Covid, les mondes d’après : le podcast SF de la Tribune

L’après-Covid, vous y pensez ? La Tribune de Genève y pense, elle, d’une manière originale. Ce printemps, elle a lancé un appel à textes : imaginer « le monde de demain » à travers la science-fiction… Cinq textes de la région ont été proposés en podcasts audio. À découvrir !

Avec cette pandémie, on a l’impression que la fiction est devenue réalité : masques, confinements, passeports sanitaires, vaccins, transformations des interactions sociales… la liste est longue. Ça, c’est pour le présent – mais pour demain ? Trois journalistes de la Tribune de Genève (Frédéric Thomasset, Alice Randegger et Fabrice Gottraux) ont posé à leurs lectrices et lecteurs une question : le futur de la pandémie, ce sera comment ? Intitulé Covid, les mondes d’après, leur projet est transversal, tourné vers le multimédia et les sort radicalement de leur zone de confort. Il s’agit de monter un podcast audio 100% science-fiction, afin de proposer une lecture fictionnelle de ce qui pourrait nous attendre…

Pour l’occasion, les autrices et les auteurs avaient carte blanche : l’appel était ouvert à toutes et tous, quel que soit l’âge, quelle que soit la plume. Pas besoin d’avoir déjà publié pour participer ! Ce que Frédéric Thomasset, Alice Randegger et Fabrice Gottraux cherchaient, c’étaient des textes originaux, des textes d’utopie ou d’apocalypse, de rébellion ou d’acceptation, de poésie ou d’humour… des textes avec un seul but : captiver.

« De nombreux textes nous sont parvenus, tous saisissants, tous uniques. On les a lus avec plaisir, pour constater ceci : en se prenant au jeu de l’anticipation – univers littéraire hautement codifié – ces écrivains de tous bords, de toutes conditions, femmes, hommes, jeunes, vieux, habitués à écrire ou se lançant pour la première fois, tous et toutes partagent ce besoin impérieux d’écrire. Et tous et toutes parlent de leur vie[1] »

Cinq textes, cinq univers audio

Bien sûr, il a fallu fait une sélection : cinq textes ont été retenus. Ils sont signés Cédric Teixeira (« Le dernier signal »), Lia Leveillé (« 30 novembre 202X »), Lou Dubosson (« Sans titre »), Ling Perrelet (« Une conférence sur le baiser, ou revenir sur Terre ») et Magali Bossi (« Dernier beaux jours »)[2]. Ils ont été diffusés en audio et en écrit chaque samedi à partir du 20 mars 2021, sur le site de La Tribune de Genève et de 24 Heures, ainsi que dans l’édition papier et les diverses plateformes d’écoute. Pour la version podcast, ils ont été lus par des comédiennes et comédiens de Suisse romande, de tous horizons et de tout âge : Layla Hasan Shlonsky, David Valère, Camille Giacobino, Leo Mohr… et Charlie Houssay Bilbille, 13 ans, le plus jeune de l’équipe ! L’idée était de créer des synergies entre différents pôles de créativité locale… ou plus lointaine, car un des textes, celui de Cédric Teixeira, vient du Nord de la France. Ensuite, carte blanche a été laissée aux actrices et acteurs, dans l’interprétation des textes. « Nous n’avons dirigé personne », m’explique au téléphone Frédéric Thomasset. « Nous avons travaillé de manière collaborative, laissant la place aux voix avant de fournir aux lectures un habillage sonore propre à chaque histoire. »

Ce qui, évidemment, a créé au niveau sonore cinq univers différents.

C’est le texte de Cédric Teixeira, « Le dernier signal », qui lance la série avec un ton résolument dystopique : qu’arriverait-il si une intelligence artificielle, chargée d’analyser l’environnement pour prévenir de futures résurgences du virus, décidait de mettre en pause toute la population afin de la protéger ? En écoutant cette nouvelle, on pense à des romans de Philip K. Dick et d’Isaac Asimov. On frémit : et si ça arrivait ? La fin, à la fois surprenante (par le ton qui tranche avec le reste de la nouvelle) et attendue (par l’exploitation d’un renversement de situation qui tient à la fois du conte et de la SF… ne comptez pas sur moi pour vendre la mèche !), fait néanmoins naître un peu d’espoir. Layla Hasan Shlonsky donne voix à ce récit d’anticipation, faisant bien sentir l’urgence et l’inéluctabilité de la situation.

Le deuxième podcast, « 30 novembre 202X » de Lia Leveillé, s’ancre davantage dans notre présent : derrière le crépitement d’une radio, on entend une retransmission d’une conférence de presse du Conseil Fédéral, avec Alain Berset dans le rôle-titre. Puis, le monologue du narrateur commente l’augmentation des mesures, la communication politique à outrance, les groupes de flics et de para-flics qui quadrillent les rues afin d’attraper les individus ne rentrant pas dans le rang. Il y a de quoi paniquer… pourtant, la plume de Lia crée des personnages attachants, en lutte contre un système qui veut les asservir – en lutte de la plus belle des façons : à travers les mots, à travers le théâtre ! Ce texte, c’est aussi le cri du cœur d’une autrice qui connaît bien la scène culturelle genevoise, ses déboires et ses espoirs. Et la voix de David Valère lui donne juste le petit mordant qu’il faut.

Cap, ensuite, dans une salle de conférence sur Mars, dans le troisième podcast. Ling Perrelet nous propose une « Conférence sur le baiser, ou revenir sur Terre ». Rumeurs de conversation, claquements des talons, la conférencière prend la parole. Elle s’adresse aux Martiennes et Martiens afin de leur expliquer une étrange pratique en vogue il y a bien longtemps sur Terre : le baiser. Face à cette « répugnante coutume » qui transmettait miasmes et virus en favorisant le rapprochement des corps, le public martien s’offusque, dégoûté. Entre humour et parodie d’une certaine bien-pensance mainstream, les mots de Ling Perrelet nous mettent face à nos propres évolutions sociétales – grâce au ton caustique de Camille Giacobino.

Dans « Sans titre », Lou Dubosson transpose dans le futur une situation que nous avons toutes et tous vécue : le file d’attente devant les magasins. La tonalité, ici, est plus sombre – on se croirait quelque part pendant la guerre, en URSS, peut-être. Mais non, c’est bien du futur qu’il s’agit. Un futur où les militaires traquent sans pitié celles et ceux qui ont le malheur de tousser… En ce milieu de XXIe siècle, c’est la croix et la bannière pour obtenir un traitement à la Banque de Médicaments à Distribuer. La voix douce de Charlie Houssay Bilbille fait un contre-point bienvenu à la dureté du récit et nous pousse à nous interroger, comme le narrateur : est-ce que le monde d’avant a vraiment existé ?

Mon texte est le dernier de la série. Tout commence avec le grincement d’un rocking-chair. Dans « Derniers beaux jours », j’ai imaginé ce qu’on pourrait raconter, dans 50 ou 70 ans, aux générations à venir. Comment leur parler de ce premier quart du XXIe siècle ? De l’écosystème en péril, de la pollution, des erreurs de celles et ceux qui nous ont précédés… des nôtres, aussi ? Mais, plus encore, comment vivre dans un monde où le virus est devenu une normalité – depuis qu’un variant du Covid-39 a débarqué de Jupiter ? Dans ce podcast, il y a les grincements des grillons… et puis, la voix de Leo Mohr, qui donne corps à la narratrice, Mme Desarzens, et à son arrière-arrière-arrière-petite-fille. Sans oublier une clôture qui fleure bon la Romandie – mais ça, ce sera à vous de le découvrir.

Et la suite ?

Difficile de dire, à ce stade, si le projet multimédia Covid, les mondes d’après connaîtra une suite. L’entreprise, en tout cas, a rencontré un joli succès tout au long de sa diffusion. Ce qui est sûr, c’est que le format podcast permet une grande liberté de création, tant dans la manière de narrer que d’habiller cette narration. En tout cas, si vous n’avez pas encore découvert cette série 100% SF, foncez ! En ces temps plutôt confinés, l’imagination, elle, peut encore voyager.

Magali Bossi

Références : Covid, les mondes d’après, un podcast en cinq épisodes de Frédéric Thomasset, Alice Randegger et Fabrice Gottraux disponible sur le site de La Tribune de Genève.

Avec des textes de signés Cédric Teixeira, Lia Leveillé, Lou Dubosson, Ling Perrelet et Magali Bossi.

Avec les voix de Layla Hasan Shlonsky, David Valère, Camille Giacobino, Leo Mohr et Charlie Houssay Bilbille.

https://www.tdg.ch/podcast-covid-les-mondes-dapres-imagine-le-futur-de-la-pandemie-555487510055

Photo : © Angela_Yuriko_Smith

[1] Extrait de la présentation de Covid, les mondes d’après, à lire ici.

[2] Merci encore à La Tribune de Genève pour cette belle expérience !

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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