Comme un souffle commun

Comme un symbole, les initiales du spectacle A Dance Climax et du lieu qui le reçoit – Association pour la Danse Contemporaine – sont les mêmes. Un symbole, c’est aussi ce qu’est ce spectacle pour ces étudiants de la Manufacture, fraîchement diplômés.

A Dance Climax devait être l’apothéose de leur parcours, leur spectacle de fin d’études. La situation sanitaire en a décidé autrement, alors qu’iels commençaient à peine à travailler avec la chorégraphe Mathilde Monnier. Deux choix s’offrent alors : tout abandonner et vivre cette fin de parcours dans l’anonymat, ou présenter quand même le spectacle, dans les conditions qui sont possibles aujourd’hui. L’ADC et le Festival Antigel ont décidé de donner l’occasion à quelques professionnels et à la presse d’assister à ce moment fort en émotions et empli d’énergie.

Un spectacle en trois temps

A Dance Climax vise, entre autres, à comprendre comment habiter l’air. Cet élément en est ainsi le centre. Mais l’air, pour nous, terrien.ne.s, qu’est-ce donc ? C’est le carburant sans lequel nous ne pourrions pas vivre, le minimum essentiel pour habiter cette planète. Et le corps est si bien fait qu’il nous permet de l’appréhender sans même y penser. Ce phénomène, c’est la respiration. On pourrait ainsi voir A Dance Climax comme une métaphore de ce réflexe physiologique, qui se vit lui aussi en trois temps. Il y a d’abord dans ce spectacle un temps d’échauffement, où les organismes se mettent en rythme avec la musique qui monte lentement en puissance, comme une inspiration. Puis, le temps semble se suspendre, l’air est emmagasiné et reste un court instant en nous. Ce moment se dilate dans le spectacle, laissant à chacun le temps de le vivre comme il l’entend, dans sa bulle, comme un moment plus personnel. Arrive enfin l’expiration, le climax, cet instant où tout se relâche, comme l’apothéose de la chorégraphie, lorsque l’énergie est à son paroxysme.

L’individualité face au collectif

Je dois dire que le moment du temps suspendu m’a particulièrement marqué. Se déplaçant en groupe sur la scène, sans musique, les danseurs et les danseuses s’arrêtent par moments, juste après avoir inspiré une grande quantité d’air. On n’entend alors que cette aspiration de l’air, avant un silence complet. Petit à petit, l’un.e ou l’autre se met à danser, en solo. À la fin de chaque court solo, un.e autre danseur.se prend le relais. Durant le court instant de la transition, iel reprend alors, en simultané, le dernier mouvement du ou de la précédent.e. Envoûtant au possible, ce passage résume à mon avis tout ce spectacle, dans une tension entre individualité et collectif. Chacun.e fait alors ce qu’iel veut, selon ce qui se passe dans sa tête, mais a aussi besoin de l’énergie de l’autre pour entamer sa chorégraphie. C’est le début du partage. De la même façon que nous partageons l’air sans nous en rendre compte et en avons besoin en tant qu’individu, le danseur a besoin de l’énergie de la danseuse et vice-versa. Même dans une danse en solo, sans contact.

Car oui, ce second niveau de lecture entre en scène, malgré nous. On apprend depuis plusieurs mois à ne plus se toucher, et cette troupe a été frappée de plein fouet par ce phénomène, ayant failli vivre sa fin d’études dans l’anonymat. On ne peut dès lors s’empêcher de le voir dans ce spectacle, qui ne concerne plus uniquement le souffle, l’air, mais aussi le toucher. Et pourtant, iels parviennent à se transmette leur énergie, et même à la communiquer au maigre public. Plus qu’un symbole autour de l’air, c’est aussi un symbole de ce qu’iels sont : de jeunes danseur.se.s devenus professionnel.le.s et plein.e.s d’énergie, qu’iels ne demandent qu’à transmette au monde. Pourvu qu’iels gardent cette joie d’être sur scène et de transmettre, car c’est l’essence même de la danse, et de l’art en général. Un beau rappel que la culture est faite pour être partagée. Merci pour ce superbe moment, un climax de danse, mais aussi de vie.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

A Dance Climax, de Mathilde Monnier et La Manufacture, spectacle annulé du 11 au 14 février 2021, à l’Association pour la Danse Contemporaine, dans le cadre du Festival Antigel

Chorégraphie : Mathilde Monnier

avec les étudiant·es du Bachelor en Contemporary Dance, promotion D : Zacharie Bordier, Hortense de Boursetty, Colline Cabanis, Queenie Fernandes, Milo Gravat, Délia Krayenbuhl, Gabriel Obergfell, Ludovico Paladini, Fabio Zoppelli

Photos : © Aline Paley

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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