Flag Day : on ne change jamais vraiment

« Never trust a man who was born on Flag Day. » C’est sans doute la citation à retenir du dernier film de Sean Penn. Il y raconte l’histoire de John Vogel, un escroc et faux-monnayeur, à travers les yeux de sa fille devenue journaliste. Un film touchant à voir dès le 22 septembre.

Tout commence par une course-poursuite entre la police et une voiture conduite par John Vogel, un repris de justice qui aurait écoulé 50’000 dollars de faux billets sur les deux millions fabriqués au préalable… Sa fille Jennifer se retrouve face à une policière, qui fait un parallèle entre la vie d’escroc de John et les addictions à la drogue et à l’alcool. La suite du film se compose de flashbacks, de l’enfance de Jennifer au jour de la course-poursuite. On y découvre le parcours de celle-ci, la façon dont elle a idolâtré son père – capable, il est vrai, de faire de chaque jour une aventure – et les déceptions qui s’en sont suivies. Flag Day, jour de fête nationale américaine, mais aussi date de naissance de John Vogel, résonne comme la reconstruction d’une relation père-fille, trop vite gâchée par la vie d’un homme qui s’est enfermé dans le mensonge.

Raconter la vie d’un escroc à travers les yeux de sa fille

Le scénario est tiré d’une histoire vraie, raconté par Jennifer Vogel dans Flim-Flam Man, l’histoire vraie de son père faussaire. C’est dans cet élément que réside l’originalité et la force de ce film. Plutôt que d’en faire un thriller classique, Sean Penn choisit de raconter l’histoire de John Vogel à travers le regard de sa fille. Notons ici qu’il interprète le rôle du faussaire et que sa fille Dylan incarne la fille de celui-ci à l’écran. On comprend mieux la complicité des deux personnages. Flag Day se déroule donc à travers une focalisation interne : tout est raconté du point de vue de Jennifer, à travers quelques moments choisis de sa vie. Les plans rapprochés qui se succèdent sur le visage de la jeune femme racontent l’émotion, et la déception qui grandit petit à petit, jusqu’à ce que la confiance se brise totalement.

Le premier flashback a lieu en 1985, alors que Jennifer est encore enfant. On y voit l’installation de la famille dans une ferme que les parents retapent entièrement. Tout est joyeux, les yeux de Jennifer et de son frère brillent, au son de la musique de Chopin qui résonne constamment dans la maison. Mais bien vite, le père s’en va suite à une violente dispute avec la mère, sans qu’on n’en connaisse vraiment la cause et la petite fille qu’est Jennifer à ce moment-là ne comprend pas encore totalement le monde qui l’entoure. Le contraste se crée entre la mère devenue alcoolique et qui se mettra en couple avec un homme plus attiré par sa fille que par elle (!), et John, que Jennifer continue d’idolâtrer pendant longtemps. Flag Day raconte ainsi l’évolution de cette relation, entre les absences répétées du père, soi-disant pour le business alors qu’il cherche en réalité à échapper à ses créanciers, et la relation qui se détériore avec la mère, jusqu’au point de non-retour. Et si cette dernière parvient à s’en sortir, bien aidée par oncle Beck, il n’en sera rien de John.

À travers les yeux de Jennifer, moins lumineux au fil des années, l’image du père parfait s’effritant peu à peu, on assiste à la chute de l’homme, qui s’enferme dans ses mensonges. Étant né le jour du drapeau, il est convaincu qu’il laissera une trace et que l’Amérique lui doit une certaine reconnaissance. Il est vrai que John est un être à part, mais pas pour les bonnes raisons, et Jennifer mettra du temps à s’en rendre compte. C’est finalement l’arrestation de John pour braquage qui permettra à sa fille de se construire en tant qu’être humain et de mener à bien une prometteuse carrière de journaliste.

Un film intimiste tout en contrastes

La réalisation de Sean Penn crée un univers très intimiste  ; si les plans rapprochés y sont pour beaucoup, le grain donné à l’image y contribue également. On croit à des images d’archives, filmées avec une caméra d’époque, entrecoupées de scènes enregistrées par le père avec sa caméra Supr8. Cela permet de créer une sensation de réalisme presque documentaire, mais aussi de rapprocher le spectateur de Jennifer et de son monde intérieur. La bande originale apporte elle aussi un élégant habillage à l’image, les paroles des chansons d’Eddie Vedder et autres Bob Seger se rapportant à ce qui est raconté.

Au final, Flag Day, annoncé comme un thriller biographique, s’apparente presque à un film d’auteur, avec son côté très intimiste. Au-delà de l’histoire de cet être hors normes qu’était John Vogel, c’est la relation complexe entre un père et sa fille qui est dévoilée. Peut-être doit-on y voir aussi une catharsis de la relation entre Dylan Penn et Sean Penn ? Difficile à dire, mais c’est en tout cas un bien beau film que nous propose le réalisateur, en questionnant à la fois les relations humaines, les addictions quelles qu’elles soient et notre propre rapport au monde.

Fabien Imhof

Référence :

Flag Day, de Sean Penn, avec Sean Penn, Dylan Penn, Josh Brolin, Eddie Marsan et Katheryn Winnick, sortie en salles le 22 septembre 2021.

Photo : © DR

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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