Dans l’intimité d’une création
Une semaine avant la première de Chaos Ballad, à La Maison Saint-Gervais, nous rencontrons l’artiste anglo-algérien Samir Kennedy. Il nous emmène dans les espaces nocturnes de cette création à découvrir du 28 au 30 avril prochains.
Un artiste pluridisciplinaire
Samir Kennedy, vivant entre Londres et Marseille, est un artiste dont le travail mêle chorégraphie, performance, son et vidéo. Ses projets artistiques se retrouvent autant dans des salles prestigieuses que dans des cadres plus intimistes ou souterrains. On a pu voir ses performances sur des plateaux de théâtre mais aussi dans des galeries, des clubs ou encore des musées, notamment en 2024 avec un travail autour du chagrin et de la souffrance, Aching, au Musée d’Art et d’Histoire de Genève où il reviendra, ainsi que d’autres artistes, pour Une Nuit de la Performance, organisée en collaboration avec la Comédie de Genève.
Se tournant d’abord vers le théâtre musical, Samir découvre ensuite la danse contemporaine, qu’il étudie au Royaume-Uni. Plus récemment, il a obtenu un Master du Centre chorégraphique National de Montpellier, un programme qui met en avant la recherche et la création chorégraphique. C’est d’ailleurs durant ce cursus que Chaos Ballad est né, accidentellement, éloigné de toute économie de production et de questionnements autour du marché, comme il nous le confie. Sa seule contrainte était qu’il devait présenter une étape de recherche. À cette période, ne sachant pas quoi faire avec son corps, un peu perdu dans ses pratiques physiques, il a décidé de proposer un concert. Il a chanté. Il a fait de la musique. Mais il ne dansait pas. Et peu à peu, un personnage a émergé : le clown.
Couleur nocturne
Samir travaille toujours avec la mélancolie, la tristesse et aborde, de manière engagée et critique, des questions touchant, notamment, à la classe, l’altérité, la queerness. Apparaissent également souvent des figures archétypales tels que les zombies (comme dans Looks Like God ou Meat People) le diable, et ici, dans le projet qui nous intéresse, le clown. À travers ce dernier, il cherche à la fois à aborder des questions personnelles, mais également à aller vers quelque chose d’universel. Figure très populaire enrichie de plusieurs références, et d’utilisations diverses dans le monde – elle appartient à toustes – la figure du clown est pour lui un moyen de ne pas enfermer l’intime dans un hermétisme étouffant, mais au contraire d’entrer en résonance avec chacun et chacune, tout en explorant non pas la pratique du clown telle qu’elle est codifiée mais plutôt son imaginaire à lui relié à celle-ci.
Créant en studio, et surtout la nuit, ces dimensions se ressentent dans l’œuvre finale, elles colorent la pièce aux allures de fin de soirée, mêlant la solitude et une étrangeté voyeuriste : jamais on ne sait si le personnage – le clown – qui essaie, au travers de plusieurs tentatives, de faire un spectacle, sait ou ignore, qu’un public est là.

En musique
Samir nous confie l’importance pour lui de travailler dès le départ sur les images et les ambiances qui seront celles du spectacle ou de la performance. Ne pouvant point travailler tout le temps dans des salles de spectacle, Samir amène les espaces de répétition sur scène. Les moments de studio transparaissent d’une certaine manière dans la création « finale ». Cela se sent à l’aspect nocturne qui colore la pièce comme nous venons de le voir, mais également à des éléments comme l’éclairage. Samir s’attache à des jeux de lumière qu’il invente en studio, et qu’il finit par garder. Par choix, mais également pour des raisons économiques, il travaille en solitaire, des costumes à la performance, en passant par les lumières et la musique. S’il a débuté d’abord en faisant la musique de ses propres créations, il travaille, aujourd’hui, également comme sounddesigner pour d’autres projets. Pour Chaos Ballad, n’aimant pas user de l’ordinateur mais préférant les machines, il a expérimenté les diverses possibilités de faire du son avec des objets du quotidien. Il reprend également des chansons, principalement des titres chantés par sa maman dans des karaokés.
Portant des éléments personnels à la scène tout en leur donnant une résonance universelle, Chaos Ballad s’annonce un mélange doux amer de concert, de cabaret et de performance. Vous pourrez également retrouver Samir, en compagnie de Sean Murray en juin, toujours à la Maison Saint-Gervais, dans une pièce créée, cette fois, dès le départ pour la scène, It’s got legs!!!!!!!. Un duo qui convoque l’imaginaire collectif et symbolique associés à la gémellité, pour s’emparer du sujet de la précarité économique, sociale et intime.
Charlotte Curchod
Infos pratiques :
Chaos Ballad, de Samir Kennedy, à la Maison Saint-Gervais, du 28 au 30 avril 2026.
Avec Samir Kennedy
https://saintgervais.ch/spectacle/chaos-ballad/
Photo : ©Matthieu Croizier
