Sur le chemin de l’épanouissement et de la liberté

« Homo fit, non nascitur. C’est Érasme qui le dit ! On ne naît pas achevé, complet, on le devient… à coups d’expériences, d’exercices, de rencontres, d’imprévus, d’errances, de faux pas. J’ai plutôt l’impression que je dois me défaire, déposer, quitter, abandonner. » (p. 11)

Après avoir rédigé plusieurs livres philosophiques et récemment tourné, avec son ami Bernard Campan, un film intitulé Presque (2021), Alexandre Jollien nous offre aujourd’hui un nouvel ouvrage, dans la continuité de ce parcours : Cahiers d’insouciance, publié en janvier 2022 aux éditions Gallimard. Le philosophe romand nous emmène sur le sentier de l’ataraxie et nous invite à le suivre dans sa quête d’émancipation. Disciple de Nietzche, Jollien s’efforce de guider tout·e lecteur·rice potentiel·le qui, comme lui, voudrait mener une vie plus légère, dénuée des doutes et des tracas qui peuvent peser quotidiennement sur l’existence.

L’objectif lui tient à cœur, car c’est en effet dès sa venue au monde, qu’Alexandre Jollien a été confronté aux difficultés de l’existence. Étranglé par le cordon ombilical au moment de naître, il souffre aujourd’hui d’une infirmité motrice cérébrale qui lui a par le passé valu des moments sombres, des années passées en rééducation et en institut. Cependant, ce handicap n’a jamais détourné Jollien de son aspiration : croquer la vie à pleines dents, la savourer grâce à la sagesse et transmettre cet idéal à son prochain. Dans Cahiers d’insouciance, il nous prend par la main et nous appelle à cheminer avec lui sur le sentier de l’introspection. À ses côtés, nous errons dans les méandres de sa conscience la plus profonde, avançant au gré de proverbes philosophiques issus de ses lectures personnelles et délivrés en guise de réponse aux interrogations et aux inquiétudes soulevées dans chaque chapitre.

« Dix-sept ans coincé à l’institut ! Dans le Crépuscule des idoles, Nietzsche assène son fameux “Ce qui ne me tue pas me rend plus fort”. Je crains que ce qui ne tue pas rende, dans certaines circonstances, plus docile, plus servile, plus torturé. Plus méfiant, plus rusé peut être ? Ce n’est pas la souffrance qui grandit mais ce qu’on en fait, éventuellement, grâce aux autres. » (p. 48)

Les chapitres sont ainsi disposés comme des « haltes », sur ce trajet spirituel à destination de la plénitude et du lâcher-prise. En les parcourant, le·a lecteur·rice découvrira s’il partage (ou non) avec l’auteur les mêmes questionnements existentiels que ce dernier aborde et confesse. Jollien évoque en effet des thèmes très personnels et délicats tels que la peur de l’inconnu, la souffrance, l’insécurité, le regard et le jugement d’autrui, mais aussi l’angoisse et ses répercussions sur la vie quotidienne. On est donc témoin d’un Alexandre Jollien qui se met à nu face à nous et face à lui-même, à travers une parole franche mais non dénuée d’humour. Un discours qui saura toucher le cœur de toute personne ouverte au voyage qu’il propose.

Beatrice Laini

Références : Alexandre Jollien, Cahiers d’insouciance, Éditions Gallimard, 2022, 218 p.

Photo : © Béatrice Laini

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