Les réverbères : arts vivants

Conte philosophique après la mort

La Traverse accueille la Cie Motamot et Le Petit Monde…, après la création du spectacle au Théâtre Silo du Lac. Qu’y a-t-il après la mort ? La pièce tente d’y répondre, en abordant de nombreuses thématiques et interrogations profondes qui nous touchent toutes et tous.

Les questions les plus intéressantes sont celles auxquelles on n’a pas de réponse. Tel pourrait être le mantra de ce spectacle. Nadia (Zina Balmer) et Jeanne Sarah (Tara Macris) sont couchées sur ce qui semblent être des lits, dans un lieu difficile à décrire. Des tubes descendent du plafond, des rideaux entourent l’espace, et une étrange porte se trouve à cour. Il y a quelque chose de futuriste dans ce décor. Rapidement, les deux protagonistes comprennent qu’elles viennent de mourir. Ce lieu semble être un entre-deux, une sorte de purgatoire. Deux étranges anges, Gabi (Pascal Schopfer) et Pierre (Rodolphe Ittig), chauves et non-genrés, entament le processus, qui consiste à une mise en situation des deux mortes. Mais nous n’en saurons guère plus. S’ennuyant, ils finissent par entre dans une discussion avec ces deux femmes, sur des thématiques variées. Le Petit Monde… prend alors la forme d’un conte philosophique.

Un Petit Monde décousu, mais…

Il n’est pas aisé de suivre la trame de cette pièce, tant ce Petit Monde, qui fonctionne un purgatoire, est à part. Les discussions qui s’enchaînent ne suivent pas véritablement de fil conducteur, si ce n’est celui des pensées des protagonistes. Tout cela rend la compréhension parfois complexe, mais l’essentiel est sans doute ailleurs. On s’interroge d’abord sur les prénoms des personnages. Gabi et Pierre seraient-iels des allusions à l’archange Gabriel – qui a annoncé l’Incarnation à la Vierge Marie – et à Saint-Pierre – premier apôtre et porteur des clés du paradis ? Quand on apprend que les deux femmes dont il est questions sont rapidement renommées Marie, suivi d’un numéro, on se dit que cette réflexion n’est sans doute pas erronée. Pourtant, passées ces considérations sur les prénoms, et le fait qu’on se trouve au purgatoire, rien ne fait allusion à la foi religieuse. Au contraire, on perçoit quelque chose de décalé, notamment dans la vie débridée des Marie, qui s’apparentent plus à des « Marie-couche-toi-là » qu’à la Vierge… et quand la philosophie prend le dessus sur la religion, cela semble confirmer que la foi ne sera pas au cœur du propos.

Dans cette situation qui n’est jamais véritablement explicité, et qu’on comprend en filigrane de l’action, se développe un moment d’extrême vulnérabilité pour les protagonistes. L’incertitude et l’incompréhension à laquelle elles font face créent une forme d’anxiété en elles. Elles finissent par se livrer et faire le bilan de leurs bonnes et mauvaises actions. Comme si leur vie défilait devant nos yeux. C’est l’occasion d’une introspection, qu’on ne fait jamais de notre vivant. De fait, Le Petit Monde… devient une sorte de miroir, avec une dimension philosophique qui prend tout son sens. Rappelons que l’étymologie même du mot signifie « l’amour de la sagesse » ou, autrement, « la recherche du savoir », pour devenir omniscient-e. Ce que souhaiteraient les deux femmes au plateau.

À nous de recoudre l’histoire

L’important réside donc ailleurs que de la compréhension d’une histoire qui se suivrait linéairement. On se concentre donc davantage sur les thématiques abordées, avec cette question centrale : comment réagir face à la peur de l’inconnu ? Plusieurs options sont alors envisagées : fuir, se battre, s’énerver, tenter de comprendre en vue d’accepter… en cherchant des réponses, qui sont loin d’être universelles, on en vient à parler de sa propre vie, et des thématiques qui la jalonnent. On évoque ainsi l’amour, la famille, l’amitié, la perte, les relations, les systèmes politiques, et bien d’autres choses encore. Il est question de peurs, de doutes, d’angoisses…

Le Petit Monde… peut donc décontenancer, mais apporte finalement plein de réflexions. Un bémol reste toutefois à soulever : alors que la pièce est annoncée comme une comédie, on peine à retrouver cette dimension. Plusieurs éléments font certes rire, mais l’aspect comique ne prend jamais véritablement. Comme le purgatoire dont il est question, on reste dans une forme d’entre-deux, si bien que la pièce semble ne jamais totalement affirmé un ton. Ce point-là ne demande qu’à être affiné pour nous permettre d’entrer pleinement dans le spectacle. Pour autant, on sort avec beaucoup de questions, et l’envie de réfléchir à tout cela avant qu’il ne soit trop tard.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Le Petit Monde…, de Lisa Torriente, du 23 avril au 10 mai 2026 au Théâtre Silo du Lac, les 21 et 22, puis du 27 au 31 mai 2026 à la Traverse, puis du 25 au 27 septembre 2026 au Teatro Comico de Sion.

Mise en scène : Lisa Torriente et Rodolphe Ittig

Avec Zina Balmer, Tara Macris, Pascal Schopfer et Rodolphe Ittig

https://theatre-silo-lac.ch/programme.php

https://mqpaquis.ch/events/le-petit-monde-2026/

https://eventfrog.ch/fr/p/theatre-scene/theatre/le-petit-monde-7455545224749698788.html

Photos : ©Cie Motamot

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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