pour cette deuxième édition ?

Princess Yuni Mononokini : Nous allons aborder différents sujets, lors des cinq samedis. D’abord, les techniques de maquillages, qui transforment les traits selon le genre que les participant-x-es souhaitent exprimer. Tout part des traits au naturel… ce qui permet de découvrir qu’un rien peut influencer l’apparence que l’on a le regard que l’autre pose sur nous. C’est en général la partie de la formation la plus attendue – et aussi celle qui apporte le plus d’émotions aux personnes qui la découvrent pour la première fois. Il y a ensuite le choix des perruques et postiches, dont la fixation, l’entretien et le coiffage sont des points importants de l’esthétique Drag. Ce sont des étapes primordiales pour affirmer et mettre en valeur le travail de maquillage. La création et réalisation de tenues et outfits est abordée sous l’angle de la débrouillardise et de la récupération, l’idée étant de faire comprendre aux participant-x-es que l’imagination peut permettre la création de tenues de scènes incroyables… avec trois fois rien ! Il est également extrêmement satisfaisant de porter ses propres réalisations sur scène.

La Pépinière : Oui, car le but de l’atelier, c’est de monter sur scène…

Princess Yuni Mononokini : L’écriture et la mise en scène de numéros, se basant sur les inspirations propres à chacun-x-e est aussi abordée. Le but est que la personne puisse exprimer le message qu’iel souhaite, en utilisant le format artistique qu’iel maîtrise ou souhaite développer (lip sync, chant, etc.). Mon rôle est alors de guider les participant-x-es dans l’écriture et la mise en scène de leur projet, avec des apports et conseils techniques. Cette partie des ateliers apporte souvent des surprises, car la plupart des gens ignorent souvent leur valeur scénique et leurs capacités à matérialiser un message à travers la création d’un numéro. Enfin, l’étape ultime est la présentation sur scène du premier numéro : c’est la concrétisation et le fil rouge du travail fourni durant l’entier des cinq jours d’ateliers, répartis sur plusieurs semaines afin que chacun-x-e puisse avoir suffisamment de temps pour préparer et répéter un show de qualité. Cette étape permet à l’artiste en herbe de confronter son travail au regard d’un public dans un cadre bienveillant, et de pouvoir récolter les fruits de son labeur. C’est un moment de grande satisfaction, un énorme boost pour l’estime de soi !

La Pépinière : Précisons aussi que ces ateliers Drag s’adressent vraiment à toute personne intéressée – et pas uniquement à une population LGBTQIA+.

Princess Yuni Mononokini : Les ateliers DRAG’ART s’adressent à touxtes à partir de l’âge de 18 ans, quel que soit le genre, l’orientation sexuelle et les spécificités morphologiques – y compris en ce qui concerne les personnes en situation de handicap, car chacun-x-e a le droit d’y venir pour se redécouvrir et expérimenter de nouvelles facettes de sa personnalité. Lors de la première édition, en 2025, les personnes avaient entre 21 et 56 ans, d’orientation sexuelle et de genres différents… mais quelle que soient leurs motivations, touxtes ont pu partager leurs aspirations et apprendre les un-x-es des autres. Les échanges étaient riches, bienveillants, ce qui a créé un vrai esprit communautaire. Aujourd’hui, ces participant-x-es sont toujours en contact pour la plupart.

La Pépinière : Pour conclure, pourriez-vous partager avec nous deux souvenirs qui vous ont touché, lors des ateliers DRAG’ART et dans votre expérience personnelle de Drag ?

Princess Yuni Mononokini : Lors de la première session d’atelier, j’ai adoré la fin de la première journée, après le tout premier maquillage. Le premier jour, beaucoup de participant-x-es arrivent en se demandant s’iels sont légitimes… et il faut savoir qu’un premier maquillage met souvent 5 à 6 heures pour être réalisé. On ne voit souvent le résultat que vers la fin de l’exercice – et il est très touchant de voir le moment, dans le regard de le/la Baby Drag, quand iel perçoit enfin le changement d’apparence et la réalisation de la transformation. Une étincelle s’allume au fond des yeux et on sait que la personne va crocher à l’atelier. En tant qu’artiste, mon plus beau souvenir est d’avoir pu allier les deux passions de ma vie – à savoir le Drag et les voyages sac-au-dos. J’ai eu l’honneur de commencer notre tournée du Sabbath Tour au Vietnam en performant avec la minorité Zhao de la province de Vu Lin. Après des routes de montagnes, la traversée d’un lac en pirogue, se préparer dans une des loges du village, en pleine forêt, et performer devant une population accueillante et ouverte au partage… quel souvenir merveilleux et irréel à la fois ! L’art sous toutes ses formes est l’occasion de la rencontre et du métissage – et le meilleur vecteur de paix qu’il soit.

Propos recueillis par Magali Bossi

Infos pratiques :

Ateliers DRAG’ART 2026 (deuxième édition), du 28 février au 10 mai 2026, organisés par l’Association Théâtre Frenesí en partenariat avec Princess Yuni Mononokini.

Dates : 28 février, 21 mars, 4 avril, 18 avril, 10 mai (de 10h à 18h)

Lieu : Espace Sud, Rue de Monruz 34, 2000 Neuchâtel

Coût : CHF 600.— (tarif réduit pour ersonnes en recherche d’emploi, étudian-s-es, AVS, AI, artistes, etc. : CHF 520.—)

https://www.frenesi.ch/drag-art/

Photos : ©Boykini (banner, inner 2, inner 3, inner 4), ©Hochstetter (inner 1)

[1] Ndlr : ou synchronisation labiale – autrement dit, la coordination en playback des mouvements de la bouche avec une bande-son enregistrée

[2] Ndlr : Film musical de Jim Sharman, The Rocky Horror Picture Show est sorti en 1975. Il s’agit d’une adaptation américaine de la comédie musicale éponyme, créée à Londres en 1973 par Richard O’Brien.

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé. Elle aime le thé et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Présidente de l’association La Pépinière, elle est responsable de son pôle Littérature. Docteure en lettres (UNIGE), elle partage son temps entre un livre, un accordéon - et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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