Plus de 3’000 personnes régularisées sous Papyrus : le bilan

Papyrus, la combinaison gagnante retrace la création, le déroulement et la fin de l’opération éponyme. Sous le regard et la plume de deux Romandes, Laurence Bolomey et Martine Schweri, nous découvrons les rouages d’une Genferei qui aura permis de régulariser la situation de plus de 3’000 personnes sans papiers, entre 2017 et 2018.

Papyrus, la combinaison gagnante propose une analyse fine des conditions nécessaires à l’élaboration d’un projet d’une telle envergure. Statistiques, témoignages, extraits de conférences de presse et analyses politiques se mêlent ainsi pour dresser un bilan détaillé de l’opération Papyrus. Malgré la multitude d’enjeux et d’institutions impliquées, l’écriture claire du livre permet de démêler les intentions et objectifs des différentes instances agissant pour le projet Papyrus. Toutefois, malgré un travail considérable de vulgarisation et un index précis recensant les institutions et les personnes citées, il est facile de se perdre entre les différents acronymes, et d’autant plus si les différentes institutions et personnalités genevoises et suisses ne nous sont pas familières…

Une intrication complexe

Les collaborations sont en effet multiples et les attentes diverses, au sein du projet Papyrus : entre régulation du marché noir, augmentations des cotisations sociales ou garantie de la dignité des vies des personnes sans papiers, il est parfois délicat de trouver un équilibre. « Loin d’être le résultat d’une ambition purement humaniste, le projet répond également à des préoccupations économiques […]. » (p. 28) La formule magique ? Des dénominateurs communs, des intérêts divers mais atteignables, et surtout… des critères objectifs. La proposition est simple : « [soit] la personne répond aux critères et reçoit son permis, [soit] elle n’y répond pas et elle peut être renvoyée », dira Pierre Maudet[1] (p. 50). Le risque est donc grand. Les associations et les syndicats se mobilisent. Chaque dossier est composé, ficelé et finalement, analysé par un·e juriste au sein de SIT[2] ou encore de UNIA[3], avant d’être envoyé à l’OCPM[4]. Une formidable escouade de bénévoles se forme dans l’urgence. « Tout cela avec un seul souci en tête, ne faire prendre aucun risque à ceux qui ne remplissent pas les conditions. » (p. 70)

Faire sortir de l’ombre

Cette œuvre donne la parole à des personnes que nous côtoyons tous les jours, généralement des personnes travaillant dans l’économie domestique. Les témoignages laissent alors apparaître, en filigrane, des situations de grande vulnérabilité. Patron·ne·s abusif·v·e·s, risque de dénonciation, rapport de force inégal entre hommes ayant un permis suisse et femmes clandestines, « le[s] risque[s] existe[nt] de voir s’installer une relation malsaine de dépendance et de domination » (p. 66) Comme l’expliquent les autrices, Papyrus permet toutefois d’inverser quelques rapports de force, par exemple avec la création du formulaire OCITR[5], qui permet de justifier un emploi sans l’aval de l’employeur·se, enlevant ainsi un « doit de veto » de ceux ou celles qui souhaiteraient faire pression sur leur employé·e·s. Les bénéfices d’un tel programme se concrétisent sous nos yeux, au travers des paroles des premier·ère·s concerné·e·s. Un permis n’est plus un bout de papier, mais la liberté, la possibilité de retourner au pays pour voir sa famille, ou encore le pouvoir d’exiger de meilleures conditions de travail, de commencer une formation…

Papyrus : un bilan nuancé

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, Papyrus, la combinaison gagnante aborde aussi les limites et complications du projet Papyrus, telles que les déceptions, les risques de renvoi, les critères extrêmement sélectifs, la lenteur des institutions… Les autrices nous présentent donc un bilan complet et nuancé de cette opération. Les parties descriptives et factuelles sont entrecoupées de témoignages, souvent émouvants, de personnes ayant entrepris la procédure. Le livre est donc instructif et captivant. Ce témoin d’un chapitre de l’histoire suisse nous fait rencontrer ces personnes souvent ignorées et pourtant si proches, et nous fait espérer de voir une opération similaire reconduite.

Aude Bavarel

Référence : Martine Schweri et Laurence Bolomey, Papyrus, la combinaison gagnante, Genève, Slatkine, 2021. 181 p.

Photo : ©Aude Bavarel

[1] Conseiller d’État chargé du Département de la sécurité (GE) en 2012, du Département de la sécurité et de l’économie (GE) de 2013 à 2018

[2] Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs

[3] Syndicat interprofessionnel suisse

[4] Office cantonal de la population et des migrations (GE)

[5] Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (GE)

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