The Singing Club : la musique adoucit les mœurs.

Nord de l’Angleterre, Automne 2010. Les soldats de la base militaire de Flitcroft sont envoyés en Afghanistan. En leur absence, leurs épouses montent une chorale qu’elles emmèneront à la prestigieuse cérémonie de commémoration des soldats disparus. Avec The Singing Club, Peter Cattaneo nous emmène au pas de charge dans une savoureuse comédie plus dramatique que musicale.

La scène d’ouverture du film suit Kate (Kristin Scott Thomas) au volant de sa voiture sur un chemin de campagne. Le temps est maussade. La radio annonce le départ imminent des troupes britanniques. Kate est soucieuse. Elle a raison : quelques heures plus tard son mari, le colonel Richard Barclay (Greg Wise) et le reste de la troupe sont sur le départ. Lisa (Sharon Horgan), en qualité d’épouse de l’adjudant chef, a le devoir de divertir et de soutenir les compagnes de militaires durant leur absence. Sous sa discrète houlette, les femmes se retrouveront pour le « morning coffee » ou plus volontiers, le soir venu, autour de quelques pintes. Oui mais voilà que ce n’est pas du goût de la très sérieuse Kate, pour qui le style militaire relève de l’art de vivre. Jugeant ces réunions désorganisées et sans intérêt, elle décide d’imposer un style radical et s’engage dans une quête non sans difficulté : trouver une activité ayant du sens. Bienvenue dans le règne sans concessions de Kate ! Mais tout ne sera pas si simple pour elle. L’idée d’un club de tricot ayant échoué (les aiguilles et les ouvrages ayant tout bonnement fini au milieu d’un champ de bouteilles après une soirée arrosée) il faut envisager autre chose. Après avoir évoqué le club de lecture, les bonnes œuvres et l’atelier boulangerie, c’est finalement la chorale qui est adoptée. Préparez vos bouchons d’oreilles, les premières répétitions promettent une joyeuse cacophonie.

Un film moins musical qu’il n’y paraît

Une chorale d’amatrices maladroites ? A première vue, on serait tenté de tracer une filiation avec la comédie musicale américaine Sister Act (1992), à première vue uniquement. On sentira surtout une parenté infiniment plus proche avec The Full Monthy (1997). Et pour cause ! Peter Cattaneo était déjà le réalisateur de cette comédie dramatique qui restera, dans les annales du cinéma britannique, comme une œuvre majeure, sociale, tendre et drôle à la fois. Souvenez-vous de ces ouvriers au chômage qui trompaient leur ennui en faisant du striptease. Dans The Singing Club, la classe sociale change mais l’idée est proche. L’aspect musical sera certes très présent durant les nombreuses répétitions mais le chant servira surtout de prétexte à ces dames pour se réunir et ne pas penser à la guerre. Des reprises de standards commerciaux des années 80-90 comme l’entêtant « Time after time » de Cyndi Lauper accompagneront le film, donnant de l’urticaire à certains et le sourire à d’autres. Ils joueront en tout cas parfaitement leur rôle de médiateur pour lutter contre l’anxiété ambiante.

Un duo explosif emmené par une sublime Kristin Scott Thomas

Disons-le franchement, le film tient surtout à la relation intense qu’entretiennent Kate et Lisa. L’interprétation de Scott Thomas est à la hauteur des grandes attentes qu’on a envers cette immense comédienne. Dans The Singing Club, elle est impeccable en femme tantôt affable, tantôt acariâtre qui régente tout et s’impose avec juste ce qu’il faut de tact pour que cela reste décent. Le colonel au fond c’est elle et ce qu’en pense les autres lui importe bien peu. Son personnage très comique est surtout passablement complexe, car la reine de glace sait aussi se montrer d’une grande empathie. Et si son acharnement à tout contrôler était à mettre sur le compte d’un traumatisme passé ?

Le rôle de Lisa, excellemment incarnée par Sharon Horgan, est plus subtil car en comparaison de l’explosive Kate, son caractère est nettement plus nuancé. Elle ne cherche pas à s’imposer, du moins jusqu’à ce qu’elle ne soit poussée à bout par Kate. Si son tempérament doux fait l’unanimité au sein de la chorale, elle n’entend pas laisser sa rivale tenir le crachoir pour autant et lorsque Lisa sortira enfin de sa réserve, Kate n’aura qu’à bien se tenir ! Entraînées l’une par l’autre dans cette bataille à l’autorité par moment quasi infantile, elles évolueront dans un but commun et leur association s’avèrera, en fin de compte, payante.

Et la guerre dans tout ça ?

Quiconque s’attend à une œuvre contestataire se met le doigt dans l’œil, le film n’est pas politique pour un sou. L’absence manifeste de prise de position du réalisateur face à la guerre qui se joue en Afghanistan à ce moment là est d’ailleurs surprenante. Si le film est rythmé par les appels satellite des militaires à leurs épouses, aucune d’entre elles ne remet la guerre en question, jamais. La guerre, c’est un peu comme celui dont on ne prononce pas le nom dans la saga Harry Potter, un tabou qu’on craint trop pour l’évoquer. Certains spectateurs regretteront cette absence de prise position, d’autres y verront peut-être au contraire un exercice habile de la part du réalisateur. Sans jamais la nommer, sans images du front, en filmant uniquement les femmes dans leur intérieur, vidé de la présence de leur conjoint, c’est peut-être là que se joue la subtilité et l’engagement de ce film, qui ne s’encombre pas de discours moral. En la taisant, il marque peut-être davantage l’absurdité de la guerre, comme si la situation de ces femmes était déjà un plaidoyer en soi.

Aucun twist ne vient véritablement dynamiser le film, ce qui rend la seconde partie un peu longue. The Singing Club ne sera certainement pas du goût de tous en ce qu’il présente un modèle on ne peut plus traditionnel des genres : les femmes étant avant tout considérées dans leur statut d’épouses. Le film n’en reste pas moins une excellente comédie dramatique, débordant d’humour anglais et tenant le spectateur en permanence entre rires et larmes. Ceux qui affectionnent l’ambivalence toute britannique qui règne entre flegme et exaspération adoreront voir Scott Thomas malmener sa rivale et celle-ci lui tenir tête dans ce duel qui s’avèrera très tendre au final. Un feel-good movie par excellence.

 Valentine Matter

Référence :

 The Singing Club, Peter Cattaneo, 102 minutes (sortie en salles le 21 octobre 2020)

Photo : https://cineuropa.org/fr/newsdetail/377913/

Valentine Matter

Cinéphile éprise du genre documentaire, Valentine n’en apprécie pas moins la fiction et ne résiste certainement pas aux comédies grinçantes. Sa formation de psychologue entre plus volontiers en résonance avec les personnages lorsqu’ils sont complexes et évolutifs.

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