Création et transition au programme de l’ADC

Avant de déménager en février 2021 dans son nouveau Pavillon de la danse, l’ADC (Association pour la Danse Contemporaine) débute sa saison dans la salle située aux Eaux-Vives, qu’elle occupe provisoirement depuis 16 ans. Une année de transition qui mêlera créations et spectacles en tournée, « si tout va bien ».

« Si tout va bien ». Cette expression est revenue souvent dans la bouche de Cécile Simonet, attachée de presse et promotion, ainsi que médiatrice culturelle au sein de l’ADC, lors de notre entretien. Car oui, nous ne le savons que trop bien, cette nouvelle saison débute dans l’inconnu, pour les acteurs des arts vivants. Tous les spectacles pourront-ils avoir lieu ? Quelles seront les mesures à appliquer ? De nombreuses réponses dépendent de La Bâtie – Festival de Genève, durant lequel les trois premiers spectacles de la saison de l’ADC sont programmés. Comme un symbole, If only de Thomas Hauert est le premier spectacle programmé dans ce cadre et questionne le monde de l’après, sur un morceau de John Cage, à voir encore aujourd’hui. S’ensuivront, durant trois jours, les nouvelles créations de Cindy Van Acker et ses Shadowpieces V-VIII, des soli qui feront voir le son. Nous y reviendrons… Enfin, Christodoulos Panayiotou, en lien avec l’exposition Dance first. Think later, se questionnera sur la mort dans Dying on stage, à travers notamment Pasolini, Amy Winehouse ou Dalida…

Création et préoccupation autour de la Nature en forme d’adieu…

Jusqu’en février, c’est la salle des Eaux-Vives qui accueillera encore l’ADC, avec une saison qui débutera à proprement parler le 8 octobre. Louis Vanhaverbeke interrogera tout d’abord l’idée de « frontière », avec l’utilisation de barrières et autres boîtes dans sa chorégraphie Mikado Remix, un spectacle qui a déjà beaucoup tourné, en Belgique notamment. Changement de décor dès le 27 octobre, avec une création signée Marie-Caroline Hominal, qui reprendra les codes du cabaret pour les tordre et proposer au public l’envers du décor, en décrivant ce qui se passe durant les quelques heures qui précèdent le spectacle.

Place ensuite, durant presque deux semaines, à Emergentia, un festival mêlant créations et accueils, en collaboration avec L’Abri et le Théâtre de l’Usine. On y apercevra notamment Lara Barsacq et ses liens entre danse contemporaine et ballet traditionnel russe ; Daya Jones qui présentera sa première pièce aux influences hip-hop ; ou encore le duo Romane Peytavin / Pierre Piton, fraîchement diplômés de la Manufacture, pour une reprise de leur spectacle de fin d’études. L’occasion sera belle de donner leur chance à de jeunes artistes suisses et internationaux.

Place ensuite au trio français « La Tierce » et son spectacle D’après nature, premier volet d’une série mettant en avant des préoccupations liées à la Nature. Un spectacle apaisant sur un plateau presque vide, où chaque corps fera surgir un paysage. « Sobriété » et « paysage » feront également partie des maîtres-mots de Seven winters de Yasmine Hugonnet, qui passera par Genève après sa création à Vidy en septembre. Basé sur des jeux de symétrie, de miroirs ou encore de poids-contrepoids, le spectacle mettra en scène sept interprètes qui s’interrogeront sur comment « faire société » – une question plus que jamais d’actualité.

Fin janvier, la compagnie 7273, emmenée par Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, sortira de son style habituel pour proposer au public Ever, un spectacle aux influences diverses, où se seront confrontées et expérimentées diverses pratiques. Le tout avant que DD Dorvillier et Zeena Parkins ne reprennent Danza Permanente, un spectacle silencieux dans lequel chaque danseur représentera un instrument de musique, sensé reproduire, par le mouvement, l’Opus 132 en la mineur de Beethoven. Une expérience synesthésique, vous avez dit ?

Au programme d’Antigel, en février, Madeline Fournier se questionnera elle aussi sur la nature et les rapports entre les êtres dans Chaleur, articulé autour de la notion de vivre-ensemble. À la chaleur succédera l’air, sous toutes ses formes et dans tous les sens du terme, dans A Dance Climax de Mathilde Monnier, un spectacle répété l’an dernier à la Manufacture et qui n’avait pas encore pu être présenté. Cet événement devrait être ponctué, si tout va bien, par une soirée d’adieu à la salle des Eaux-Vives, organisée par les danseurs de la Manufacture.

…avant la transition vers le Pavillon de la danse

Il sera ensuite temps de déménager pour l’ADC, qui proposera pendant cette période un spectacle en collaboration avec le Grand Théâtre, Drumming, au BFM. Une pièce intense, créée en 1998, basée sur les percussions minimalistes de Reich.

infini : c’est le titre du premier spectacle présenté dans le nouveau bâtiment de la Place Sturm, du 24 au 27 mars 2021. Alors que tout est millimétré, compté, en termes de temps et d’espace, pour les danseurs, comment se comporteraient-ils si le décompte était infini ? Un spectacle qui met les chiffres au centre, avec des références pour voyager à travers l’espace et le temps…

Pour la suite, place à l’épisode 8 de « Vous êtes ici », pour lequel Jeremy Narby, Peter Mettler et Franz Teichler proposeront, en compagnie de la troupe du projet, une sorte de conférence hallucinante. Un spectacle sous forme de trip visuel et existentiel. Voilà qui promet, avant les Jeux chorégraphiques proposés par Rémy Héritier et Laurent Pichaud. Dans le cadre de « Viva », mené conjointement avec la nouvelle Comédie et Am Stram Gram, des danseurs du CFC  du Centre de formation professionnelle des Arts questionneront l’histoire de la danse, dans le cadre d’un projet d’école. Une silent party sera également au programme de ces quelques jours de jeux.

Voyage dans le lyrique ensuite, puisque la danse rencontrera le piano de Debussy, pour une première suisse signée Lisbeth Gruwez et Claire Chevallier. Après cet envol, place à une ambiance plus terre à terre et Audition, un spectacle du Ballet Junior chorégraphié par Olivier Dubois, qui illustrera l’ambiance haletante et impitoyable des auditions des troupes de danse.

Cycle de Samuel Pajand et Victor Roy se concentrera ensuite sur plusieurs formes de cycles : de la rotation d’un vinyle aux vibrations des cordes d’une guitare, en passant, pourquoi pas, par le cycle d’une machine à laver, le musicien et le scénographe partiront à la recherche du vivant. Coachés par Cosima Grand, ils proposeront, entre autres, d’automatiser les corps dansants.

Du 9 au 20 juin, pas de spectacle à proprement parler : dans le chantier, Marthe Krummenacher et ses 16 invités réinvestiront le Pavillon de la danse pour faire résonner et révéler les recoins de ce nouveau lieu qui ne demande qu’à devenir incontournable. La saison se clôturera ensuite avec des projets de fin d’études de La Manufacture sur lesquels nous ne savons, à l’heure actuelle, pas encore grand-chose.

À ce programme riche et d(a)ense s’ajouteront quelques événements : outre l’enregistrement des émissions de « Station debout » avec Michèle Pralong, l’ADC proposera trois marches exploratoires pour découvrir, de façon poétique et sensible, la transition entre la salle des Eaux-Vives et le nouveau Pavillon de la danse. Grâce à l’association Chantier Ouvert, ces trois marches seront toujours accompagnées d’un.e artiste différent.e.s, pour une découverte de l’architecture de la danse. Un événement dont on vous reparlera très certainement en cours de saison…

Création, Nature, reprises, influences diverses : la nouvelle saison de l’ADC, placée sous le signe de la transition, attisera sans aucun doute la curiosité d’un public qui s’annonce déjà nombreux, « si tout va bien » !

Fabien Imhof

Le programme complet et les détails sont à retrouver sur le site de l’ADC.

Photo : © Georges Cabrera

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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