Une saison sous le signe du vertige
Sur la scène toute parée de rouge du Théâtre LE POCHE, Martine Corbat, chignon à la Amy Winehouse et robe fleurie rétro, présente sa deuxième saison dans le petit théâtre de la vieille ville, accompagnée par sa complice de toujours : la musique, grâce aux musiciens Pierre Omer et Julien Israelian.
Au cœur du projet artistique du Théâtre LE POCHE : la création. Véritable petite boîte à musique, à merveilles et à secrets, elle contient une envie de soutenir l’émergence et la transmission intergénérationnelle. Pour sa deuxième saison, Martine Corbat a choisi de mettre à l’honneur les amours – qu’elles soient vertigineuses, douces, amoureuses, ardentes ou secrètes. Cette nouvelle saison se veut une ode à l’intimité et au collectif, un éloge de nos histoires d’amour et de vie et une célébration des fils secrets, silencieux qui nous relient les un-es aux autres, au travers des espaces et des époques.

Il était une fois…
La saison débutera avec la géniale Eve Aouizerate, que nous avions tant aimé dans Départ de gâteau. Avec Vous avez les mêmes en 38 ? elle nous propose une écriture à six mains (avec Mathilde Lyon et Dylan Poletti), pour un seule-en-scène intime et piquant. Une comédienne monte sur scène, une dernière fois, pour annoncer qu’elle met fin à sa carrière : elle sera désormais une femme au foyer, un fantasme contemporain, celui de la tradwife. Un spectacle qui s’annonce aussi drôle que terrifiant, aussi intime que décalé, au travers duquel Eve explorera son rapport aux hommes, dans une satire mordante. Comment se sentir bien dans ses pompes, du 35 au 45, quand le monde autour de soi semble exploser dans tous les sens ? Rendez-vous en septembre.
Quelques mois plus tard, en avril, une autre icône du théâtre et de la musique, Yvette Théraulaz montera sur scène, pour célébrer vingt-cinq années de scène, et huitante ans sur cette terre. Dans Huitante, elle reviendra sur sa trajectoire – la vie d’une artiste, d’une femme, d’une mère, d’une citoyenne, d’une amoureuse – au plus juste, au plus vrai, en partant d’elle-même mais pour, aussi, parler du monde. Un hommage au théâtre vibrant, qui résonnera certainement et tout particulièrement entre les murs du POCHE où elle a joué plusieurs grands rôles de sa carrière, quand Martine Paschoud dirigeait le lieu et était une des premières femmes à la tête d’une institution théâtrale romande.
…des rendez-vous
Des histoires d’amour, ce sont aussi des rendez-vous. Et, de saison en saison, le Théâtre LE POCHE vous en propose deux. Un premier pour ouvrir la période des Fêtes avec le POCHE Cabaret, dont l’écriture a été confiée, cette saison, à Arthur Brügger, Douna Loup, Daniel Vuataz et Lou Ciszewski, qui signe également la mise en scène. Entre fiction et tradition liée au genre du cabaret, avec de la musique en live, les héritages seront explorés comme matière à invention. Un écriture collective joyeuse et inspirante qui est désormais publiée par les Éditions du passage dont vous pourrez découvrir, au Bestiaire Bar, les ouvrages. Sur les étagères Le chant de bruants rejoindra On s’inquiétera en janvier.
Autre rendez-vous incontournable : MARS PUGNACE. Une célébration autour d’une création théâtrale, Les roses fauves, sur laquelle nous reviendrons, et surtout des regards féminins, du jeu à la mise en scène en passant par l’écriture. Au programme : une médiation participative, des débats, des lectures, des formats innovants pour penser et créer, autour des féministes, des espaces de réflexion et de partage. La thématique choisie pour cette édition sera les désirs, ceux qui nous façonnent, ceux dont on hérite, ceux dont on souhaite se libérer.

…des rencontres
Le théâtre et les amours ont en commun d’être des lieux de rencontre. Ainsi, avec plusieurs projets, LE POCHE célèbre les liens, les fils qui nous relient les un-es aux autres. Tout d’abord avec Tatrïz de Valentine Sergo dont le titre fait référence aux broderies palestiniennes. Dans un texte personnel et politique, qui complète et clôt un triptyque intitulé Cyclone, l’autrice puise dans ses nombreux voyages en Palestine pour dire celles et ceux qui y vivent. Avec honnêteté et transparence, l’histoire d’amour et le geste de l’écriture de l’autrice accompagnée sur scène par Wissam Arbache, tireront et questionneront plusieurs fils, dont celui de la manière dont un contexte géopolitique peut modeler nos relations affectives et amoureuses, au présent et sur plusieurs générations.
En mai, nous retrouverons Territoires intimes. Un projet qui a fait battre fort le cœur du POCHE dans la Saison précédente. Un projet porté par Paola Pagani, Jonas, et onze interprètes issu-es de parcours migratoires qui partageront leur façon de voir la ville dans laquelle iels vivent, travaillent, rient et… aiment. Sept soirs, la vie aura rendez-vous, avec pudeur, justesse et authenticité, avec la scène pour dévoiler leurs territoires intimes.
Lieu de création, mais aussi de co-production, LE POCHE s’associe notamment au Théâtre Les Osses, autour de la pièce Soeurs, un texte du « sculpteur dramatique », pour reprendre les mots de Martine Corbat, Pascal Rambert, mis en scène par la directrice du centre dramatique fribourgeois, Anne Schwaller. Un texte comme une respiration, sans ponctuation, un flux traversé du souffle, où les mots sont des corps autant que les silences et les absences.

…et des cœurs qui palpitent
Autre co-production, réunissant trois territoires : la Guadeloupe, la Franche-Comté et la Suisse : La migration des cœurs. Anne Monfort propose un texte qui non seulement donne une voix à deux autrices-devenues-fantômes sur le plateau : Emily Brontë et Maryse Condé, mais mêle également leur écriture, leur langue et leur texte. La pièce porte le nom de l’œuvre de Maryse Condé qui a transposé le chef d’œuvre de l’écrivaine anglaise à l’espace caribéen. Cette adaptation sera portée par cinq comédien-nes.
Martine Corbat proposera également pour la première fois, depuis qu’elle est directrice du lieu, une mise en scène. Elle a choisi d’adapter le roman de Carole Martinez Les roses fauves. Dans une armoire, des cœurs palpitent de secrets, se déchirent et viennent fleurir le présent de désirs d’être soi. Une œuvre foisonnante et fleurissante qui réunira sur scène musique et vidéo en live.
Le POCHE, pour cette prochaine saison, offrira des voix aux invisibles traces, honorera nos héritages, célèbrera nos rituels puissants, et donnera des corps aux gardiennes des secrets.
Charlotte Curchod
La programmation complète et les détails de chaque spectacle, ainsi que les activités, sont à retrouver sur le site du HYPERLINK « https://lepoche.ch » Théâtre LE POCHE.
Photos : © Dorothée Thébert
