“Getting old Stinks” – Vieillir c’est pourri

Lorsque Max, le père du réalisateur Peter Entell, a une septantaine d’années, il envoie à son fils une lettre lui vantant le fait d’être vieux. Il conseille à Peter de tourner un documentaire, intitulé “It’s fun to be old” – C’est amusant d’être vieux. 30 ans plus tard, Peter Entell nous livre le documentaire :  Getting Old Stinks.

Ne vous méprenez pas, Peter Entell ne part pas dans le mélo ou le larmoyant. Peter parle en voix off à sa mère, décédée. Peter filme les événements familiaux, leurs répétitions, le temps qui passe. Il a un regard juste, sobre, doux et aimant sur ce père, cette vieillesse et le déclin qui l’accompagne.

Vous aimerez car Peter cadre souvent sur le visage de son père, en plan fixe, et nous observons les réactions de Max à ce qu’il se passe autour de lui, hors champ. Comme lorsque Max déclare aimer tout le monde. La caméra capture son image puis celle de ses filles qui tentent d’expliquer cette déclaration, de lui trouver un sens et, le regard se pose à nouveau sur le père. Entell filme et nous laisse le temps d’observer, de digérer les émotions que ses images nous procurent.

Vous aurez l’impression, en tant que spectateur.ice, d’être le fils qui regarde son père, qui observe les interactions avec sa fratrie, de faire partie de l’intimité de cette famille, notamment lors de ce plan séquence, que j’ai trouvé superbe, où Peter accompagne son père de sa chambre à l’extérieur de la résidence. Lors de la balade thématique qui a suivi la projection à Visions du Réel, le réalisateur nous parle de cette scène. Elle dure 2 minutes. Il dit avoir longtemps hésité au montage sur la longueur à donner à la scène. Mais voilà qu’il prend le temps d’être avec son père et il nous emmène avec eux, au rythme de Max.

Et c’est bien pour ça que le documentaire a fait écho en moi, qu’il m’a émue, m’a fait pleurer dans la salle de projection et même bien après. Son film m’a habitée et m’habitera encore un certain temps à chaque fois que je poserai le regard sur ceux que j’aime et qui vieillissent. Car, devenir vieux c’est pourri et, en même temps, en s’adressant à sa mère, Peter Entell nous rappelle aussi que devenir vieux n’est pas garanti.

Magali Wicht

Référence: Getting old Stinks, de Peter Entell, Suisse, 2022, 85 minutes.

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