Boris Vian au Loup : un progrès sans complainte

En guise de dessert après cette belle saison, le Théâtre du Loup reprend son cabaret hommage à Boris Vian. On n’est pas là pour se faire engueuler, plutôt pour passer une bonne soirée. Une promesse bel et bien tenue, à voir jusqu’au 4 juin.

Ce spectacle sonne comme un hommage au talent de Boris Vian, parti trop tôt en 1959 et qui a pourtant laissé un immense héritage musical. Pendant 1h50 (entracte compris), les excellent·e·s musicien·ne·s que sont Céline Frey (chant), Jocelyne Rudasigwa (contrebasse, balalaïka basse, ukulélé, basse et voix), Simon Aeschimann (voix, guitares et banjo), Sylvain Fournier (percussions, mandoline, ukulélé et voix) et Ernie Odoom (voix, saxophone) emmènent le public dans un voyage musical dans l’univers de Boris Vian. Les influences jazz, rock, voire électro résonnent dans le bar vintage aménagé sur la scène, où Philippe Raphoz, en barman, n’hésite pas à servir quelques cocktails et autres verres bien appréciés !

Un spectacle moderne et vintage

Sur la scène, donc, se dresse un bar vintage : murs orange auxquels sont accrochés des vinyles, couleurs criardes façon sixties… Un écran trône au fond de la salle, sur lequel sont projetées quelques images d’archives du chanteur. De sa complicité avec Henri Salvador à ses performances scéniques, en passant par des extraits d’interviews, nous voilà plongé·e·s rapidement dans l’ambiance. Les musicien·ne·s débarquent, leurs instruments à la main, habillés comme dans les plus grand clubs de jazz, et entonnent un premier morceau. Retour vers le passé.

Oui mais… ce spectacle n’est pas qu’un hommage ! Avec les nouveaux arrangements proposés par la troupe, les influences jazz et rock ressortent de plus belle. La seconde partie s’ouvre même avec la présence de punks à chiens, qui viennent relever toute la verve révolutionnaire et anti-système de Boris Vian, en dévoilant notamment la vraie fin du Déserteur… Car le chanteur a beau avoir écrit il y a plus de 70 ans, ses mots résonnent encore avec beaucoup d’actualité. Retour vers le futur ?

Des paroles fortes

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Boris Vian n’avait pas la langue dans sa poche. Et si certaines paroles font un peu tiquer aujourd’hui – comme La complainte du progrès et ses allusions quelque peu misogynes – cela en dit long sur l’impact qu’elles ont encore de nos jours… Ainsi, les textes de Boris Vian dénoncent des états de fait acquis aujourd’hui, mais qui n’en étaient qu’à leurs balbutiements lorsqu’il les a écrits : ainsi La complainte du progrès, qui s’en prend à la société de consommation. On évoquera le célèbre Fais-moi mal Johnny : sous son air humoristique, le morceau raconte l’amour sado-masochiste et a fait beaucoup jaser à l’époque. Que dire encore de J’suis snob, véritable hymne contre les nantis, ou Le Déserteur et ses élans pacifistes qui en deviendraient presque révolutionnaires… De guerre, il est encore question dans La java des bombes atomiques, où l’on notera la présence de Philippe Raphoz en savant un peu raté, qui vient nous présenter ses inventions dignes des meilleurs Tom & Jerry

Il y aurait encore tant à dire sur les chansons proposées dans ce spectacle. On signalera simplement que, malgré les propos forts, c’est avant tout le plaisir qui demeure : on rit aux éclats en entendant l’excellent Arthur où t’as mis le corps ? ou encore Je bois et son humour décalé qui cache une réalité bien plus sombre…

Si on devait résumer ce cabaret Boris Vian en quelques mots, on dirait simplement ceci : la mise en scène d’Eric Jeanmonod permet aux musicien·ne·s de prendre un plaisir fou, qu’iels transmettent au public qui a répondu présent ! Et de nous rappeler qu’on est venu pour passer un bon moment, devant un spectacle (presque) tout en légèreté, mais que surtout, On n’est pas là pour se faire engueuler !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

On n’est pas là pour se faire engueuler, Grand Cabaret Boris Vian, par la Cie du Loup, du 22 mai au 4 juin 2022 au Théâtre du Loup.

Mise en scène : Eric Jeanmonod

Avec Céline Frey, Jocelyne Rudasigwa, Simon Aeschimann, Sylvain Fournier, Ernie Odoom et Philippe Raphoz.

https://theatreduloup.ch/spectacle/on-n-est-pas-la-pour-se-faire-engueuler-2022/

Photos : © Elisa Larvego

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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