Utiliser l’humour comme Biafine sur le monde

Dedo, l’humoriste aux allures de métalleux révélé au Jamel Comedy Club, termine de roder son troisième spectacle, Biafine, et a choisi le Caustic Comedy Club pour peaufiner sa préparation. Avec son univers bien à lui, il a enchanté le public genevois.

La voix de Dedo résonne derrière le rideau pour nous annoncer la première partie : Nadim Kayne. Pur produit de la Cité de Calvin, ce dernier déboule sur la scène avec cette énergie folle qui le caractérise. Celui qui a travaillé pendant dix ans dans la finance se présente au public avec beaucoup d’autodérision, lui qui a tout plaqué pour devenir humoriste… trois mois avant le Covid ! Quel flair ! Avec son humour « de trentenaire », coincé entre deux générations auxquelles il ne se raccroche pas vraiment, il a profité des quelques minutes qui lui étaient accordées pour débiter ses vannes et chauffer le public, avant l’arrivée de celui qu’on attendait tous ce soir-là. En attendant, Nadim sera à voir tous les mois sur la scène du Caustic, en tant qu’artiste résident. Du peu qu’on en a vu, ça promet !

Le spectacle de Dedo, de quoi ça parle ? Pfff, on sait pas trop ! Par contre, on rigole beaucoup[1] ! Après le départ de Nadim, noir sur scène, musique de metal, Dedo arrive, immobile sur la scène, bras levé et signe des cornes avec ses doigts, sa marque de fabrique. Et, comme lors de ses précédents spectacles, il casse immédiatement cette image sombre avec un sourire enjoué et une improvisation autour… de l’extincteur présent à côté de la scène. Cette première blague donne le ton du spectacle : Dedo n’est pas un humoriste comme les autres. Il va là où personne ne l’attend – et où aucun humoriste, à ma connaissance, ne va. Et c’est ce qu’on aime chez lui. Il parvient toujours à surprendre son public, avec les sujets qu’il aborde, et avec des vannes jamais attendues (sauf peut-être autour de la différence d’âge d’un couple. Mais peut-on lui reprocher une vanne sur une heure et demie de spectacle ?).

Derrière son micro, Dedo aborde la thématique du Covid et son impact sur les artistes. D’entrée, il exprime ce qu’il aime faire : se livrer et créer une interaction, un dialogue avec son public, sans aucun filtre. C’est ce rapport au public qui lui a tant manqué, et il a été compliqué de créer du contenu en ligne pour ses fans, car ce qu’il aime, c’est la discussion. Bien sûr, dans ses spectacles, il cherche à faire rire – c’est son métier ! – mais Dedo ne veut pas que cela soit creux. Il veut créer la réflexion chez l’autre. Raison sans doute pour laquelle il prend des chemins inattendus, afin de changer notre point de vue. Et c’est ainsi qu’il nous parle, dans le désordre, d’apiculture, de fontanelle ou encore d’examen urétral… Ces thématiques ne sont que des exemples parmi d’autres, et on ne parle même pas de leur traitement. Car figurez-vous que oui, il y a un lien entre tous ces sujets farfelus, une sacrée réflexion même ! Mais pour en savoir plus et entendre ses blagues, pas d’autre choix que d’aller voir son spectacle…

J’avais découvert Dedo avec ses sketchs au Jamel Comedy Club et ses critiques de films « vu par un con ».  Ce qui m’avait frappé chez lui, c’était sa capacité à aller parfois très loin dans l’humour noir, sans vraiment de filtre en faisant la vanne de trop, sans qu’elle ne soit de trop. Je m’explique. Dans Biafine, Dedo s’insurge contre les « phobiques » extrêmes qui voient le mal partout et se sentent agressés à tout moment, par quelque remarque que soit, anecdote vraie dans le métro avec une personne en surpoids à l’appui. Invitant tout un chacun à réfléchir à ce genre de situation, Dedo choisit de pousser une blague ou deux à l’extrême, façon humour noir, en la saupoudrant de légèreté et d’un côté complètement décalé. S’il abusait de ce genre d’artifice, on pourrait considérer qu’il s’agit de la vanne de trop… hé non… Par ce biais, il nous rappelle qu’on peut rire de tout, et qu’il suffit parfois simplement de prendre un peu de recul sur notre situation et nos réactions pour accepter.

Et l’on comprend alors mieux le titre de son spectacle : dans un monde qui brûle, où tout le monde est trop souvent sur la défensive, l’humour agit comme de la Biafine et aide à adoucir les mœurs. Et franchement, qu’est-ce que ça fait du bien ! On a besoin de plus d’humoristes comme toi, Dedo ! Merci pour ce moment.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Biafine, de Dedo en rodage au Caustic Comedy Club les 5 et 6 novembre 2021.

Photo : https://lerocherdepalmer.fr/artistes/dedo/01.2022.php

[1] Les fans de l’humoriste auront compris la référence, pour les autres, on vous invite à aller voir cette série de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=i32XbElmi_Q

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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