Mondes imaginaires : il était une fois… (3)

L’association Mondes Imaginaires, fondée en 2019, regroupe trois anciennes étudiantes en Lettres qui, au terme de leurs études, sont arrivées à une constatation : bien souvent (trop souvent), les littératures de l’imaginaire sont décriées et dévalorisées. Pourtant, l’histoire se construit sur un imaginaire, une conscience collective, et une transmission des mythes dits fondateurs. 

Mondes Imaginaires proposent donc des ateliers participatifs et créatifs aux enfants comme aux adultes, afin que les univers fictifs viennent nourrir le quotidien. User du pas de côté qu’offrent des moments de créativité permet d’enrichir la réflexion à travers des points de vue différents et des concepts innovants. Tous les mois, Mondes Imaginaires proposent un atelier d’écriture créative sur un thème différent. Ensemble, nous explorons diverses facettes de l’écriture et de l’imaginaire. Le but est avant tout d’oser écrire, dans un climat de bienveillance, tout en acquérant de la confiance en soi. Chaque thématique est présentée grâce à des ouvrages qui servent de référence (en science-fiction, fantasy ou fantastique), parfois avec un ancrage historique – ce qui permet de stimuler l’imaginaire. Les participants peuvent, s’ils le souhaitent, intégrer des éléments proposés par les animatrices dans leurs écrits. L’atelier se clôt par un partage volontaire des créations. Un seul mot d’ordre : imaginer !

Les textes que vous découvrirez au sein de cette rubrique sont tous issus de ces ateliers. Celui du jour a été imaginé par David Weber et rédigé dans le cadre d’un atelier dédié… aux contes de fées d’ici et d’ailleurs ! Attention, les apparences sont trompeuses…

* * *

Il était une merveilleuse fois

Comme tous les matins, je me lève de bonne heure. Le soleil n’est pas encore debout. Je m’assois au bord du lit, glisse mes pieds dans mes pantoufles fourrées en laine. Je pose mes mains à plat sur le lit et pousse pour me pencher en avant. Quand je suis enfin sur mes deux jambes, je me redresse péniblement, en appliquant mes mains sur mon dos pour le remettre droit.

La vie est pénible et je ne suis pas très riche. Mais j’ai ma parcelle de terre et celle-ci me le rend bien, car je ne manque heureusement de rien.

Je traine ma pantoufle qui frotte le sol, puis la suivante, et ainsi de suite. Je ferme la porte de la chambre derrière moi, pour ne pas y faire entrer des odeurs de cuisine qui m’empêcheront de dormir le soir venu. Je marche jusqu’à la cuisinière et commence à préparer le café. Sans lui je n’arrive à rien.

En attendant, je vais m’asseoir dans un fauteuil. Au bout d’une dizaine de minutes, j’entends que cela crépite et me relève pour aller m’en verser une tasse. En me dirigeant vers la cafetière, on frappe à la porte…

            Bang !

Cela doit être le vent, étant donné qu’il n’y a eu qu’un seul coup.

            Bang !

Bon, cette fois, je fais demi-tour, aussi pénible que cela puisse l’être pour un homme de mon âge, qui a travaillé aux champs toute sa vie.

J’ouvre la porte… un œuf est là, posé dans un berceau en osier. L’œuf est très gros – au moins dix fois celui d’une poule, et en plus, il semble être en or ! Je me penche en avant et, de mes deux mains, je le ramasse.

        • Mon Dieu qu’il est lourd ! m’écrie-je.

J’arrive à me redresser, avec énormément de difficulté. Je me retourne et je me dirige vers le sofa pour l’y déposer. Je vais quand même me verser une tasse de ce café qui n’attend que moi. En chemin, je me demande qui a bien pu laisser cette chose devant ma porte – et pourquoi devant ma porte, à moi ! Après avoir dégusté le délicieux breuvage, je prends mon râteau et m’en vais gratter la terre.

        • La terre ne va pas se labourer toute seule ! Toi tu restes là, dis-je à l’œuf, en pointant mon doigt rachitique vers lui.

Je sors et ferme la porte derrière moi. Je marche et marche encore, pour enfin arriver au bout de mon lopin de terre, avec son vieil arbre tordu au milieu. La journée se passe comme toutes celles avant celle-ci, et sûrement toutes celles après celle-ci.

Le soir venu, je rentre manger les restes du repas de midi que je me suis préparé plus tôt dans la journée. Je vais me coucher, car je n’ai aucun bouquin à lire. Mais, durant la nuit, une chose bizarre se passe : dans mon rêve, tout devient rouge et très chaud. Je me réveille en sursaut, de la fumée s’échappe du seuil de la porte !

Je me lève et me dirige vers la porte pour l’ouvrir. Elle est fermée, pourtant, je ne ferme jamais la porte de la chambre à clé ! Je me dirige alors vers la fenêtre : là aussi, elle est fermée. La chaleur commence à me roussir la peau. Je calfeutre l’espace entre la porte et le sol, mais les flammes commencent à passer au travers du mur. Ma peau est entrain de cloquer et à chaque bulle qui explose, mon sang coule par terre. Une immense mare commence gentiment à se former. Mes yeux fondent. Mes os craquellent, je n’arrive plus à rester debout. Mes veines bouillent. Ma peau finit par fondre.

*

En sueur, j’enlève les lunettes 3D, un homme est debout à côté de moi et me demande ce que j’ai pensé de cette nouvelle attraction sur le mythe du dragon. Je lui réponds qu’elle est vraiment super : on ressent parfaitement chaque élément. Mais quel soulagement d’en être revenu !

David Weber

Photo : © Moritz320

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code