L’art subtil du dialogue
Gare Cornavin, voie 4, on embarque pour un voyage ferroviaire d’un peu plus d’une heure trente, avec un “wahooooo” à mi-parcours : découverte du Léman encadré par les fenêtres du train, le soleil qui joue avec la surface de l’eau. Prochain arrêt : Fribourg. J’ai le plaisir, pour la première fois, à La Pépinière, de vous emmener dans un lieu qui m’est cher, un prolongement d’un-chez-soi, pour vous dévoiler la Saison 26-27 des théâtres Equilibre et Nuithonie.
Cet été, la nouvelle co-direction, mêlant les identités complémentaires d’Emmanuel Colliard et Julien Schmutz, dévoile sa toute première saison pour Equilibre, grand plateau dédié à l’accueil de spectacle d’envergure, et Nuithonie, un centre scénique de création et d’accueils. Deux théâtres. Trois salles Des studios de répétition. Un atelier technique. Un espace d’exposition. Et plus de 70 spectacles alliant créations, théâtre, danse musique, nouveau cirque, opéra, spectacles jeunes publics et magie. Un projet artistique qu’ils souhaitent accessible et exigeant, attentif aux évolutions de la création contemporaine comme à la diversité des publics, où la force et la singularité des deux théâtres sont un juste équilibre entre l’accueil de grandes figures de la scène internationales et un soutien à la création, aux artistes et compagnies, notamment fribourgeoises.
Dialoguer est certainement le mot clef de la Saison. Que ce soit au niveau de l’organisation interne en proposant une étroite collaboration avec la direction administrative assurée par Laurent Bourgknecht et Natacha Bernasconi. Et aussi, et surtout, faire dialoguer les disciplines, les générations, les regards et les sensibilités, pour faire du théâtre un lien avant tout de rencontres, notamment entre artistes émergent-es et confirmé-es, entre les territoires et les publics, entre des histoires intimes et des préoccupations sociales. Dialoguer. Se répondre. Se ressembler. Se déplacer. Se heurter, parfois. Et s’écouter, toujours.
On feuillette le joli programme. Sur la couverture, eau au camaïeu de vert. Structure aqueuse. Matière qui se mélange. Se mêle en volutes élégantes. On découvre des spectacles récompensés aux Molières et déjà salués par la critique : Le Procès d’une vie, consacré au procès de Bobigny et à la vie de Gisèle Halimi. Ou encore, Du Charbon dans les veines de Jean-Philippe Daguerre.
On retrouve des classiques Le Bourgeois Gentilhomme, Dom Juan par Robert Sandoz, avec la curiosité de découvrir quelle est la singularité encore inconnue que les mises en scène a su faire éclore. Antigone, la figure de Sophocle, est également à l’honneur avec Les Messagères. Les neuf comédiennes de l’Afghans Girls Theater Group, forcées à l’exil, défendent au plateau la liberté et la justice.
On s’émerveille de la pluralité des créations, des médias et des disciplines. La danse est à l’honneur, avec notamment Du bout des lèvres de Benjamin Millepied, pièce dans laquelle il puise dans un souvenir intime, et en même temps partagé – les chansons de Barbara – un élan et un point de départ à la chorégraphie. Edouard Hue, dans un diptyque, Avant la nuit et L’oiseau de feu, explore les différentes facettes de la parentalité. Le mythique groupe des Young Gods est également à l’affiche à l’occasion de recréation en mouvement de l’œuvre révolutionner de Terry Riley, In C, dans une chorégraphie de Sasha Waltz.
On trouve également de la musique, du cirque, avec notamment Strano ou encore de la magie nouvelle, avec le poétique et spectaculaire Etienne Saglio dans Les Limbes : l’inanimé prend vie et nous laisse médusés, hantés.
On tourne quelques pages encore, et on s’émeut de voir apparaître, dans le programme, un nom, un titre ou des univers découverts dans d’autres salles, et qu’on a tant aimé : Carte Blanche à ma mère de Valeria Bertolotto, ou encore Double nationalité de Joël Maillart. Teatro la Fuffa, après Rouille et pailles revient également avec une nouvelle création After Love, un détournement plein d’inventivité et de malice du chef d’oeuvre Shakespearien : Roméo et Juliette. Et du côté du jeune public on a hâte de voir ou revoir : Graine de Génie de Mali Van Valenberg, Au diapason, la comédie musicale de La Meute, ou encore la variation pour fil élastique explorant la relation des grands-parents et des petit-es enfants du Théâtre L’Articule.
On est impatient-es de découvrir ce qui est en création et dévoilé pour la première fois. On imagine les porteureuses de projet et leur équipe en ébullition, pour faire dialoguer texte, scénographie, costume, lumières. Entre angoisse et joie à l’approche de la première, et de la rencontre avec le dernier élément mais néanmoins nécessaire du théâtre : le public. Cette année nous aurons rendez-vous, entre autres, avec Le Magnifique Théâtre dans un spectacle ludique et incisif : Pour qui tu te prends ? Qui invite à penser autrement le monde politique, en confiant la parole aux enfants. Également avec le théâtre de l’Écrou et Le temps et la chambre, ou encore une comédie grinçante sur l’addiction numérique avec Scroll de la Cie de l’Efrangeté.
Avant de quitter Fribourg, Nuithonie et Equilibre, un petit saut encore au Brut Café, foyer de ce dernier, lieu de tous les délices, des confidences entre amis, des pages lues dans le calme des après-midis, et pourquoi pas profiter encore un instant de la vue magnifique tout en haut de ce bâtiment devenu emblématique du paysage fribourgeois ?
On se retrouve le week-end prochain pour Week-end prolongé. Pour la première fois depuis son existence, il aura lieu à Nuithonie. Ce festival des artistes émergent-e-x-s des arts de la scène, danser théâtre cirque et performance offre aux artistes fraîchement diplômé-e-x-s un tremplin pour s’inscrire dans le paysage culturel fribourgeois, au travers notamment d’un accompagnement, d’un espace d’expérimentation, de diffusion et de rencontre.
Et désormais vous comprenez sûrement, pourquoi ici, à Fribourg, ça sera toujours un peu chez moi !
Charlotte Curchod
Infos pratiques :
La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site d’Equilibre -Nuithonie.
Photos : ©Paul Blenkhorn
