Cheryl Strayed : Wild

« Malgré tout ce qui me donnait l’impression d’être dans une impasse, j’avais un endroit où aller : c’était mon premier jour sur le Pacific Crest Trail. » (p. 67)

Aujourd’hui, éloignons-nous un petit peu de la Suisse et traversons l’Océan Atlantique pour rejoindre l’État du Minnesota. J’ai été fascinée par le livre de Cheryl Strayed, Wild, arrivé par hasard entre mes mains – appelons « hasard » ma collègue libraire et une vidéo YouTube présentant l’ouvrage… D’ailleurs, après avoir tourné la dernière page de ce roman palpitant, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver de nouvelles lectures et surtout à laisser partir cette femme incroyable. Sans doute par peur de ne pas trouver quelque chose qui me fasse voyager aussi loin, qui me touche et m’inspire autant.

Dans ce roman autobiographique, nous suivons Cheryl Strayed, partie sur un coup de tête randonner sur The Pacific Crest Trail (PTC, autrement dit, « Chemin des crêtes du Pacifique »). Entre son mariage, son passé de junky et le décès de sa mère, tout s’effondre dans sa vie. Aucune solution ne semble s’ouvrir à elle, si ce n’est celle de la fuite : partir marcher plus de trois mois sur ce chemin dont elle n’avait jamais entendu parler, alors qu’elle n’a aucun entraînement spécifique, tout ce qu’elle souhaite.

Marcher pour guérir)

Ainsi, sa randonnée se veut être une sorte de Chemin de Compostelle : partir, chercher des réponses à ses questions, pour pouvoir mieux agir en revenant. Au fil des pages, Cheryl Strayed nous parle de son enfance, de sa relation quasi-fusionnelle avec sa mère, décédée d’un cancer fulgurant, mais également le désastre de son mariage.

« C’était cet acte, la randonnée, qui m’avait convaincue que j’avais raison de me lancer dans cette aventure. Après tout, ce n’était que de la marche. “Je sais marcher !” avais-je riposté quand Paul s’était inquiété de mon peu d’expérience en la matière. Je marchais tout le temps. Je piétinais pendant des heures quand j’étais serveuse. Je me promenais à pied dans les villes où je vivais, dans celles que je visitais. Je marchais pour le plaisir ou quand je devais me rendre quelque part. Tout cela était vrai. Mais après quinze minutes sur le PTC, il est devenu évident que je n’avais encore jamais marché dans des montagnes désertiques, début juin, avec un sac qui représentait largement plus de la moitié de mon poids sanglé sur le dos. » (p. 84)

Ce roman autobiographique m’a particulièrement touchée à cause des thèmes qu’il soulève, mais également en raison de la force dont l’autrice fait montre : malgré les difficultés, elle se relève à chaque fois. Peu importe les problèmes, il y a toujours une solution, et parfois, il faut malgré tout s’éloigner pour réussir à la trouver. Partie presque sans connaître la difficulté du tracé, avec un matériel pas forcément adéquat, elle fonce, à son rythme. Elle lutte contre la fatigue, la douleur et surtout ses peurs, qu’elle nous raconte une par une.

« Je savais que si je laissais la peur m’envahir, mon voyage était voué à l’échec. La peur est en grande partie due aux histoires que l’on se raconte, alors j’ai décidé de me raconter autre chose que ce qu’on répète aux femmes. J’avais décidé que je ne courais aucun danger. J’étais forte. Courageuse. Rien ne pourrait me vaincre. M’en tenir à cette histoire était une forme d’auto- persuasion, mais la plupart du temps, ça fonctionnait. Chaque fois que j’entendais un bruit d’origine inconnue ou que je sentais quelque chose d’horrible prendre forme dans mon imagination, je le repoussais. Je ne me laissais tout simplement pas impressionner. La peur engendre la peur. La puissance engendre la puissance. Alors j’avais opté pour la puissance. Et il ne fallut pas longtemps pour que je cesse réellement d’avoir peur. » (p. 85)

Enfin, je terminerai sur le fait que ce livre, en plus de nous montrer que rien n’est impossible, nous permet de voyager – ce qui, certes, est une idée assez basique et élémentaire pour un livre, me direz-vous. Effectivement. Mais grâce à ce livre et à l’écriture sobre (comme un journal) de l’autrice, nous voyageons réellement avec elle dans ces montagnes ; nous marchons à côté d’elle sur ce chemin, en Californie, dans le Montana. Lorsqu’elle se retrouve perdue en haute montagne, dans cette neige qui l’empêche de retrouver les traces de son chemin, le froid s’immisce dans notre corps, gèle nos articulations et le stress monte en nous.

Je parie qu’après cette lecture, vous n’aurez qu’une envie : partir à l’aventure sac au dos et ventre à terre !

Cédrine Tille

Références : Cheryl Strayed, Wild, New-York, éditions Alfred A. Knopf, 2012.

Références pour la traduction française : Cheryl Strayed, Wild, Paris, éditions 10/18, septembre 2014, 504 p.

Photo : ©Cédrine Tille

Pour aller plus loin :
Film : Wild, 116 minutes, réalisé par Jean-Marc Vallée, États-Unis, 2014
Site internet de l’autrice : http://www.cherylstrayed.com

Photo : ©Cédrine Tille

Une réflexion sur “Cheryl Strayed : Wild

  • 4 février 2021 à 17h19
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    Très belle chronique. Nous partageons le même point de vue. J’avais beaucoup aimé ce roman extêmement touchant. Le courage de l’auteure m’avait, par ailleurs, fortement impressionnée.

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