Pièces rapportées : Pacha

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style !

La Pépinière vous propose un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas !

Aujourd’hui, Alyssa Weber vous propose un collage littéraire. Fait d’éléments hétéroclites (coupures de journaux, citations tronquées, phrases glanées ici et là), le collage littéraire crée un texte à partir du divers, de l’inattendu. Alyssa vous emmène… au pays des fleurs.

* * *

Pacha

Recette : Pour rédiger ce poème, allez chercher une citation sur les fleurs sur internet, lisez-en plusieurs et choisissez celle qui vous a tout de suite inspiré.e.
Si elle vous a fait penser à quelqu’un, il s’agit de la bonne citation.

« La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit, elle ne se soucie pas d’elle-même, ne demande pas si on la voit. »

Johannes Scheffler, dit Angelus Silesius,
Der Cherubinischer Wandersmann

   Novembre.

   Un vent froid caresse mon visage.
Des feuilles mortes s’envolent,
Virevoltant autour de moi.
Je marche en fixant mes pieds,
Qui venaient de tremper dans une flaque de boue.
Et moi je suis là. Devant ce portail. Debout.
Je hume l’air. Il est sec et froid. Il est vide.
Vide sans toi.
Je pousse la grille. Elle grince. Me résiste.
Je m’y glisse et les herbes hautes frôlent mes frêles mollets.
Ma jupe s’est accrochée au portail rouillé. Un accroc s’y est fait.
Tant pis.

   Je connais le chemin par cœur.
Une allée tout droit. Puis deux à droite.
J’y suis.
Les roses sentent bon.
Elles n’ont pas besoin de se soucier de la vie.
De ses problèmes.
Non. Elles sont ce qu’elles sont.
Il y a du mimosa aujourd’hui.
Il orne les roses fanées.
C’est joli.

   Quelques mauvaises herbes ont poussé.
Ça décore. Ne me demande pas pourquoi.
Je m’assieds sur le granit froid.
Entre des roses rouges
Et des roses blanches.
Elles ne sont plus sous leur meilleur jour.
Mais ça ne fait rien.
On ne le remarque pas.
Je recouvre mon nez de mes mains.
Il fait froid.

   L’épaisse pierre m’invite à me coucher.
Je me demande pourquoi.
Je dépose le bouquet de glaïeuls sur ma poitrine.
Et ferme les yeux.

Naissance.

   Je rouvre les yeux.
Ils sont humides.
Une larme chaude perle.

   Sur la pierre je lis :
1996-2008.
Et je me demande si on me voit.
Si on me voit fanée.
Fanée. Comme les roses.

   À Pacha.

Alyssa Weber

Ce texte est tiré de la volée 2019-2020, animée par Éléonore Devevey.

Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

Photo : ©Free-Photos

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