Et toi, le futur, tu le vois comment ?

Spectacle interactif, expérience sensorielle… il est bien difficile de définir De et par la possibilité éventuelle des devenirs envisageables, à voir au Grütli jusqu’au 24 juin. Car c’est un spectacle qu’il faut vivre, avant tout.

En entrant dans le sous-sol du Grütli depuis la cour arrière, on fait face à trois grandes tables sur lesquelles sont disposés des objets qui n’ont, a priori, rien à voir les uns avec les autres : un jeu de société, une boîte de préservatifs, du shampooing, un pot de Nutella… Puis une voix off nous invite à en choisir un, symbole du futur, dont nous devrons nous débarrasser lors d’une cérémonie d’adieu au futur. Nous voilà embarqués dans l’univers un peu fou du collectif 3615 Dakota, pour une expérience unique.

À la suite de la cérémonie, voilà le public séparé en deux groupes, les « See you tomorrow » et les « Now or never », en route pour un spectacle interactif totalement inédit. Selon le groupe dans lequel on atterrit, on commencera soit par une série d’ateliers autour du futur, soit par le « Futuropoly », un jeu de société collectif façon Monopoly sensé nous conduire à l’an 3615, année calculée par certains scientifiques comme étant laquelle le monde sera sauvé si l’humanité y est encore en vie.

La force de ce spectacle – peut-on vraiment le nommer ainsi ? – réside dans l’unicité du moment. Chacun·e vivra ainsi une expérience unique, selon le parcours qu’iel choisit. On lui proposera ainsi de se faire tirer les cartes façon tarot modernisé, d’apprendre à devenir un fantôme, d’écouter un être de lumière chanter des discours engagés, de faire son profil pour l’avenir et bien d’autres choses encore… Mais n’en dévoilons pas trop ! À chacun·e d’aller se faire sa propre idée et d’envisager son futur comme iel l’entend.

Lorsqu’on parle de spectacle interactif, on imagine devoir monter sur la scène, devant un public, et interagir avec les comédien·ne·s. Il n’en est rien ici. Si l’on devient acteur·trice, ce n’est pas de théâtre qu’il s’agit, mais de la vie. Car le collectif 3615 Dakota nous le rappelle bien à travers ses multiples propositions : nous sommes acteur·trice de nos vies. Ainsi, nous nous sentons mis en confiance dans les diverses activités proposées, un peu comme si l’on participait à une retraite spirituelle. Pour ce faire, tout l’espace de la maison des arts du Grütli est mis à contribution : la black box du sous-sol, la salle du 2ème étage, mais aussi les couloirs, quelques tables du café ou encore le bar du foyer, renommé « Le Refuge » pour l’occasion. À travers tous ces endroits, la sensibilité de tou·te·s les spectateur·trice·s sera touchée, qu’on soit plutôt pessimiste ou optimiste à propos de l’avenir, qu’on se pose des questions sur soi ou sur l’humanité en général… Dans ce moment hors du temps, on agit, on réfléchit, et on apprend aussi à envisager le monde d’une autre manière.

Difficile de parler de cette expérience sans évoquer les comédien·ne·s qui portent ce projet unique. Au nombre de onze, iels marquent tou·te·s le public à leur manière et l’invitent à se questionner sur l’avenir, sur notre façon d’être intime face aux grands changements internationaux. Antoine Frammery excelle ainsi dans son rôle d’animateur du Futuropoly, façon présentateur de télé-achat des années 80. On a l’impression d’être sur un plateau télé, avec les effets d’écho du micro, les petites piques aux participant·e·s, ou encore les bruitages qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. La liste serait trop longue pour citer tout le monde, mais il nous faut aussi évoquer Diane Bonnot, qui nous accueille et nous explique comment se déroulera la soirée, sans trop en dévoiler et avec tout le mystère qu’il faut pour jouer ce rôle. Enfin, Jérôme Colloud est brillant en clôture de spectacle, dans son rôle de meneur de secte, qui nous invite à laisser entrer tout ce qui nous constitue, les bons comme les mauvais souvenirs, avant d’inviter les divinités de la postmodernité à nous rejoindre…

Vous n’avez pas tout compris à mes explications et à cette critique ? C’est normal ! Car De et par la possibilité éventuelle des devenirs envisageables est une expérience à vivre avant tout, avec sa sensibilité, son histoire, afin d’envisager de nouveaux questionnements sur l’avenir. Et aucun mot ne pourra retranscrire totalement ce qu’on ressent dans cet échange interactif comme on en vit rarement…

Fabien Imhof

Infos pratiques :

De et par la possibilité éventuelle des devenirs envisageables, du collectif 3615 Dakota, du 19 au 24 juin 2021 au Grütli – Centre de production et de diffusion des arts vivants.

Mise en scène et création : Nicolas Chapoulier

Avec Floriane Faccini, Antoine Frammery, Diane Bonnot, Neyda Paredes, Adrian Filip, Johanna Rocard, Franck Serpinet, Jérôme Colloud, Renaud Vincent, Lucia Choffat et Adrien Barazzone

https://grutli.ch/spectacle/de-et-par-la-possibilite-eventuelle-des-devenirs-envisageables/

Photo : © Capture d’écran de la vidéo de présentation du spectacle

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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