Les réverbères : arts vivants

Sixième Art entre en scène

Ouvrir une école de théâtre, c’est une idée merveilleusement imprudente qu’a eue Vincent Jacquet son créateur. Car enfin, que va-t-on y enseigner ? À parler ? Les élèves savent généralement déjà le faire. À se taire ? Voilà qui demandera davantage de travail. À entrer en scène ? Sans doute. Mais encore faudra-t-il leur apprendre à en sortir au bon moment – ce qui, au théâtre comme dans la vie, est un art assez rare.

C’est pourtant cette délicieuse entreprise que vient de tenter Vincent Jacquet, en ouvrant à Genève l’École de Théâtre Sixième Art (EDTSA). Une toute nouvelle école consacrée au théâtre pour professionnels et amateurs. Et il faut s’en réjouir.

Une école de théâtre : on y apprend d’abord à regarder. Puis à écouter. On y découvre qu’une réplique ne commence pas lorsqu’on ouvre la bouche, mais lorsque l’autre commence à parler. On apprend à marcher sans avoir l’air de penser à ses pieds, à respirer sans que le public s’en aperçoive, à rester immobile sans disparaître et à faire rire sans annoncer que l’on va être drôle. Bref, on y apprend des choses parfaitement inutiles partout ailleurs et absolument indispensables sur une scène.

On y travaille les textes, le corps, la voix, le mouvement, l’interprétation. On y rencontre des auteurs morts depuis trois cents ans qui, avec l’insolence des grands, continueront de parler de nous comme s’ils nous avaient rencontrés hier. On y rencontre des auteurs de son temps qui avec pétillance leur tendront la main. Et puis, surtout, on y cherchera cette chose mystérieuse qu’aucun professeur ne peut véritablement donner à son élève : la présence.

Il peut l’aider à la trouver. C’est déjà immense. Car enseigner le théâtre est un drôle de métier. Il faut transmettre ce que l’on sait tout en espérant secrètement que l’élève finira par inventer ce que l’on ignore.

Il faut des lieux pour apprendre. Il faut des plateaux où l’on puisse se tromper magnifiquement.

Il faut des professeurs exigeants – et ils sont là. Des élèves impatients – ils seront là. Des textes cornés, des répétitions qui n’en finissent plus, des « encore une fois ! », des entrées ratées, des sorties trop rapides, quelques colères, beaucoup de rires et cette merveilleuse obstination qui consiste à recommencer cinquante fois ce qui, le soir de la représentation, devra donner l’impression d’arriver pour la toute première fois. C’est cela, aussi, le théâtre : énormément de travail pour parvenir à faire croire que tout est simple. Et cela s’enseigne.

Alors souhaitons longue vie à l’EDTSA. Souhaitons-lui des vocations, des découvertes, des amitiés de plateau et quelques beaux désaccords – car les gens de théâtre qui sont toujours d’accord finissent généralement par faire des spectacles qui le sont aussi. Souhaitons surtout qu’un soir, derrière un rideau, un jeune élève attende son entrée avec le cœur battant et cette question terrible : « Pourquoi ai-je voulu faire du théâtre ? » Puis qu’il entre. Et qu’en entendant le silence de la salle, il se souvienne soudain pourquoi.

Une école vient de naître à Genève. Les trois coups peuvent être frappés. Sixième Art entre en scène.

Jacques Sallin

Photo : ©Cie Sixième Art

Jacques Sallin

Formé à l'université de la ferme et à l'atelier du Victoria Hall, c'est avec cette double culture qu’il s'approprie le monde. Il tenté de conjuguer les choses en signant des textes et des mises en scènes. La main, le geste, la phrase, le mot, c'est pour lui toute l'intelligence de la scène.

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