Généreuse, électrique et collective : l’Ensemble Contrechamps vous présente sa saison !
Fin mai, l’Ensemble Contrechamps se perchait sur les toits du Quai du Seujet pour présenter sa saison 26-27. De quoi faire rêver entre ciel et Rhône, Genève et ailleurs, musique et partage… avec la légèreté d’une hirondelle qui s’amuse dans le vent. À découvrir sans tarder !
En cette journée presque estivale, la terrasse du sky lounge l’Etna a pris un petit air de vacances : verres qui s’entrechoquent, éventails qui s’agitent, lunettes et sandales bienvenues par un soleil radieux. Entouré des musicien-nes de Contrechamps, Serge Vuille, directeur artistique, nous accueille avec un grand sourire. En guise d’introduction, il nous invite à nous rapprocher du balcon de la terrasse. La ville, à nos pieds, se déploie – parsemée des différents lieux qui accueilleront les concerts de la future saison : le Musée d’Art et d’Histoire, l’Auditorium Ansermet, le Musée d’ethnographie… quand tout à coup, la musique s’élève.
Une saison, trois mots-clefs
Face à nous, le saxophoniste Pierre-Stéphane Meugé s’est juché sur le rebord du bâtiment des Forces Motrices. Depuis les toits, au grand étonnement des badauds sur le quai, il semble dialoguer avec le Rhône… mais c’est avec Noëlle Reymond, la contrebassiste, qu’il improvise. Restée sur la terrasse, elle est reliée à lui par oreillette – ce qui leur permet de réagir l’une à l’autre pour créer à deux une atmosphère à la fois rythmée et suspendue. De quoi nous plonger immédiatement dans l’ambiance à venir de la saison 26-27 !
Épaulé de plusieurs comparses, Serge Vuille déroule pour nous le panorama du programme, dont la construction repose sur trois mots-clefs – trois axes qu’il ne tiendra qu’à nous d’arpenter : le récit, le collectif, la lisière.

Quand les récits relient
Le fil du récit sera celui qui permet non seulement de raconter des histoires… mais également de créer du lien, de (re)connecter les êtres ensemble. Les 5 et 6 septembre, l’Ensemble Contrechamps entamera ainsi sa saison à la Cité Bleue avec Neverland (Sarah Nemtsov), un hommage musical à Peter Pan – dans un monde où l’enchantement s’effrite, où l’enfance vieillissante doit être réenchantée. Une manière, peut-être, d’examiner par la métaphore notre monde contemporain… Le 8 novembre, à l’occasion de la demi-finale du Concours de Genève de Direction d’orchestre, c’est un autre type de récit qui sera donné à voir à l’espace culturel de la Concorde (Châtelaine) : six candidat-es y dirigeront, entre autres, le Kammerkonzert (György Ligeti) – autant d’occasions pour l’Ensemble Contrechamps de se plonger dans des lectures différentes d’une même œuvre !
Ce souci du récit, des histoires à (re)lire, à (re)créer guidera également l’un des points forts de cette programmation 26-27 : Out of Australia, présentée le 21 janvier au Musée d’ethnographie et à l’Auditorium Ansermet. Deux artistes y seront réuni-es : la compositrice et écrivaine aborigène Nardi Simpson et le compositeur Jessie Cox. Ce projet, né de la rencontre à Canberra (Australie) entre l’Ensemble Contrechamps et Nardi Simpson, se nourrit d’échanges interculturels. La question des origines, du colonialisme et de ses suites, de la restitution d’objets spoliés n’y sont pas étrangères – puisqu’elle guide en partie le travail de Nardi Simpson et Jessie Cox. De quoi envisager autrement la manière de (se) raconter un passé commun ou plus lointain. Enfin, le récit guidera tout autant Only the Sound Remains, un opéra de chambre signé Kaija Saariaho et mis en scène par Peter Sellars. Entre humain et surnaturel, le récit s’inspirera de la forme exigeante du théâtre nô japonais, pour jouer le contraste entre voix humaines et instruments.

Faire collectif
Deuxième fil guidant l’Ensemble Contrechamps en 26-27, celui du collectif, permet de penser d’autres modes de narration – plus collaboratifs, dans un équilibre joyeux entre expérimentation, care et partage. Le 6 février, l’Auditorium Ansermet résonnera ainsi grâce à La Nuit du Quatuor – un événement où le collectif se pense… à quatre, évidemment ! Envisagé à la manière d’une utopie, le chiffre 4 implique une recherche d’équilibre pour faire collectif : ce n’est ni un-e soliste accompagné d’un trio, ni deux duos qui s’accoleraient. C’est un tout, que l’Ensemble Contrechamp, le Marc Ribot Quartet et la pianiste Florence Melnotte vous proposent d’explorer. Et promis, iels se mettront en quatre pour votre plaisir !
Deux semaines plus tard, le 20 février, l’Ensemble Contrechamps se frottera à l’œuvre du compositeur allemand Mathias Spahlinger : doppelt bejaht, vingt-quatre études pour orchestre… mais sans chef-fe ! Entre politique et artistique, ces pièces interrogent la place des instrumentistes, leur manière de faire collectif entre elles/eux et avec le public. Une immersion totale dans une performance collective.
L’expérience collective se poursuivra le 11 avril, à la Maison communale de Plainpalais, avec l’Ensemble Close-Up, un orchestre qui réunit des membres de Contrechamps… et des instrumentistes amateur/trices. Chaque année, ce projet propose de rendre la musique contemporaine accessible au plus grand nombre. Mais en 2027, nouveauté ! C’est à une véritable expérimentation de deep democracy que vous serez convié-es : une manière de créer ensemble qui met l’inclusion au cœur de son propos, en privilégiant les voix minoritaires au sein du groupe et en adoptant une hiérarchisation horizontale. De quoi repenser l’art, la politique et nos rapports aux autres !
C’est le même esprit collectif et joyeux qui guidera le retour du Chœur en Fusion, le 19 juin, pour la Fête de la Musique de Genève ! Toujours sous la direction de l’enthousiaste Aurélien Chappuis, le Chœur en Fusion réunit des chanteur/euses en situation ou non de handicap. Cinq ans après le début de l’aventure, un premier disque est désormais à écouter. En 2027, le Chœur s’associe au compositeur lausannois Benoît Moreau, qui créera des chansons inédites à partir de textes écrits par les participant-es. À découvrir sans modération !

Découvrir les lisières
Si (ré)inventer des récits ou faire collectif nous permettent de concevoir autrement la musique contemporaine, s’intéresser aux lisières, aux marges, aux frontières s’avère tout aussi fascinant – que ce soit pour explorer ces lieux de l’entre-deux, en repousser les limites (souvent illusoires) ou arpenter des territoires encore neufs.
C’est, par exemple, ce que propose Chants d’oiseaux, triptyque qui réunira le 10 octobre les œuvres de trois compositeur/trices : Jonathan Harvey, qui crée à partir de chants d’oiseaux passés au ralenti (Bird Concerto with Pianosong) ; Carola Bauckholt, qui s’intéresse plus spécifiquement aux oiseaux, cygnes, pélicans et cormorans, des espèces particulièrement sonores (Zugvögel) ; et Robin Meier Wiratunga, qui crée d’improbables dialogues entre des musicien-nes resté-es à terre… et des pigeons s’envolant dans le ciel (Apophenia). De quoi vous ébouriffer les plumes, à l’Auditorium Ansermet !
Les lisières ne sont pas à chercher que du côté de l’ornithologie : elles existent également dans les domaines où les arts se rencontrent – la musique et la peinture, par exemple. Les 1er et 2 décembre, en collaboration avec le Musée International de la Réforme (MIR), l’Ensemble Contrechamps rendra hommage à Arnold Schoenberg (La Nuit transfigurée) et au peintre Ferdinand Hodler, exposé au MIR du 25 septembre 2026 au 24 janvier 2027 (« Ferdinand Hodler. Profession de foi »). S’y ajoutera une œuvre de la compositrice libano-arménienne Dzovinar Mikirditsian, créée pour l’occasion et inspirée par Hodler.
Le 11 avril, la lisière sera à chercher du côté de l’art de combiner les accords – avec Geminus, une composition de Catherine Lamb qui explore les harmoniques naturelles, des intervalles de son dont notre oreille a aujourd’hui un peu perdu l’habitude. Une collaboration à laquelle se joindra l’Ensemble Dedalus, pour une exploration sonore déboussolante !
Enfin, la lisière s’incarnera aussi très concrètement du 10 au 13 juin, grâce à Civil Twilight : dans les alentours du Théâtre de Vidy (Lausanne), l’Ensemble Contrechamps donnera corps à une performance immersive en plein air, imaginée par Ari Benjamin Meyers. Au crépuscule, les hasards de l’environnement péri-urbain créeront un écrin qui questionnera notre environnement, son rapport à la résilience et au retour (ou non) de la nature.

Mais aussi… et encore…
À ces concerts 2026-2027 s’ajouteront la poursuite de différents projets de médiation menés par l’Ensemble Contrechamps – notamment les « Dimanche, c’est famille ! », imaginés en collaboration avec l’Eklekto Geneva Percussion Center, le Conservatoire Populaire et l’Orchestre de Chambre de Genève. Chaque premier dimanche du mois, rendez-vous à l’espace Les 6 toits pour des concerts et événements aussi ludiques que participatifs. Un petit avant-goût ? Deux concerts où il sera question d’une baignoire sur scène (grâce à John Cage) et de fausses notes (avec une contrebasse).
Qui a dit que la musique contemporaine était trop sérieuse ?
Magali Bossi
La programmation complète et les détails de chaque spectacle, ainsi que les activités, sont à retrouver sur le site de l’Ensemble Contrechamps.
Photos : © Guillaume Collignon (banner), Christophe Egea (inner 1), Louis Rebetez (inner 2), Greg Clement (inner 3), Morgane Meys (inner 4)
