Les réverbères : arts vivants

CDD.14 : Explorer le passé

Au festival C’est déjà demain, deux spectacles nous proposent de revisiter le passé de différentes façons : à Saint-Jean, Candice Chauvin et Lisa Courvallet proposent une balade dans les souvenirs et histoires du quartier ; tandis que Jeanne Pâris / jano explore l’héritage familial à travers la musique et le mouvement. 

Patrimoine des histoires qui n’existent qu’à moitié
Cie Fauve / Candice Chauvin et Lisa Courvallet 

Le rendez-vous est fixé devant la maison Voltaire, au cœur du parc des Délices, ainsi renommée par l’auteur lui-même. Une fois les casques audio distribués, le public est prêt. Candice Chauvin et Lisa Courvallet nous rejoignent, en robes blanches d’époque, telles les lavandières dont elles nous parleront un peu plus tard. Après avoir narré l’histoire de cette maison et du parc qui l’entoure, les voilà qui nous embarquent dans un spectacle déambulatoire, au cœur du quartier de Saint-Jean. La balade est agrémentée d’anecdotes historiques, de souvenirs personnels et de quelques éléments fictionnels. Nous découvrons, entre autres, les marronniers du parc, la rue Cavour, l’espace alternatif la Reliure, le sentier de Sous-Terre renommé « la descente de la mort », qui nous permet de rejoindre le prieuré de Saint-Jean, au bord de l’Arve, où se terminera notre promenade. 

Au fil de notre déambulation, Candice et Lisa nous accompagnent pour nous faire découvrir le quartier, en traversant les époques. Pour symboliser cela, leurs tenues évoluent : elles troquent leurs robes et les coiffes qui les accompagnent pour des vestes fluo, rappelant leur adolescence et les boums à la maison de quartier. On apprécie particulièrement le mélange entre souvenirs personnels – les soirées à la Reliure, les discussions pour l’aménagement du couvrement des voies de chemin de fer, ou la « bande des patins à roulettes » – et les anecdotes historiques – saviez-vous qu’un zoo avait existé à Saint-Jean ? On en apprend ainsi plus sur ce joli quartier, admirant également la vue sur Genève depuis les hauteurs, de manière à la fois historique et personnelle. Les deux complices nous invitent même à danser, choré à l’appui, sur les sons de leur adolescence ! 

Le jeu des deux comédiennes s’avère très naturel, incarnant véritablement les guides qu’elles sont. Ce choix, éloigné d’un ton trop théâtral, sied parfaitement à l’ambiance : on se sent inclus-e, on revoit leurs souvenirs, on les vit presque. On rit, on écoute, on partage, on apprend. Candice Chauvin et Lisa Courvallet ont trouvé ici une bien jolie idée, qu’on adorerait voir se décliner à d’autres quartier. Fruit d’un travail d’enquête, de documentation, et de récolte de témoignages, ce Patrimoine des histoires qui n’existent qu’à moitié donne vie à ces dernières, et le terme de « spectacle vivant » prend alors tout son sens avec ce duo si complice. Sans oublier de nous parler de leur histoire personnelle, la manière dont elles se sont perdues de vue avant de se retrouver. Ce spectacle, c’est aussi une ode aux souvenirs, à l’amitié, et au fait de retrouver celles et ceux que la vie a éloigné-es. 

Fabien Imhof 

ni vous sans moi ni moi sans vous – Jeanne Pâris / jano 

Jeanne Pâris / jano nous propose un spectacle qui échappe à toute tentative de classification. Porté par la musique, iel nous embarque dans un voyage hybride, à la croisée de l’opéra, du karaoké et de l’imaginaire populaire, avec une touche de rodéo. Un mélange improbable. Et pourtant, ça prend. 

À travers cette performance, l’artiste explore ses héritages familiaux, amicaux, intimes et convoque les fantômes que l’on porte en soi, ceux qui nous façonnent autant qu’ils nous traversent. 

Hétéroclite et généreuse, la proposition dévoile une palette de talents poussés jusqu’à une forme d’absurdité maîtrisée. Chant lyrique, reprise de Mylène Farmer à la basse, chorégraphie déjantée digne du Club Med qui tire sur le tragicomique, ou encore chants traditionnels polonais : Jeanne Pâris brouille les pistes et construit, morceau après morceau, un autoportrait musical mouvant. 

Entre racines fantasmées (peut-être celles des mineurs évoqués dans Les Corons de Pierre Bachelet) et expérimentations vocales poussées à l’extrême, en prouvant que la qualité vocale est maîtrisée dans n’importe quelle position, iel questionne ce qui se transmet, ce qui reste, ce qui se transforme. Traversant l’espace de jeu du fond de la salle de l’Abri, depuis un cocon argenté jusqu’à une scène clairsemée d’objets divers, on suit l’artiste dans une déambulation entre passé et futur, entre différents moments de vie.  

On ne sait pas exactement ce que l’on a vu. Mais une chose est sûre : on a été emporté-e par l’énergie de Jeanne Pâris, le temps d’une immersion dans un univers singulier, libre et profondément incarné. 

Léa Crissaud 

Infos pratiques : 

Patrimoine des histoires qui n’existent qu’à moitié – Cie Fauve / Candice Chauvin et Lisa Courvallet 

Mercredi 22 avril, 17h / Vendredi 24 avril, 18h / Samedi 25 avril, 17h / durée 75 min au Parc des Délices, devant le Musée Voltaire (soutenu par les Scènes du Grütli).  

Concept, écriture et interprétation Candice Chauvin et Lisa Courvallet; Costumes Mathilde Fenoll ; Régie son Maxime Debray ; Coproduction Scènes du Grütli ; Soutiens Loterie Romande, Fondation philanthropique Sandoz, Fondation SIS, Fondation Michalski 

Photo : ©Sofi Nadler 

ni vous sans moi ni moi sans vous – Jeanne Pâris / jano 

Jeudi 23 avril, 18h / Jeudi 24 avril, 18h30 / Samedi 25 avril, 25h / durée 50 min à l’Abri Madeleine 

Création et performance Jeanne Pâris / jano ; Accompagnement dramaturgique Iris Laurent ; Scénographie Antoine Oberson ; Création lumière Selim Dir-Melaïzi Captation vidéo Ciel Sourdeau  

Photo : ©Séraphine Sallin Mason 

https://theatreduloup.ch/spectacle/cest-deja-demain-14/  

https://saintgervais.ch/spectacle/cdd-une-nuit-blanche/ 

https://grutli.ch/c-est-deja-demain-14/ 

https://labrigeneve.ch/programme/c-est-deja-demain-14  

Affiche : © Dual Room 

La Pépinière

« Il faut cultiver notre jardin », disait le Candide de Voltaire. La Pépinière fait sienne cette philosophie et la renverse. Soucieuse de biodiversité, elle défend un environnent riche, où nature et culture deviendraient synonymes. Des planches d’une scènes aux mots d’une page, des salles obscures aux salles de concert, nous vous emmenons à la découverte de la culture genevoise et régionale. Critiques, reportages, rencontres, la Pépinière fait péter les barrières. Avec un mot d’ordre : jardinez votre culture !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *