Explorer les mythologies au TU
Le Théâtre de l’Usine a dévoilé sa demi-saison, avec pour projet de « Troubler les mythes ». En plongeant dans les mythologies, les contes et les histoires qu’on se raconte pour s’émerveiller, le TU donne à réfléchir et façonner d’autres visions du monde, pour troubler l’ordre établi.
On commence le 24 septembre prochain, avec Pewma de Valeska Romero Curiqueo. Le titre signifie « rêve » en mapudungun, la langue des Mapuches, et le spectacle propose une traversée entre différents corps, pour passer de la destruction à la renaissance. Dans ce spectacle mêlant danse, performance, son et poésie, il s’agira d’explorer des plaies ouvertes, dans un désir de transformation.
Emergentia au cœur de l’automne
Comme chaque année, entre octobre et novembre, le festival Emergentia, en partenariat avec l’Abri et le Pavillon ADC, propose deux semaines de programmation chorégraphique locale et internationale, ainsi que des ateliers et des studios ouverts. Du 29 octobre au 1er novembre, le TU accueillera Oscar M. Damianaki et Sacré Saoulé, qui traitera de questions liées au deuil, à la colère et à l’épuisement. Le deuil dont il sera question est celui qu’on ne peut pas véritablement accueillir et surpasser, puisqu’il naît des oppressions existantes qui, elles, ne disparaissent pas. Alors, quand la colère et d’autres émotions prennent le dessus, comment faire ? Comment habiter cette rage silencieuse et continuer d’habiter nos corps malgré tout ?
Le 1er novembre, Jonas Van proposera un workshop intitulé Feeding the ghosts : vers une dramaturgie spectrale. La dramaturgie y sera pensée comme une présence spectrale, qui sera là tout au long du processus de création. Temps et mémoire seront au cœur de la réflexion pour réfléchir davantage avec nos entrailles qu’avec notre cerveau.
Enfin, du 5 au 7 novembre, les soirées seront consacrées à des formats courts, nommés Short Stories. Trois pièces de 30 minutes, racontées par le mouvement, viendront questionner les codes et les corps de la danse contemporaine dite « institutionnelle ». On retrouvera Shereya dans Stripteaser Gambiarra Dreams. La chorégraphe y explorera le système D pour créer une danse qui embrasse chaos et improvisation, et où l’imprévisible devient force de création. Puis, Joce diffusera du son depuis une simple boombox, dans Freestyle Is a Heart to Beat. Il tentera de retranscrire, grâce à la danse, tout ce qui l’entoure, dans l’espace urbain, pour dialoguer entre corps, ville et mémoire, en projetant des images d’archives de son processus de recherche. Enfin, Uman nous invitera dans son After Party. La modification de soi y sera vue comme un acte de création radical au sein de la communauté queer. Entre chaos, punk et une dimension trash, elle cherche une chorale de voix pour explorer le potentiel de libération à travers la fiction.
Conclure par le rire
Le dernier spectacle de la demi-saison, du 10 au 12 décembre, aura de quoi intriguer. Un drôle de trio composé de Léa Katharina Meier (à l’origine du concept, du texte et de la mise en scène), Alina Arshi et Mayara Yamada (qui collaborent et performent) interprétera Hihihaha! La grande bibli’ cracra. Chacune y incarnera un livre dans une aventure étrange, pour explorer l’archive de leurs sentiments. Des personnages incongrus surgiront, pour aborder la honte comme source de savoir et de potentielles futures jubilations. Un spectacle à la fois merveilleux et grotesque, en forme de conte, pour explorer le lien entre mémoire traumatique et fiction. Cette bibliothèque d’un nouveau genre aura ses propres règles afin de questionner les normes et les structures d’autorités que peuvent être les archives, l’école, la famille, ou même l’hétérosexualité, dans un univers esthétique issu tout droit de la pratique du dessin de Léa Katharina Meier.
Fabien Imhof
La programmation et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site du TU – Théâtre de l’Usine.
Photo : ©TU – Théâtre de l’Usine
