Théâtraliser les contes pour clore la saison

Pour terminer sa saison, le Galpon accueille la compagnie Bleu Café et ses Contes de Canterbury. L’occasion de proposer un spectacle total en forme d’ode au théâtre, avec une joyeuse troupe pleine de bonne humeur et d’astuce. On ne pouvait rêver mieux comme fin !

Tout commence dans une auberge, sur la route de la cathédrale de Canterbury, haut lieu de pèlerinage, en pleine période médiévale. Le public est invité à y entrer, accueilli par la tenancière (Mathilde Soutter) et sa gouaille inimitable. À cet endroit se côtoient le cuisinier toujours ivre (Lorin Kopp), un moine discret (Aaricia Schwenter), une dame âgée amoureuse des oiseaux (Claire Wenger), un marin marqué par la vie (Steven Matthews), un chevalier au grand cœur (Marie Brugière) et une femme affirmée qui vient de quitter son quatrième mari (Céline Ricca). À la tombée de la nuit, la tenancière propose un concours d’histoires, en forme de joute verbale. Tout le monde est partant et débute alors une longue nuit durant laquelle les anecdotes et légendes toutes plus incongrues les unes que les autres se succèdent…

Des histoires qui en disent long

Chaque personnage qui prend la parole entretient un lien fort avec son histoire, que ce soit dans les thématiques qu’elle aborde, les valeurs qu’elle défend ou les travers qu’elle dénonce… Ainsi, le chevalier commence avec le mythe de deux cousins en Grèce antique, tombés amoureux de la même princesse et qui deviendront alors rivaux. À l’opposé, Frère Hubert, le moine, nous raconte l’histoire d’un huissier piégé par le diable, tandis que le marin évoque l’histoire de trois frères qui se sont battus pour un trésor, avant que la mort ne les emporte… Toutes et tous ont ainsi des expériences de vie bien différentes, qu’iels partagent avec les autres, entraînant des leçons sur la nature humaine et ses relations. Toutes les tentations y sont évoquées : richesse, pouvoir, amour interdit… Petit à petit, ces êtres qu’on croyait si différents – et quelque peu stéréotypés – se dévoilent et tissent des liens inattendus. Leurs histoires se font écho et présentent finalement une vision d’ensemble assez crue, mais toujours pleine d’humour, de ce que peut être l’être humain. Comme si le destin les avait réunis à cet endroit, elles et eux qui voyagent seul·e·s dans la même direction.

Ode au théâtre et aux arts de la scène

Au fur et à mesure que l’un ou l’une raconte son histoire, les personnages disparaissent de la scène pour laisser place aux comédien·ne·s, qui participent au récit pour lui donner vie. Ainsi, à chaque conte abordé, c’est une autre technique qui est proposée. On retrouve ainsi pêle-mêle de la marionnette, du théâtre d’ombres, des costumes d’animaux. Mais ce n’est pas tout ! Si les techniques théâtrales sont à l’honneur, les genres ne sont pas en reste, puisqu’on passe de la tragédie à la comédie en un claquement de doigts. Sans oublier l’univers musical présent tout au long du spectacle, avec des airs médiévaux ou d’autres, plus modernes, joués sur d’anciens instruments. La musique, comme les histoires, rassemble, et ce n’est pas anodin si tout se termine sur un chant choral initié par le marin…

Pendant 1h40, on assiste ainsi à un échantillon presque exhaustif de ce que peuvent être les arts de la scène. Et l’on retient un mot essentiel : le jeu. On parle de « jouer » un rôle, « jouer » sur scène. Le terme prend ici tout son sens, tant on a l’impression que les comédien·ne·s s’amusent et prennent du plaisir sur la scène, avec une rare complicité. Ce plaisir est d’ailleurs contagieux, et le public rit avec eux des caractères parfois loufoques de certains personnages et de leurs récits. Le tout donne une forme de légèreté à des propos bien plus profonds, que l’on aborde ainsi avec tout le recul nécessaire.

Les contes de Canterbury, dernier spectacle de la saison du Galpon, à voir absolument ! En espérant que le spectacle puisse ensuite tourner, car trois dates, c’est bien trop peu pour un tel travail.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Les contes de Canterbury, d’après Geoffrey Chaucer, du 24 au 26 juin 2022 au Théâtre du Galpon.

Mise en scène : Julie Meyer

Avec Marie Brugière, Lorin Kopp, Steven Matthews, Mathilde Soutter, Aaricia Schwenter, Claire Wenger et Céline Ricca¨

https://galpon.ch/saison/contes-de-canterbury/

Photos : © Elisa Murcia Artengo

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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